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XAVIER BERTRAND CANDIDAT…MAIS DE QUI ?

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En pleine campagne pour les Régionales, Xavier Bertrand en a profité pour annoncer sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Sans être surprenante, cette officialisation risque de faire bouger une droite sans leaders mais aux multiples prétendants, qui tous communiaient dans l’attentisme. Décryptage.

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© Capture d’écran YouTube

« J’estime que c’est mon devoir » annonce-t-il au Point. Quoiqu’on en pense, et s’il s’agit là d’une qualité qu’on était a priori loin de lui prêter, Xavier Bertrand a du panache : le voilà candidat à l’élection présidentielle. « J’ai une conception gaullienne de l’élection présidentielle : c’est la rencontre d’un homme ou d’une femme avec les Français, autour d’une vision et d’un projet ». Certes, la ficelle, en plus d’être grossière, est trop usée. Elle n’en contient pourtant pas moins une part de vérité. À droite, trop de personnalités attendent que l’on vienne les quérir à coup de flatteries, de supplications et de bons sondages. Xavier Bertrand a au moins compris une chose : la politique se chevauche plutôt qu’elle ne vous appelle, et le mythe de l’homme providentiel repose bien plus sur un acte de volonté initial que sur des sollicitations. 1958 n’existe que parce qu’il y a 1940 ; et Emmanuel Macron en a été la dernière illustration. Courageusement, Xavier Bertrand a pris le risque du lancée de dés politique, exemple dont beaucoup pourraient s’inspirer.

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Cette audace s’appuie cependant sur un mensonge, ou tout le moins sur un revirement d’engagement. « Ma primaire, ça sera le scrutin régional des Hauts-de-France » déclarait-il à Corse matin il y a quelques mois : en clair, afin d’outrepasser le filtre des partis, il serait candidat à la présidentielle si le résultat des régionales lui donnait l’aval de ses administrés. Il faut croire que le président de région a depuis changé d’avis. C’est que les récents sondages ont dû le décider à hâter le pas. Une enquête d’opinion IFOP/Marianne le créditait à 14% au premier tour, derrière Marine Le Pen (28%) et Emmanuel Macron (24%), et devant Jean-Luc Mélenchon (LFI, 10 %), Anne Hidalgo (PS, 8 %) et Yannick Jadot (EELV, 6 %). Pas de quoi se qualifier pour le second tour, direz-vous. Et pourtant, c’est là que se trouverait son atout principal : il est celui qui battrait le plus largement Marine Le Pen avec 57% des voix, contre 53% pour Macron et 49% pour Anne Hidalgo. En clair, il risque d’user, après la gaullienne « rencontre d’un homme et d’un peuple », une seconde corde tout aussi usée, le mitterrandien « cordon sanitaire avec l’extrême droite ». « Mon devoir est de battre Marine Le Pen et de tout faire pour rassembler les Français » a-t-il déjà annoncé. Plus que tout autre, Xavier Bertrand sera l’homme du front républicain contre l’ex-front national. République contre nation ?

LR et Bruno Retailleau pris de court ?

La droite n’est évidemment pas restée muette face à cette annonce. Dès le lendemain, Bruno Retailleau a assuré au micro de Sud Radio qu’il y aurait une primaire au sein de LR : « Dès lors qu’il y aura plusieurs candidats, pour les départager, il faut bien voter. La démocratie, c’est le vote. Il ne faut pas en avoir peur, c’est tout ». C’est que le Vendéen espère rééditer le scénario Fillon 2017 : la primaire mobilise la frange zélée du parti et permet ainsi l’élection d’un candidat de droite affirmée, c’est-à-dire potentiellement lui-même. Pour le sénateur LR Sébastien Meurant, cette annonce « n’est pas vraiment un événement, et relève d’une stratégie personnelle » alors même que « les Français ont la tête ailleurs ». « Il veut occuper l’espace médiatique, éventuellement dans la perspective d’une annonce présidentielle d’un report des élections régionales » et peut être aussi afin de « décourager d’autres candidats de se présenter ». Sur la même ligne que Retailleau, le sénateur rappelle que « les statuts au sein de notre mouvement prévoient une primaire, ce que l’on peut regretter, mais c’est comme ça », et ré-insiste sur l’importance d’un projet solide avant l’incarnation et la personne. Or, il se dit « incapable de dire quel est le projet de Xavier Bertrand » et conclut : « le parti LR aura un projet politique pour la France ».

« Il veut occuper l’espace médiatique, éventuellement dans la perspective d’une annonce présidentielle d’un report des élections régionales » et peut être aussi afin de « décourager d’autres candidats de se présenter »

Sébastien Meurant (LR)

À son opposé, le président du Sénat Gérard Larcher soutient ouvertement la candidature Bertrand depuis quelques mois déjà, alors même que celui-ci n’est plus membre du parti. On attendra avec impatience la première réaction publique de Nicolas Sarkozy, qui tient une place toujours importante dans la galaxie LR. Les deux hommes s’étaient rencontrés à la mi-janvier, rencontre au cours de laquelle l’ancien chef d’État lui aurait dit : « Si tu es à 18% à l’automne, tu t’imposeras ». Sarkozy n’avait jusqu’alors jamais caché son inimitié envers Bertrand – « Ce bon à rien, ce petit assureur » ; « C’est un médiocre, ce n’est pas la reconnaissance qui l’étouffe » ; « Lui, ce sera pieds nus, avec des plaies ouvertes, dans les mines de sel » – qui en retour avait décidé de soutenir François Fillon lors des Primaires de 2017.

Député et tête de liste Rassemblement national dans les Hauts-de-France pour les prochaines, Sébastien Chenu considère cette annonce comme « complètement décalée par rapport à la situation sanitaire, économie et sociale de notre région et de notre pays. » « J’acte cette annonce comme un abandon de notre région, car on ne peut pas courir tous les lièvres » ajoute-t-il, parlant d’un « bras d’honneur fait aux habitants de la région ». Aussi, il juge cette annonce comme une preuve de « l’insincérité accablante de Xavier Bertrand, qui reprochait à Marine le Pen il y a 5 ans d’être candidate à la présidentielle et à la région. Il fait ce qu’il reprochait à sesadversaires ».

Bertrand vire à droite…après avoir quitté un LR qu’il jugeait trop droitier

Dans son interview, après avoir joué – trop facilement – de son statut de modeste assureur contre le président banquier d’affaires, Xavier Bertrand a esquissé les premières lignes d’un programme présidentiel. « Gaulliste social, d’une droite sociale et populaire », il rêve d’« une France fière, redressée et réconciliée » et propose dans cette optique de « restaurer l’autorité de l’État, tourner la page du centralisme parisien et refaire du travail la clé de voûte de notre projet national ». Voilà donc les trois volets de son programme : autorité, décentralisation et travail.

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Le désormais candidat a tout d’abord envoyé des signaux très clairs à l’électorat de droite traditionnelle, en radicalisant son discours sur l’autorité et la sécurité, terrain sur lequel on ne le connaissait pas. Il n’a pas hésité à reprendre les concepts d’islamo-gauchisme et de France Orange mécanique. « Les Français assistent, stupéfaits, à l’effondrement de l’autorité et à la mise en accusation de notre modèle par l’islamo-gauchisme. […] Le préalable à tout, c’est la restauration de l’autorité de l’État, c’est l’intransigeance sur nos principes et sur nos valeurs. L’identité de la France n’est pas négociable ». « Notre pays est gangrené par l’insécurité et la violence. Je reprends à mon compte le constat France Orange mécanique ». De là, il a décliné bon nombre de mesures salutaires : période de sûreté portée à cinquante ans en matière de terrorisme, abaissement à 15 ans de l’âge de la majorité pénale, institution de peines minimales automatiques, construction de 20 000 places de prison, expulsion automatique de tout étranger condamné à une peine de prison ferme et contrôle de l’immigration par des quotas en fonction des besoins de notre économie.

Autant de mesures qui, si elles peuvent paraître bonnes surprises, étonnent et questionnent sur le sincérité du candidat. D’abord parce que, s’il propose de rétablir la double peine, il était membre du gouvernement Fillon sous Sarkozy qui l’a supprimée. Ensuite et surtout parce que Xavier Bertrand a quitté Les Républicains au lendemain de la victoire de Laurent Wauquiez à la présidence du parti. « Je ne reconnais plus ma famille politique alors j’ai décidé de la quitter » avait-il annoncé, solennel au JT de France 2, dénonce la « dérive » droitière du parti. Sa décision avait à l’époque été saluée par les membres du groupe Agir, qui travaille aujourd’hui en étroite collaboration avec la majorité, alors que le président Macron lui avait proposé le poste de Premier ministre.

« Sur l’autorité et l’islamisme, il n’a cessé de financer avec l’argent des habitants des structures – encore le mois dernier avec l’application ihalal pour la certification derrière laquelle il y a un militant islamiste – qui ont un lien avec l’islamisme »

Sébastien Chenu (RN)

Sébastien Chenu dénonce la duplicité de Xavier Bertrand sur les questions sécuritaires, qui « a fait dans la région l’exact inverse de ce qu’il déclare vouloir faire à l’échelle nationale. » « Sur l’autorité et l’islamisme, il n’a cessé de financer avec l’argent des habitants des structures – encore le mois dernier avec l’application ihalal pour la certification derrière laquelle il y a un militant islamiste – qui ont un lien avec l’islamisme. Du lycée Averroès à l’application ihalal en passant par radio Pastel qui diffusait des discours de Tariq Ramadan, beaucoup d’argent a été utilisé pour financer des structures pour le moins douteuses. » Il ajoute : « Sur la sécurité, Xavier Bertrand a beau rouler toujours des mécaniques, son bilan ne plaide pas pour lui. Par exemple, seules une trentaine de gares sont aujourd’hui vidéo-surveillées, alors qu’il avait annoncé qu’elles le seraient toutes, soient plus de 350. »

Révolution des territoires et France du travail : la panacée

Deuxième volet, la décentralisation et la déconcentration. Depuis son élection à la tête des Hauts-de-France, Bertrand s’est fait le chantre de la France des territoires, contre un macronisme centralisateur et vertical qui « étouffe tout et a conduit l’État à l’impuissance ». À l’opposé, lui propose « d’instaurer la République des territoires, pas une nouvelle étape de décentralisation mais, dans le respect de notre Constitution, un véritable changement de régime. Une nouvelle façon de conduire l’action publique au service d’une nouvelle façon de vivre, de travailler : la révolution par les territoires ». Cette révolution se ferait par d’importants transferts de compétence vers les collectivités locales dans les secteurs de l’emploi et de la formation professionnelle, du social et du logement, de la santé et de la transition écologique. En réalité, l’utilisation du mot « territoire » – qui est à la France charnelle ce que les « quartiers » sont à la banlieue islamisée – et cette liste de compétences rejoint la conception européenne de grandes régions pleinement compétentes économiquement et socialement. En revanche, sur leur caractère historique, culturel et identitaire, et donc sur l’enracinement, pas un mot.

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En plus ne pas avoir abordé la question environnementale – absence qui questionne son sérieux, Xavier Bertrand a fait sienne une ligne économique somme toute très classique pour le centre droit français. Plaçant au cœur de sa profession de foi la notion de travail, il a annoncé qu’il priorisera la lutte contre le chômage par une politique dont on comprend qu’elle sera d’inclinaison libérale, avec réduction de charges et simplification des normes. Rien de sérieux sur l’État stratège ou sur la réindustrialisation, malgré les enseignements de la crise sanitaire. Comme toujours, le marronnier de la participation est listé. Aussi, il s’est engagé tout à la fois à rembourser la dette, à réduire les dépenses publiques et à ne pas augmenter les prélèvements obligatoires – équation intenable sur le papier, sauf à obtenir des taux de croissance dignes des Trentes Glorieuses et donc à accroître les rentrées fiscales. De quoi faire dire à Sébastien Chenu qu’il n’existe pas de « différences entre Xavier Bertarnd et Emmanuel Macron : c’est le même ‘en même temps’. Ils sont d’accord sur tout – retraite, transport, ISF – et Bertrand ferait la même politique. Preuve en est, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin était conseiller régional sur la liste de Xavier Bertrand ». Effectivement, personne ne sera pris.

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