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Claire Koç, une journaliste harcelée parce qu’elle aime trop la France

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PORTRAIT – Cette fille d’immigrés turcs clame son amour pour sa nouvelle patrie, ce qui lui vaut insultes et menaces de mort de la part de militants pro-Erdogan.

Par Stéphane Kovacs. LE FIGARO 21 mars 2021.

Elle défend l’assimilation à la française, et, sans renier ses origines, clame «son amour à la France qui (lui) a permis d’être libre». Fille d’immigrés turcs, Cigdem Koç est devenue Claire Koç en 2008, comme elle le raconte dans son livre Claire, le prénom de la honte*. Mais ses interviews, notamment dans le Figaro Magazine , n’ont pas plu à tout le monde: «Dès les premiers articles, j’ai commencé à recevoir beaucoup d’insultes sur les réseaux sociaux, surtout sur Twitter, raconte la jeune journaliste. Puis des menaces.» Elle vient de porter plainte pour incitation à la haine, harcèlement et menaces de mort contre des militants pro-Erdogan. Et fait désormais l’objet d’une discrète protection policière.

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Fin février, le service de cyberharcèlement de France Télévisions – son employeur – découvre une discussion inquiétante à son propos. «Voici le vrai visage de Cigdem Claire Koç. Elle avait fait un reportage en 2015 avec la venue d’Erdogan où elle présentait fièrement son passeport turc, écrit un internaute, fort de quelque 34 000 abonnés sur Twitter, en postant un extrait du reportage en question. Sa famille est kurde. D’ailleurs pourquoi aucun journaliste n’interroge sa famille. Si j’avais les coordonnées, je n’hésiterais pas.» Une personne, qui assure que Claire Koç «est une PKK»**, propose d’«envoyer les infos» sur sa famille, qu’elle dit connaître. Un autre assène: «Une complexé (sic) qui a tout abandonner (sic) pour la France, elle a coupé les ponts avec ses parents pour se sentir française, elle a dit que les Turcs sont des arriérés et qu’on ne peut s’intégrer si on se sent pas 100 % français.»Tandis qu’un quatrième estime qu’«il ne faut absolument pas la laisser relayer des propos erronés sur la Turquie».

Mes parents, membres de la minorité religieuse des alévis, ont fui cette animosité des ultrareligieux en Turquie. Et moi, je revis ces intimidations ici…Claire Koç

La journaliste supprime son compte Twitter, mais elle continue de faire l’objet d’insultes. «Tu renies ton pays», écrit sur Instagram un individu qui a ajouté un drapeau turc et une tête de loup gris – organisation armée ultranationaliste turque – à son profil. «Sale pute, elle se fera baisser (sic) tôt ou tard», enchaîne un autre, tandis qu’un compte – supprimé récemment – parle de «balles réel (sic)». Ce à quoi un comparse répond «toujours», suivi d’un émoticône représentant une poignée de main. «En alléguant que je serais une terroriste kurde, ces dingues ultranationalistes m’ont collé une cible dans le dos!, s’épouvante Claire Koç. Ça fait peur car ça ne s’arrête pas. J’ai comptabilisé plus de 1 500 messages haineux, provenant de Turcs de France mais aussi d’immigrés maghrébins et africains. Mes parents, membres de la minorité religieuse des alévis, ont fui cette animosité des ultrareligieux en Turquie. Et moi, je revis ces intimidations ici…».

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Son avocat, Me Gilles-William Goldnadel, s’apprête à se constituer partie civile pour sa cliente. «Il est difficile de se livrer à une exégèse intellectuelle de ce genre de messages, indique-t-il. Y a-t-il une part d’esbroufe? L’activisme, sur les réseaux sociaux, de militants pro-Erdogan, prend en tout cas de l’ampleur. Et ce sont des gens qui ne plaisantent pas: quand ils vous décrivent soit comme traître, soit comme terroriste, et cherchent avec insistance à avoir votre adresse, c’est très inquiétant.»

*Éditions Albin Michel, février 2021

**Le Parti des travailleurs du Kurdistan est une organisation politique armée kurde, considérée comme terroriste par une grande partie de la communauté internationale, dont la Turquie.


Laïcité: une enseignante belge face à une campagne de haine

Pour avoir marqué sa solidarité envers Samuel Paty, ce professeur décapité en octobre, elle a subi une première salve d’insultes. Pour avoir critiqué la prochaine autorisation du port des «signes convictionnels» – dont le voile – dans sa Haute École bruxelloise, elle a affronté une campagne de haine et de diffamation. Maître-assistante en philosophie à la Haute École Bruxelles-Brabant (HE2B), l’essayiste belge Nadia Geerts, Prix international de la laïcité 2019 et chroniqueuse à l’hebdomadaire Marianne, fait désormais l’objet d’une «motion de défiance» de la part du Conseil étudiant (CE), un organe représentatif. «Suite à mon #JesuisSamuelPaty, j’ai été accusée publiquement, sur une page Facebook gérée par le CE, de racisme, d’“islamophobie”, même de séparatisme, explique-t-elle. Les faits (menaces, atteintes à la réputation) ont fait l’objet d’une plainte au pénal. Il a fallu attendre deux mois pour que ma direction me soutienne, via un post sur la même page. En janvier, le CE a validé une accusation publique selon laquelle je mettrais de moins bonnes notes aux étudiants “trop basanés”. Il me reproche depuis lors de nuire à la réputation de mon institution en déplorant le peu de soutien obtenu

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Le CE, qui réclame aux autorités académiques une sanction contre le professeur, n’ayant «pas reçu de réponse», réfléchit à des «actions plus concrètes et une plainte plus explicite». Nadia Geerts, qui craint pour sa sécurité, est en arrêt maladie.

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