MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «L’angélisme accélère la décadence française»

CHRONIQUE – Le «vivre ensemble» est brandi comme l’antidote au choc des cultures dans une société morcelée.

Par Ivan Rioufol 1er avril 2021. LE FIGARO

Jusqu’où la France doucereuse tombera-t-elle? Les Français ne reconnaissent plus leur nation. Les dirigeants, tous promoteurs de la «société ouverte», survolent un pays déprimé dont ils n’entendent pas les plaintes. Ils ne voient rien de leurs erreurs. Xavier Bertrand, pressé de pousser sa candidature à la présidentielle, veut être «le candidat du redressement». Là est bien l’urgence. Toutefois, l’ancien ministre a, lui comme les autres, participé au Grand Effondrement qu’il déplore. Un sondage pour le JDD et Sud Radio confirme le sentiment de dépossession des gens: 66 % disent ne plus «se sentir chez soi comme avant» (85 % chez les électeurs du RN) ; 75 % estiment que «la France est en déclin» (91 % au RN). À 78 %, les sondés disent que «la France est un pays de culture chrétienne». La nation silencieuse reste attachée à son identité, que des «élites» veulent brader au nom de l’«apaisement».

Lundi, la ministre Marlène Schiappa a dénoncé la «complaisance» de la municipalité (EELV) de Strasbourg, qui a voté, dans le cadre du concordat, une subvention de 2,5 millions d’euros pour la construction de «la plus grande mosquée d’Europe», Eyyûb Sultan. Le gouvernement reproche à l’association turque qui conduit le projet de n’avoir pas signé la charte de l’islam de France. Mais le vrai scandale est dans l’envergure de l’édifice ottoman, voulu par la Turquie réislamisée, au cœur de la capitale européenne. La complaisance est chez les belles âmes qui laissent l’islam politique marquer son territoire en terre chrétienne. Le néo-sultan Erdogan, qui plante ses hauts minarets près de la cathédrale, avait récité naguère: «Les minarets seront nos baïonnettes ; les coupoles, nos casques ; les mosquées sont nos casernes ; les croyants, nos soldats». À Istanbul, il a transformé Sainte-Sophie en mosquée, pour effacer la mémoire chrétienne de Byzance.

L’idéologie diversitaire, qui segmente la société en races, sexes ou religions, enfante des monstres plaintifs

L’angélisme de la France d’en haut est au cœur de l’accélération de la décadence. Les bons sentiments ont évacué la raison. Le rejet du conflit, socle du politiquement correct, autorise toutes les traîtrises. Le «vivre ensemble» est brandi comme l’antidote au choc des cultures dans une société morcelée. Or, au prétexte d’éviter la perspective d’une guerre civile dans un affrontement avec l’islam conquérant, la République a renoncé à faire respecter la France, son peuple, son histoire. Le retour des «temps obscurs et sans connaissance», que craignait Napoléon (1), est une réalité. L’idéologie diversitaire, qui segmente la société en races, sexes ou religions, enfante des monstres plaintifs. Ils déversent leur rancœur sur l’homme Blanc, ce «privilégié» prié de faire profil bas dans sa patrie.

La crise de l’intelligence interdit de penser autrement que par slogans. Après la justification, par la présidente de l’Unef, de réunions étudiantes interdites aux Blancs, l’ex-journaliste Audrey Pulvar a enchaîné, dimanche, dans cette logique d’apartheid, en se réclamant de son métissage comme d’une blessure. Candidate PS pour la région Île-de-France, cette proche de la maire de Paris, Anne Hidalgo, a défendu le principe de réunions destinées aux «personnes discriminées». Avec cette nuance: les Blancs pourraient y être tolérés, mais à la condition de «se taire», d’être «spectateurs ou spectatrices silencieux». La gauche communautaire, à commencer par Jean-Luc Mélenchon, n’a rien trouvé à redire à cette dialectique victimaire importée des États-Unis. Ces faux gentils ouvrent benoîtement la voie à la guerre des races, à la traque aux méchants Blancs. Et vogue la nef des fous!

Retour aux racines

La France ne se sauvera du naufrage, causé par un monde politique cotonneux, qu’en retrouvant ses racines territoriales et populaires. «La France reste le cadre principal, le cadre significatif, le cadre indépassable de notre vie commune – de notre déclin comme de notre “sursaut” éventuel », rappelle Pierre Manent dans Le Figaro Magazine. Le philosophe invite à repenser l’horizon européen en «repartant de nos nations». Il est urgent également, pour les dirigeants claquemurés, d’aller à la rencontre des Oubliés. Ces citoyens ont maintenu intacte la mémoire de leur héritage. Eux savent d’où ils viennent et ce qu’ils veulent maintenir. Cette approche conservatrice et «populiste» imprègne la néo-modernité. Il est temps de constater l’absurdité d’un demi-siècle de «soft power». L’Europe altruiste a exporté 77 millions de vaccins, tandis qu’elle n’en distribuait que 62 millions à ses membres. Quand Manuel Valls écrit (2): «La République est le seul chemin. (…) Notre bouclier, c’est la laïcité», l’ex-premier ministre ajoute du vide au vide. L’urgence pour la nation anémiée est de se redécouvrir et de s’aimer comme française. Sans contenu, la République laïque n’est qu’une forme molle.

Ce courant réactif s’arrête à mi-chemin : il s’interdit, par rejet de l’esprit offensif et exigeant, de venir au secours de la France délaissée et, pour partie, docile

Le réveil de la «gauche républicaine», dont se réclame Valls, a certes le mérite de marginaliser le progressisme communautariste. Il est heureux que ce courant réaliste, venu du socialisme, veuille couper les ponts avec la gauche clientéliste et mettre en garde contre la dislocation du pays. Mais Valls est dans la confusion moralisatrice quand il met dans le même sac le patriotisme d’Éric Zemmour et l’activisme antifrançais d’Assa Traoré. Il leur reproche d’avoir «remplacé la confrontation des idées par un affrontement binaire et stérile». Or lui-même oublie la nuance. Rien n’est moins concluant que le concept de «tenaille identitaire», dont s’enorgueillit cette gauche restée sentencieuse. Elle n’est soucieuse que de marquer sa différence avec une droite qui ne l’a pas attendue pour donner l’alerte. Cette «tenaille» renvoie sottement dos-à-dos les tenants de l’assimilation, supposés d’extrême droite, et ceux du séparatisme. Ce faisant, ce courant réactif s’arrête à mi-chemin: il s’interdit, par rejet de l’esprit offensif et exigeant, de venir au secours de la France délaissée et, pour partie, docile.

Déconfiner la démocratie

La démocratie est à déconfiner. Il n’est plus envisageable de maintenir un système qui, les élections passées, écarte du débat une partie de l’opinion jugée infréquentable. La commission sur le génocide au Rwanda (800.000 morts), qui exonère la France, note cependant l’«incapacité mentale» qui fut celle des hauts dirigeants à «penser» la tragédie (1990-1994). C’est ce même enfermement, intellectuel et institutionnel, qui persiste dans la gestion du Covid et dans celle du pays. Tout est à reconstruire.

Prochain bloc-notes: 16 avril

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