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Les «loups combattants» chinois reprennent du service en France

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DÉCRYPTAGE – Sur Twitter, les diplomates chinois mènent une guerre contre les autorités, journalistes et experts des pays occidentaux.

Par Isabelle Lasserre LE FIGARO 21 mars 2021

L’ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye, est l’un des plus virulents critiques de la diplomatie occidentale sur les réseaux sociaux. BENOIT TESSIER/REUTERS

Depuis la fin du printemps 2020, les « loups combattants », ces tireurs d’élite de la diplomatie chargés de contrer les critiques des démocraties occidentales envers le modèle chinois, avaient mis des bémols à leurs attaques, parfois jugées contreproductives à Pékin. Depuis qu’il avait été convoqué par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, en avril 2020, pour avoir affirmé que le personnel soignant des Ehpad laissait mourir ses pensionnaires, l’ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye, avait, lui aussi, baissé de ton. Mais celui que l’on surnomme «Petit Lu» depuis ses années d’études en France, en raison de sa petite taille, a, depuis plusieurs semaines, repris son combat sur les réseaux sociaux. Et notamment sur Twitter, devenu la principale courroie de transmission de la guerre menée par les diplomates chinois aux autorités, journalistes et experts des pays occidentaux.

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Le spécialiste de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) Antoine Bondaz, reconnu comme l’un des meilleurs experts de la Chine, en a pris pour son grade. Il a été traité de «petite frappe» dans un tweet de l’ambassade. Pourquoi? Il avait critiqué les pressions exercées contre des élus français par l’ambassadeur Lu Shaye. L’ancien vice-maire de Wuhan s’était opposé à un prochain voyage de sénateurs à Taïwan. Le Quai d’Orsay a répondu que les parlementaires français étaient libres d’aller là où ils le voulaient. Eh bien, les sénateurs «devront s’abstenir de tout contact officiel avec les autorités taïwanaises», a rétorqué un porte-parole de l’ambassade.

«Mensonges monstrueux»

«Cela va bien au-delà d’une simple critique. Cette injonction faite aux parlementaires français est inadmissible», commente Antoine Bondaz. L’ambassade avait aussi critiqué le mois dernier dans des termes virulents, les «mensonges monstrueux» et les «âneries fallacieuses et abominables» de Jean-Yves Le Drian, qui avait dénoncé le «système de répression institutionnalisé» de la Chine à l’encontre des musulmans ouïgours dans la région du Xinjiang. La représentation diplomatique s’en prend aussi régulièrement aux journalistes français. En Chine, 118 journalistes sont d’ailleurs en prison, un record.

La diplomatie chinoise s’est radicalisée depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013. Trois ans plus tard, le comité de politique étrangère du Parti communiste lui a assigné l’objectif de se battre contre l’Occident et de «riposter» en «corrigeant» les critiques formulées à l’encontre du modèle autoritaire chinois. Selon la doctrine diplomatique de Xi Jinping, les ambassadeurs doivent prendre l’initiative de combattre les démocraties occidentales pour imposer un nouveau monde reposant sur les valeurs et les intérêts chinois.

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De tous les «loups combattants», l’ambassadeur Lu Shaye, qui a un rang de vice-ministre, est considéré comme l’un des plus virulents. Avant d’être nommé à Paris, ce spécialiste des coups d’éclat s’était déjà illustré au Canada, où il avait accusé Ottawa de faire preuve d’«égotisme occidental et de suprématie blanche».

Attaques «contreproductives»

En France, l’activité de ses services sur Twitter s’est accélérée depuis le discours de Xi Jinping le 20 janvier 2020 décrétant la mobilisation générale contre le coronavirus. Mais si l’ambassade se montre particulièrement offensive et agressive en ce moment, c’est parce que, explique Antoine Bondaz, «on parle de plus en plus souvent de la Chine en France. Les articles et les enquêtes sont plus nombreux qu’avant.»

Souvent cité dans les médias d’État chinois et par les autorités, «Lu Shaye a une véritable influence à Pékin», poursuit le spécialiste de la FRS. Pourtant, les attaques comme les insultes qui émanent des comptes Twitter de l’ambassade sont, selon lui, «contreproductives». Non seulement elles ne reçoivent quasiment aucun soutien, mais elles ont provoqué une vague de solidarité en faveur du spécialiste de la FRS. Elles sont le syndrome d’un régime grisé par sa puissance, devenu si arrogant qu’il ne supporte plus la critique.

D’ailleurs, la Chine n’a jamais expulsé autant de journalistes étrangers: au moins 18 en 2020. «Les attaques ne cesseront que face à une réaction ferme du ministère des Affaires étrangères français. En attendant, avec les critiques qui vont accueillir en France le rapport de l’OMS sur l’origine du coronavirus, on peut s’attendre à ce qu’elles gagnent en intensité», estime un diplomate français.

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