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Thibault de Montbrial: «La droite a une responsabilité historique face aux dérives identitaires de la gauche»

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TRIBUNE – Alors que la société française est fracturée par l’islamisme et divisée sur les questions d’identité, le cycle électoral qui commence est essentiel, estime Thibault de Montbrial, car il va façonner la gouvernance du pays pour la décennie à venir.

LE FIGARO, 30 mars 2021

Thibault de Montbrial est avocat au barreau de Paris et le président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure. Dernier livre paru: «Le Sursaut ou le chaos» (Plon, 2015).


Alors que se profile une séquence électorale cruciale dans les prochains mois (élections régionales puis élection présidentielle), la rupture d’une partie toujours plus importante de la gauche avec les valeurs de la République apparaît aussi sidérante que préoccupante.

Deux épisodes édifiants ont encore illustré cette dérive ces derniers jours.

D’abord, lundi 22 mars, la décision de la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, et de sa majorité Europe Écologie-Les Verts de financer à hauteur de 10 % soit 2,5 millions d’euros, la mosquée Eyyûb Sultan, une des plus grandes d’Europe avec ses minarets de 36 mètres de hauteur.

Or, ce projet est porté par l’association Millî Görüs. Cette association aux racines turques est proche des Frères musulmans, confrérie née en Égypte en 1928 dont l’objectif proclamé des fondateurs est de conquérir le pouvoir politique pour pouvoir imposer la charia. Le vice-premier ministre turc Bekir Bozdag s’était déplacé à Strasbourg pour poser la première pierre en 2017, et son discours avait été retransmis en direct à la télévision turque.

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Cette décision consternante des édiles strasbourgeoises a suscité une vive polémique. En décembre dernier, la branche française de Millî Görüs avait en effet refusé de signer la charte des principes pour l’islam de France. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a ainsi dénoncé une «ingérence étrangère» et demandé au préfet du Bas-Rhin de déférer la délibération litigieuse devant le tribunal administratif. En réponse, Eyup Sahin, le président de la confédération islamique Millî Görüs Grand Est, a persisté et a publiquement assumé le rejet de la charte avec une rare arrogance dans l’expression.

De nombreux élus de gauche ont apporté leur soutien à la maire de Strasbourg, parmi lesquels le communiste Ian Brossat ou Manon Aubry pour La France insoumise. Quant au secrétaire général d’Europe Écologie-Les Verts, Julien Bayou (qui s’excusa un jour sur injonction d’une «racialiste» pour avoir employé le terme «lynch黫pas adapté pour une personne blanche» selon lui), il a annoncé une série d’actions en diffamation dont, au-delà de l’agitation politicienne, on peine à comprendre le fondement.

Le second flagrant délit de dérive antirépublicaine est à mettre à l’actif de la tête de liste PS pour l’Île-de-France aux élections régionales, Audrey Pulvar.

Ces épisodes démontrent que cette gauche ne cède plus seulement aux sirènes islamo-gauchistes, mais aussi désormais aux « indigénistes » et autres « racialistes »

Interrogée sur BFM sur la question des réunions dites «racialisées», l’ex-journaliste et toujours proche d’Anne Hidalgo s’est enferrée dans une longue réponse alambiquée. Loin de condamner ces pratiques, elle a indiqué préférer l’expression «réservée à» plutôt qu’«interdite aux», avant de conclure que si une femme blanche ou un homme blanc assistaient à de telles réunions, il faudrait qu’ils «se taisent». Très vite, la polémique a déferlé. Aux soutiens attendus de ceux dont le naufrage est acquis (tels Jean-Luc Mélenchon ou Aurélien Taché), on a eu la surprise de voir se joindre Ségolène Royal, ou encore – et c’est autrement plus préoccupant politiquement – l’ancien ministre de l’Intérieur, patron des députés de La République en marche et proche d’Emmanuel Macron, à savoir Christophe Castaner. Embrayant sur la mortifère logique victimaire, celui-ci a en effet opéré un parallèle inacceptable entre des réunions organisées autour du partage d’une expérience (en l’occurrence, pour sa part, les violences faites aux femmes ; d’autres ont évoqué les Alcooliques anonymes) et ce qui est en jeu en l’espèce: une discrimination fondée sur l’origine ou la couleur de la peau.

Ces épisodes démontrent que cette gauche ne cède plus seulement aux sirènes islamo-gauchistes, mais aussi désormais aux «indigénistes» et autres «racialistes».

Ils suivent l’effondrement politique et moral de l’Unef, qui fut un jour un syndicat étudiant respectable et se réduit désormais à un groupuscule crispé autour de la défense identitaire de minorités occupées à saper les fondements de notre nation. On se souvient également du tir de barrage subi par la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, pour avoir consacré une minute à la dénonciation de l’islamo-gauchisme à l’université, dans une longue interview sur les difficultés de la condition étudiante actuelle que tout le monde a, du coup, oubliée. Ou encore de l’affaire Sciences Po Grenoble, où deux professeurs subirent de plein fouet une énième preuve de l’existence dudit concept d’islamo-gauchisme.

Asphyxiée par le macronisme, divisée comme jamais entre deux tendances « irréconciliables », une partie importante de la gauche est de plus en plus séduite par la course aux extrêmes

Une partie des médias, y compris au sein du service public, a également perdu ses repères et traite ces sujets avec une subjectivité stupéfiante, sans paraître mesurer le risque de fracture de notre société.

Ces récents événements disent beaucoup de l’évolution politique de notre pays. Asphyxiée par le macronisme, divisée comme jamais entre deux tendances «irréconciliables», pour reprendre le mot d’un Manuel Valls vigilant sur ces sujets, une partie importante de la gauche est de plus en plus séduite par la course aux extrêmes. Les communautarismes de toutes sortes y prévalent désormais et il est à craindre que le ou les candidats PS et écologistes se livrent à une surenchère de gages envers des minorités dont l’objectif commun consiste à fracturer notre pays.

Au sein même de l’actuelle majorité présidentielle, l’embarras est palpable et les tiraillements se multiplient. Or, la défense de l’universalisme républicain ne se prête pas au «en même temps».

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Le cycle électoral qui commence va façonner la gouvernance de notre pays pour la décennie à venir. Face à une gauche fracturée, une majorité présidentielle divisée et un Rassemblement national qui vote systématiquement contre tous les textes régaliens, la droite porte une responsabilité importante. Celle de proposer d’abord dans chaque région, puis à l’élection présidentielle, une candidature intransigeante sur les fondamentaux, et déterminée à prôner d’abord, et à appliquer sans faiblesse ensuite, les mesures difficiles mais indispensables pour restaurer l’autorité de l’État et recréer la transcendance nécessaire à reconstruire une «communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances» (Ernest Renan), c’est-à-dire une nation.

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