MEMORABILIA

L’exécutif piégé par ses promesses ne peut ni confiner, ni vacciner… donc il s’enferme dans des nœuds de contradictions

Les Français auraient besoin de confiance et de visibilité. Mais la façon dont l’exécutif gère la crise sanitaire, la situation économique et l’état moral de la population fait que la gouvernance ne parvient pas à restaurer la confiance, ni même à améliorer la visibilité.

Jean-Marc Sylvestre. ATLANTICO. 24 mars 2021

Confiance et visibilité. On en est loin.

Le confinement annoncé n’est pas un confinement et la promesse d’une vaccination de masse ne pourra pas être réalisée. 

Les deux ingrédients préalables au phénomène de résilience des populations, comme des entreprises, ont disparu des écrans radars. La gouvernance française a été incapable, en ce début de semaine, de restaurer la confiance dans les choix stratégiques qui ont été rendus publics et d’améliorer la visibilité. 

Vulgairement, on aurait besoin de savoir où on va et selon quel timing. Au lieu d’être éclairé, on s’est retrouvé plongé dans un faisceau d’injonctions contradictoires. Le week-end dernier et le début de semaine ont vu le Premier ministre, le ministre de la Santé et le président de la République se prendre les pieds dans les tapis du confinement qui n’en est pas un et dans une campagne de vaccination qui n’est pas réaliste.

1er point : les nouvelles mesures de confinement devaient répondre à l’aggravation de la situation sanitaire dans les régions à risques ( principalement l’Ile de France et les Hauts de France ). Mais parce que ces régions représentent près de la moitié de l’activité économique française, les mesures en question devaient aussi limiter la casse économique et sociale. Autant dire qu’on en arrivait à la quadrature du cercle. On s’attendait donc à des mesures de restrictions, mais qui permettraient néanmoins à l’économie de survivre. Le résultat a été ubuesque.

Dans la forme, ces mesures ont donné lieu à des procédures administratives et des projets de contrôle ou de surveillance absolument surréalistes, avec cette attestation de sortie qui a été abandonnée. Dans le fond, personne, hormis les commerçants non essentiels, ont senti la sévérité de ce nouveau confinement… Et tout le monde se demande encore quels seront les effets de ce nouveau package. Cela dit, à peine sorti, il a été critiqué par tout le monde, les partisans du confinement comme les militants du déconfinement. Et pour les départager, il faudra encore attendre trois semaines l’évolution des chiffres de l’épidémie. Comment retrouver confiance quand, au plus haut niveau de l’Etat et notamment au ministère de la Santé, on nage en pleine confusion ?À LIRE AUSSILe scandale des vaccins, plus grave que celui des masques ou des tests, démontre une fois de plus l’incapacité de l’administration à gérer la crise

2e point : Parallèlement, le président de la République a voulu donner un coup d’accélérateur à la vaccination en réaffirmant avec raison que la vaccination était la seule solution possible pour sortir du piège. Le président s’est donc déplacé en région pour annoncer un programme très ambitieux, qui a pour objectif de vacciner au moins 10 millions de Français à la fin avril, et pourquoi pas atteindre l’immunité collective de la France au moment de l’été. Il rejoint là Angela Merkel et Thierry Breton, le Commissaire européen charge des approvisionnements en vaccins de l’Union européenne, qui assure qu’on pourra atteindre l’immunité collective des Européens pour le 14 juillet.

Coté français, Emmanuel Macron confirme donc le projet de vacciner matin, midi et soir. Vacciner partout : chez les médecins, les pharmaciens, les hôpitaux, les infirmiers et même dans des vaccinodromes. Il précise même qu’on pourra vacciner toutes les personnes à partir de 70 ans et les personnes exposées comme les enseignants.

La précision est importante, sauf que, pourquoi annoncer ces priorités si le projet est de vacciner tout le monde ?

Le projet est formidable mais il n’est réalisable que si nous avons des vaccins. Or actuellement, on n’a pas les doses de vaccins en quantité suffisante. On aura des Pfizer, des Moderna, on aura en avril des Johnson and Johnson, on aura encore des Astra Zeneca. Mais on n’en aura pas assez. Il nous en faudrait deux fois plus. Alors peut-être acceptera-t-on, contraint et forcé, le vaccin russe qui est utilisé dans beaucoup de pays sans problèmes. Mais il faudra sortir de la polémique qui entoure le vaccin russe. Mme Merkel se dit prête à en commander, mais le commissaire européen s‘y refuse.À LIRE AUSSIVariant brésilien : cet autre (et tragique) échec qui nous pend au nez ?

Le principe de réalité nous oblige à considérer que si nous avons besoin de vaccins, mieux vaut prendre ce qui se présente sur le marché à qualité scientifique équivalente, plutôt que d‘arrêter les vaccinations.

Dans la situation actuelle d’un nouveau confinement qui n’en est pas un et d’une promesse de campagne de vaccination qui n’est sans doute pas réalisable, l’opinion ne retrouvera donc ni la confiance, ni la visibilité. 

Ce qui est curieux et même incompréhensible, c’est que les autorités françaises, après avoir beaucoup tergiversé pendant plus d’un an, ne se résolvent pas à dire la vérité, pourtant très simple :

On ne confine pas parce que les confinements précédents ont asphyxié l’économie et la vie sociale sans arrêter le virus, qui est revenu à la charge lors de la deuxième vague puis de la troisième.À LIRE AUSSIVoilà pourquoi la vaccination (même réussie) ne nous sauvera pas

Il faudrait donc vacciner massivement mais on ne peut le faire puisque on manque de doses. On ne peut que promettre une vaccination future.

Ce qui est terrible, c’est que l’exécutif n’ose toujours pas entreprendre des solutions alternatives en attendant l’immunité collective. Et ces solutions existent. Elles passent par le testing massif, y compris la généralisation des auto tests,  puis le traçage qu’on se refuse à mettre en œuvre, et enfin l’isolement.  

Les hésitations du gouvernement vont aboutir à un phénomène très simple :

 La prise en charge du testing puis de l’isolement des cas positifs par les entreprises auprès de leurs salariés, par les directeurs de salles de spectacle ou de restaurants, par les enseignants, qui voudront sécuriser leur activité, au bénéfice de tout le monde.

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