MEMORABILIA

Hôpital et bureaucratie: «Tragique illusion»

L’Éditorial du FigaroYves Thréard. 29 mars 20°21

Yves Thréard, directeur adjoint de la rédaction. Le Figaro

Kafkaïen. Le mot revient souvent pour dénoncer le fonctionnement de la machine politico-administrative française face au coronavirus. Une technostructure impotente, ankylosée, impuissante que les Français ont découverte, stupéfaits. On leur répétait que leur système de santé était parmi les meilleurs au monde. Masques, dépistages, équipements de réanimation, vaccination: à chaque étape décisive, pourtant, le mammouth s’est mordu la queue.

En 1974, le roman de René-Victor Pilhes L’Imprécateur racontait comment un grain de sable avait entraîné la chute de la plus grande multinationale dirigée par les têtes les mieux formées. La satire pourrait être transposée à notre époque. La vanité, l’arrogance, l’autosatisfaction sont les mêmes et, malheureusement, le résultat aussi. Le fameux modèle français était une illusion.

Confiner ou ne pas confiner? La question n’est pas là. Ce n’est pas sur ce terrain qu’un mea culpa du président de la République serait le bienvenu, mais bien davantage sur les causes de l’exercice d’équilibriste qu’il s’inflige. Dans l’inextricable chaîne de commandement de notre bureaucratie, tout ordre est susceptible de contre-ordre, toute décision avance à la vitesse de l’escargot, tout bon sens est corrigé par un calcul sur tableau Excel, tout retard est justifié par un flot de paroles qui fleurent bon l’imprévoyance ou le mensonge.

L’affaire des masques, celle des lits de réanimation resteront gravées à jamais dans les mémoires. Et ce maquis organisationnel est soigneusement entretenu pour que les responsabilités soient cachées sous le tapis, noyées dans le millefeuille des agences spécialisées et des réunions interministérielles.

Tous les pays, centralisés comme le nôtre ou décentralisés comme l’Allemagne, traversent la tempête cahin-caha. Maigre consolation. Le virus est certes imprévisible, mais la France, si fière de ses services publics, a apporté la preuve depuis un an que, sans réformes d’ampleur, elle risquait la faillite, financière et morale.

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