MEMORABILIA

Un courrier de soutien à Didier Lemaire

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« Causeur » du 29 mars publie une lettre émouvante que le prof de Trappes a reçu

Didier Lemaire © Bruno Coutier via AFP

Parmi les nombreux messages de soutiens reçus par Didier Lemaire, celui-ci, envoyé par Rachid B., 62 ans, l’a particulièrement ému. Causeur le publie tel quel ce matin.


Cher Monsieur,

C’est un fils d’immigrés algériens et musulmans qui tient à vous témoigner sa sympathie après le tourbillon de malentendus, mais surtout la haine et les mauvais procédés dont vous avez été et continuez d’être la cible.

Je vous prie d’accepter l’expression de ma solidarité envers votre personne et votre métier si noble de professeur.

Relire Paul Yonnet

Je suis déjà un vieux monsieur (62 ans), un « chibani », et je partage entièrement non pas votre pessimisme, mais votre constat : la France ni l’Europe ne vivent plus dans la continuité historique de leur culture et de leur civilisation. La cause est entendue, comme l’a prophétisé Spengler il y a déjà un siècle. J’étais pourtant jusqu’à il y a quelques années encore lesté d’un vague espoir de sursaut. En 1993, le sociologue Paul Yonnet essuyait une vague d’hostilité de la part des journalistes bien-pensants dont beaucoup sévissent encore aujourd’hui, après la publication de son Voyage au centre du malaise français. Il faut relire ce qu’en disaient alors les Joffrin, Szafran, Ferry, Jean-Paul Enthoven, Robert Maggiori, Colombani, Françoise Giroud, Gérard Leclerc, etc. 

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Rencontre avec Didier Lemaire: un hussard de la République aux prises avec l’islamisme

Pour y répondre, il écrivait dans Le Débat : « Les choses sont ce qu’elles sont. Je n’écris pas dans la collection Harlequin, ni pour la Bibliothèque rose. Ce livre est un livre sur la mort et sur l’angoisse. De la première à la dernière page, il parle de la mort, de la dilution. Non pas de la mort individuelle, mais de quelque chose de bien pire, de ce qui rend supportable la mort des individus parce qu’elle lui donne un sens, la certitude d’avoir été un maillon de la continuité collective, ce sentiment de sécurité identitaire minimal et proprement humain qui autorise à œuvrer sans développer d’insupportables angoisses sur l’avenir du groupe. » C’était en 1993.

Un mode de vie étranger qui s’impose

On a prétendu vous faire dire que la ville de Trappes serait en quelque sorte « à feu et à sang ». Je suis bien placé pour savoir, comme « musulman d’apparence » vivant dans une HLM parisienne islamisée, que la violence physique n’est pas nécessaire pour imposer un mode de vie et une culture totalement étrangère à la tradition française. Il y a à peine une semaine, tenant un chien en laisse devant l’ascenseur, mon voisin, père de famille tunisien qui se rend tous les jours à la Grande Mosquée toute proche, fort sympathique au demeurant, m’a supplié de ne pas l’approcher : « Si votre chien me frôle, je vais être obligé de refaire mes ablutions », m’a-t-il dit. 

Je vis en rasant les murs, supportant les insultes de gamins qui me surprennent avec une cigarette en période ramadan, me traitent de kouffar parce que je vis seul, etc. 

A lire ensuite, Martin Pimentel: A Trappes nigaud

Il faut aussi supporter la transformation du paysage en plein Paris : femmes enfoulardées, hommes barbus en kamis, etc. 

La « bande-son » aussi faite de dialectes exotiques auxquels on ne peut s’habituer lorsqu’on est amoureux d’une certaine langue qui constitue la vraie patrie. Il faut finir sa vie en exil.

Croyez bien, s’il vous plaît Monsieur, à mon entier soutien et à ma toute cordiale sympathie.

Rachid B.

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