MEMORABILIA

Bordeaux, une ville plombée par la délinquance

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Après une année 2020 d’hyper violence, l’année 2021 semble doucher les espoirs faussement optimistes des bordelais. La délinquance poursuit son expansion croissante : trafics de drogue, vols à l’arraché, cambriolages, multiplication des conflits entre bandes rivales, rixes avec armes blanches, tirs d’armes à feu… 

Par  Cyprien Rousseau Publié le 31 mars 2021 VALEURS ACTUELLES

Une compagnie de CRS à Bordeaux, le 30 janvier 2021. ©MEHDI FEDOUACH / AFPPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Dans la nuit du 26 au samedi 27 mars, il était aux alentours de 4 heures quand un voisin a alerté les forces de l’ordre : le bar tabac « Le 421 » situé avenue de Saint-Médard à Eysines, dans la périphérie de Bordeaux, venait de faire l’objet d’un cambriolage. Rapidement sur les lieux, les policiers se lancent à la poursuite des voleurs. Non loin de là, trois jeunes attirent l’attention des agents. Sous l’emprise manifeste d’un état alcoolique et de stupéfiants, les jeunes sont interpellés. Un seul est majeur, les deux autres sont des mineurs isolés. « On travaille en famille », rappelle au journal Sud-Ouest le fils des gérants qui réside actuellement sur place. « On est en travaux. L’alarme s’est déclenchée. Des jeunes se sont introduits sur place en utilisant un pied-de-biche contre le rideau métallique. Ils n’ont pas eu le temps de prendre grand-chose. Quelques boissons et des articles de téléphonie », ajoute le jeune homme. « Les policiers sont arrivés tout de suite » précise-t-il. Les trois jeunes sont retrouvés en possession du maigre butin volé dans le bar-tabac, mais les policiers trouvent également en leur possession quelques effets dérobés dans des voitures en stationnement dans le quartier cette nuit. Tous les trois sont placés en garde à vue puis présentés au parquet.

La veille, vers 18h, prêt de l’arrêt de tramway Hôpital Pellegrin à Bordeaux, 18 personnes étaient interpellées. Deux jeunes bien décidés à en découdre un contre un, chacun avec le soutien de leurs amis, provoquaient une importante et violente rixe. Certains étaient venus armés d’une batte de baseball, d’autres de couteaux. Tous étaient chauffés à blanc, prêts à défouler leur agressivité la plus bestiale. Treize personnes, venant de l’agglomération bordelaise, âgées de 15 à 18 ans, ont alors été placées en garde à vue. Onze des jeunes sont mineurs. Ils ont finalement été remis en liberté.

Depuis ces derniers mois, des faits divers comme ceux-là sont devenus le quotidien des bordelais et des habitants de son agglomération. Chaque jour nouveau est l’occasion de constater l’insécurité rampante qui empoisonne la vie des riverains. Face au phénomène, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, en déplacement en Gironde jeudi et vendredi dernier, annonçait l’arrivée de 140 policiers en renfort pour lutter contre cette délinquance qui explose depuis quelques mois.

Une année 2020 « orange mécanique »

L’année dernière, Bordeaux avait été marquée par un phénomène endémique d’hyper-violence, rappelant les scènes effrayantes du film Orange Mécaniquede Kubrick sortie en 1972. Les cambriolages étaient globalement en hausse (+ 19 %), de même que les vols avec armes (+ 44 %, soit 164 faits) dans la zone police. Du jamais vu dans la cité girondine où il faisait jusqu’alors bon vivre, et qui se hisse désormais en tête des classements des villes les plus dangereuses du pays. Tout l’été les actes de violences se sont répétés jusqu’à atteindre une attaque par arme blanche quotidienne entre les seuls mois de juin et de juillet. Au total plus d’une trentaine d’agressions par arme blanche sur la période du 22 juin au 27 juillet selon la préfecture. Sur l’année 2020, les vols avec arme ont connu un bond exceptionnel de 69% par rapport à 2019. Des faits divers dramatiques, déjà rapportés par Valeurs actuelles, s’étaient alors enchaînés : de violentes rixes en marge de la fête de la musique, des séries de blessés chaque nuit, un homme poignardé au miroir d’eau, une agression à la machette d’un adolescent de 18 ans près du quartier de la gare, une agression par arme à feu sur véhicule de la Brigade anti-criminalité (BAC), des policiers systématiquement pris pour cible.

Depuis ces derniers mois les agressions continuent de se multiplier. Les attaques s’accentuent en nombre et en gravité. Une habitante du quartier Saint-Michel avoue : « Le quartier a changé. Je ne le reconnais plus. Les gens ici ne sont plus les mêmes. On a peur de sortir, peur qu’il nous arrive quelque chose ». Un phénomène qui inquiète de plus en plus les bordelais mais aussi les forces de l’ordre. Un brigadier de police qui travaille sur Bordeaux depuis près de dix ans après avoir quitté la région parisienne se confie :  « À mon arrivée, j’ai été surpris par le calme qui régnait dans cette ville. Mais depuis un an, ça se complique. Il y a une multiplication des faits de violence, des rixes qui éclatent en toute impunité, des attaques à l’arme blanche chaque semaine. La situation devient critique ».

Pourtant l’été dernier, le maire écologiste Pierre Hurmic fraîchement élu semblait prendre la mesure des avertissements des bordelais et déclarait « ce qui est difficilement ressenti à Bordeaux, c’est que pendant très longtemps nous avons été une ville très préservée de ces phénomènes-là ». « De 2012 à 2019, la délinquance a augmenté en moyenne de 30% », reconnaissait Amine Smihi, adjoint (EELV) chargé de la sécurité, promettant la constitution d’un Groupement local de traitement de la délinquance (GTLD). Un GLTD qui avait effectivement vu le jour en octobre 2020 pour une durée de trois mois et qui s’apparentait à une cellule de crise aux fins d’identifier et neutraliser les têtes de réseau qui empoisonnent la vie des habitants.

L’arrivée d’une nouvelle délinquance

Selon les autorités policières et judiciaires, la recrudescence des faits violences remonte en réalité à 2018, année d’arrivée de mineurs isolés, formule officielle pour désigner les migrants de moins de 18 ans entrés en France non accompagnés. « On n’est pas tranquille quand on doit fermer le magasin le soir. La journée c’est différent, ils errent dans les rues, on n’a pas trop de problèmes dans nos boutiques, et puis il y a du monde. Mais arrivée l’heure de fermeture, quand les gens sont déjà rentrés chez eux, il y a des soirs où je ne suis pas tranquille », estime une commerçante près de la place de la Victoire.

Un phénomène apparu depuis environ deux ans qui pourrait expliquer la hausse des violences en centre-ville et particulièrement dans le quartier Saint-Michel. Interpellé en septembre dernier par France Bleu Gironde, le directeur départemental de la sécurité publique Patrick Mairesse avait qualifié ce quartier d’ « extrêmement sensible », ajoutant « on a des regroupements de jeunes, de mineurs non-accompagnés, de SDF qui sont parfois violents ». S’il est difficile d’évaluer l’ampleur du phénomène, Patrick Mairesse rappelait que les mineurs non-accompagnés sont « responsables d’une grande partie de l’augmentation actuelle » des vols et agressions.

Ils y aurait au total sur Bordeaux entre 100 et 200 mineurs non-accompagnés, principalement originaires d’Algérie et du Maroc. Bien connus pour leurs vols à l’arraché, leurs cambriolages et leurs agressions à l’arme blanche, ces jeunes sont souvent sous la coupe de réseaux mafieux et leur forte concentration dans la ville laisse penser à l’existence de « filières » d’acheminement vers des réseaux criminels qui pourraient les prendre en charge et les employer dans divers trafics. « Je me déplace toujours à vélo quand je rentre seule la nuit, pour éviter que le bruit de mes talons qui frappent le sol ne résonne dans les rues vides car il pourrait dévoiler ma présence », confesse Chloé, étudiante en art. « Dans la rue Sainte-Catherine le soir venu, on peut se faire attaquer pour une raison insignifiante ou pour un simple regard, et je n’envisage même pas le simple fait d’être une femme », ajoute-t-elle. En 2020, les mineurs non accompagnés représentaient 40% des mis en cause dans les actes de vol avec violence, contre 36% en 2019. Ils ont notamment contribué à l’augmentation du nombre de cambriolages dans l’agglomération de Bordeaux : 5198 effractions dans les logements en 2020 contre 4 313 en 2019. Un phénomène qui ne cesse de s’intensifier et qui se confirme en ce début d’année 2021. Une situation que Fabienne Buccio, préfet de la Gironde considère très complexe et qui souligne que ces jeunes, « extrêmement dangereux et violents« , sont la plupart du temps drogués et « ne mesurent pas la gravité de leurs actes« .

Le 23 février dernier, à une large majorité, Marcheurs compris, la municipalité bordelaise a voté une motion pour l’accompagnement et la mise à l’abri des jeunes étrangers, dont le dossier est en recours pour avoir le statut de mineurs non-accompagnés. À l’initiative du groupe Bordeaux en Luttes, Philippe Poutou en a fait la présentation, au terme de laquelle la quasi-unanimité des groupes politiques du Conseil municipal de la ville s’est prononcée en faveur d’un accompagnement pour les mineurs exilés, dont les dossiers sont en cours d’instruction. Nicolas Florian, ancien maire candidat (LR) à sa succession en 2020 et élu au Conseil municipal a été le seul à afficher son désaccord, rejoint par deux autres membres de son groupe. Il s’était opposé au vote : « Une alliance avec l’extrême-gauche de l’extrême-gauche et la majorité, c’est au-dessus de mes forces », avait-il protesté. Il n’a finalement pas participé au vote. Dans les mois à venir, une présentation des actions menées devrait être exposée au conseil municipal.

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