MEMORABILIA

Luc Ferry: «L’universalisme est passé de gauche à droite»

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CHRONIQUE – Dès le début des années 1980, la gauche se rallie rallié au «droit à la différence» en même temps qu’aux idéologies communautaristes.

LE FIGARO. 24 mars 2021

-Autrefois, la gauche démocratique s’incarnait dans la tradition qui va de Jaurès à Chevènement. Elle défendait une idée de la nation indissociable de l’universalisme républicain. Héritière de 1789, elle était fidèle à la révolution scientifique comme à l’héritage des droits de l’homme, à ce que Claude Lefort appelait «l’humanisme abstrait», à cette conviction qu’un être humain est sacré, abstraction faite de ses enracinements communautaires dans une culture, une langue, une classe, une race ou même une nation, les apatrides étant eux aussi dignes d’être protégés.

Cet universalisme s’opposait au communautarisme qui venait de l’extrême droite contre-révolutionnaire, celle de Maistre, Bonald et des romantiques allemands, pour qui l’Homme n’est vraiment Homme que comme «membre» d’un «corps social», d’une nation définie, à l’opposé de notre nation républicaine, comme une communauté quasi biologique.

Nous fûmes quelques-uns, Bruckner dans Le Sanglot de l’homme blanc, Renaut et moi dans La Pensée 68 , à dénoncer dès le début des années 1980 l’abandon de l’universalisme par la gauche et son ralliement au «droit à la différence» en même temps qu’aux idéologies communautaristes.

C’était l’époque où les adorateurs de Mao, Sollers en tête, accusaient de manière absurde Chevènement d’être l’idéologue de la «France moisie». Aujourd’hui, le chassé-croisé des extrêmes est en voie d’achèvement. Les syndicats étudiants de gauche, à commencer par l’Unef, se sont rangés, avec l’appui de La France insoumise, aux côtés des communautarismes les plus agressifs, instaurant les réunions réservées aux «racisés», excluant les «mâles blancs».

Ce n’est pratiquement plus à gauche, mais dans une droite hostile au néolibéralisme, voire dans un RN qui a clairement rompu avec Jean-Marie Le Pen, que l’universalisme trouve ses derniers défenseurs

Comme le montre Pierre-André Taguieff dans un livre qui sort cette semaine en librairie (Liaisons dangereuses, islamo-nazisme, islamo-gauchisme), c’est d’abord avec le nazisme que l’islamisme s’est associé dans les années 1930. Il le fit notamment sous l’égide du Grand Mufti de Jérusalem, Haj al-Husseini, qui déclarait en octobre 1944 devant une soixantaine d’imams réunis par la 13e division des Waffen-SS: «L’islam et le national-socialisme sont très proches l’un de l’autre dans leur combat contre la juiverie. Presque un tiers du Coran traite des Juifs. Il appelle tous les musulmans à s’en méfier et à les combattre partout où ils se trouvent.» 

C’est aujourd’hui l’autre extrême, le gauchisme écolo/féministe/décolonial, qui fait front commun avec les fondamentalistes, une union qui commence dès les années 1960-1970, quand l’extrême gauche s’engage pour la cause palestinienne contre le sionisme, puis élargit dans les années 1970-1980 ses soutiens à un islam considéré comme la «religion du Sud», donc comme celle des «dominés» et des «racisés». Comme je l’annonçais déjà dans La Pensée 68 il y a près de quarante ans, c’est au moment où Foucault présente Khomeyni comme «le plus grand révolutionnaire de son temps» que le basculement de l’extrême gauche vers le différencialisme antirépublicain prend son essor.

Depuis, l’influence calamiteuse de Derrida, Foucault, et plus généralement de la «Pensée 68», dans les universités américaines où ils ont puissamment contribué à fonder la mode effroyable du politiquement correct et du droit des minorités, est de retour en France via l’extrême gauche. La «cancel culture» ne sévit pas seulement à Science Po Grenoble, mais désormais dans toutes nos universités. On y retrouve cette haine de l’universalisme et de la méritocratie républicaine qu’un philosophe américain aussi starisé que Michael Sandel continue de propager aux États-Unis comme dans les médias français.

À LIRE AUSSI :Deux professeurs de Sciences Po Grenoble accusés d’islamophobie sur les murs de l’IEP

Le plus singulier, c’est qu’à l’exception de quelques individualités (Régis Debray, les Badinter…), ce n’est pratiquement plus à gauche, mais dans une droite hostile au néolibéralisme, voire dans un RN qui a clairement rompu avec Jean-Marie Le Pen, que l’universalisme trouve ses derniers défenseurs.

Emmanuel Macron, comme tous les libéraux multiculturalistes à l’américaine, veut introduire la calamiteuse discrimination positive et la politique des quotas dans les grandes écoles, à commencer par l’ENA, ce qui signera la fin du modèle républicain des concours ouverts à tous en même temps que le nivellement par le bas.

Il fut un temps où Mélenchon semblait sur la même ligne que Chevènement, mais il est clair qu’aujourd’hui, le fascisme rouge a pris la place du brun pour tenter d’en finir avec ce que la tradition française avait de meilleur, l’universalisme républicain et le principe de l’égalité de tous devant les concours comme devant la loi

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