MEMORABILIA

Immigration : les leçons d’une crise « made in Biden »…

Suite à l’annonce d’une politique migratoire moins restrictive, des dizaines de milliers de migrants venus d’Amérique latine -et parmi eux nombre d’enfants seuls- affluent vers la frontière américaine. Sans que rien n’ait été préparé par l’administration Biden et sans que les États-Unis n’aient l’intention de les accueillir.

Arnaud Lachaize. ATLANTICO. 24 mars 2021

Atlantico : Les Etats-Unis font face à un afflux massif de migrants en provenance du Mexique. Joe Biden, qui a affiché sa plus grande bienveillance envers les migrants (arrêt de la construction de murs frontaliers, introduction de projets de loi sur l’immigration pour élargir les voies d’accès à la citoyenneté…), est-il vraiment en mesure de les accueillir ou n’était-ce qu’une posture ?

Arnaud Lachaize :  « Qui veut faire l’ange fait la bête » disait Pascal. La politique de M. Biden en matière d’immigration illustre parfaitement la célèbre pensée. Pour prendre le contre-pied de Trump, Biden a fait de l’immigration le marqueur de son début de mandat. Son premier acte après son élection fut de déposer un projet de loi facilitant les régularisations de 11 millions de sans papiers, la délivrance de visas et l’accès à la citoyenneté. Dans un fantastique accès de politiquement correct, le mot « étranger » devrait disparaître de la loi pour être remplacé par le terme de “non-citoyen”, afin de “mieux refléter les valeurs du président sur l’immigration” selon l’un de ses conseillers. Le nombre de visas accordés annuellement aux migrants dans le cadre du programme Diversity Visa passerait de 55 000 à 80 000. C’est un message d’ouverture très clair qui a été lancé dans ce contexte particulier. La politique l’a emporté sur tout le reste notamment sur le principe de réalité. Le thème de l’immigration a été utilisé pour se démarquer à tout prix du mandat Trump.

Tout comme Obama, Biden semble accueillant de l’extérieur mais dans les faits, les migrants sont visiblement tout autant refoulés que sous Trump. Est-ce la preuve que dans une stratégie migratoire, c’est l’image que l’on donne de soi plus que la politique réellement appliquée qui compte ?

Exactement, on est dans la posture et dans l’image, la politique narcissique qui ne mesure pas la portée de ses actes. L’expérience montre cependant que les mouvements migratoires sont toujours très sensibles aux messages lancés par les pays de destination.

En 2005, l’annonce d’une régularisation massive en Espagne avait déclenché un phénomène migratoire massif en Afrique. Des centaines de milliers de personnes s’étaient mises en route au péril de leur vie avant de se heurter aux barrières de Ceuta et Melilla.

Plus récemment, en 2015, le geste de Mme Merkel se posant en « mère des réfugiés » avait contribué à amplifier la vague massive d’arrivées de demandeurs d’asile en Allemagne dont le nombre fut évalué à un million. Ces signaux lancés aux habitants des pays d’origine déclenchent à chaque fois de faux espoirs et des catastrophes dont les premières victimes sont ceux qui les ont crus. Ne pas les avoir anticipés malgré l’expérience mille fois prouvée est un signe patent d’irresponsabilité.

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A quoi sont réellement sensibles les migrants au moment où ils décident de quitter leur pays pour un autre ? Qui écoutent-ils vraiment ? Le gouvernement du pays concerné ? Les passeurs ? Leurs compatriotes qui ont réussi à franchir la frontière ?

C’est tout un ensemble. Ils sont surtout motivés par le rêve migratoire, le rêve américain comme le rêve d’Europe. Ils vivent dans des situations qui ne sont pas forcément de misère absolue voire de famine comme le veut l’image d’Epinal. Cependant, la vie quotidienne est dominée par le désœuvrement, l’absence de travail pour les jeunes dans des pays où leur taux de chômage dépasse les 60% des jeunes, les contraintes politiques et familiales. Les images de la télévision ou d’Internet leur donnent la vision d’un monde meilleur d’abondance matérielle et de liberté individuelle à conquérir au-delà de la frontière. Les dictatures et les guerres ne font qu’amplifier ou précipiter l’envie de partir. Du fait de la mondialisation, une grande partie de la jeunesse des pays du Sud place tous ses espoirs dans la migration. Les filières criminelles qui sont à l’origine de 80% des parcours d’immigration illégale ne font que prospérer sur ce rêve migratoire. Songeons que la richesse moyenne d’un habitant du Niger est 100 fois inférieure à celle d’un habitant de l’Europe occidentale. Les messages d’ouverture lancés par les dirigeants des pays riches font ainsi l’effet d’une étincelle sur un baril de poudre. Mais ensuite, ces mêmes dirigeants, à l’image de M. Biden paniquent devant l’effet produit par leurs paroles.

Comme ils n’ont rien préparé pour l’accueil des migrants, ces derniers se retrouvent bloqués derrière des barrières. Les images de leur désespoir surtout quand il s’agit d’enfants comme c’est le cas aujourd’hui à la frontière sud des Etats-Unis, se retournent en boomerang contre les responsables du désastre.

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