MEMORABILIA

«Faits & Gestes» N°2, par Ivan Rioufol

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LETTRE EXCLUSIVE ABONNÉS – Une analyse percutante des détails de l’actualité de la semaine écoulée.

Par Ivan Rioufol. LE FIGARO. 4 avril 2021

Chers lecteurs,

Voici quelques-unes de mes notes de la semaine écoulée.

Lundi 29 mars : Lire le philosophe Pierre Manent rassure sur la lucidité intacte de certains intellectuels. Dans son entretien avec Alexandre Devecchio, dans Le Figaro Magazine, je note cette réflexion qui m’obsède depuis des décennies : «Le sentiment d’un déclin propre à notre pays est largement partagé aujourd’hui». C’est vrai dans la France oubliée. Mais qui en parle, chez les politiques ? Qui en parle, dans l’intelligentsia ? La nostalgie est, pour beaucoup d’«élites», un mot à proscrire. Alors oui, comme Manent, je pense que «nous avons fait fausse route». Byzance, la veille de sa chute, se querellait sur le sexe des anges. Nous, c’est sur la victimisation des minorités…

Entendu, samedi dernier sur Répliques (France Culture), cette réflexion d’Alain Finkielkraut rappelant, notamment en temps de pandémie, «l’obligation de ne pas nuire» : elle sommerait chacun de respecter les interdits sanitaires. Mais comment ne pas s’inquiéter des nuisances causées aux biens portants par cette trop légère et unilatérale obligation morale ? Ne pas nuire oblige à la réciprocité. Or j’entends que même des enfants se suicident, traumatisés par la peur ambiante. Je préfère cette réflexion de Jean-Pierre Le Goff, émise dans cette même émission passionnante. Le Goff parle d’une «épidémie anxiogène et bavarde». Bernard-Henri Lévy avait vu juste : ce virus rend fou.

Mardi 30 mars : Le monde est un village. À cause d’une erreur humaine de navigation, le porte-conteneurs géant Ever Given (400 mètres de long, 18.000 conteneurs), de la compagnie Evergreen, a bloqué durant près d’une semaine le trafic maritime dans le canal de Suez. Début de panique dans l’économie mondiale, qui fonctionne à flux tendus. J’ai lu que les «marins» de ces engins monstrueux, qui se gèrent par écrans et ordinateurs, auraient perdu le savoir-faire et l’instinct des navigateurs. Gigantisme, mondialisme, amateurisme : les plaies d’un progrès qui atteint ses limites.

Conversation au téléphone avec la généticienne et spécialiste des micro-ARN, Alexandra Henrion-Caude : parce que cette chercheuse émet des doutes sur ces nouveaux vaccins et leurs effets à long terme, encore inconnus, elle est la cible des médias qui disent traquer les fausses informations. Or, me dit-elle, aucun d’entre eux n’a jugé utile de l’appeler pour entendre ses arguments. L’angoisse régit tout, dans cette épidémie de Covid. Y compris celle d’être déstabilisé dans ses certitudes.

Mercredi 31 mars : Victoire ! La cour administrative d’appel de Marseille a déclaré illégal l’horrible champ d’éoliennes plantées il y a un an à une dizaine de kilomètres de la montagne Sainte-Victoire (Var). Au total, 22 mâts de 125 mètres de haut défigurent ce site qui a tant inspiré Cézanne. Cette montagne, il l’a peinte plus de quatre-vingts fois ! Le saccage des paysages et la brutalité de l’État sont révoltants. Reste à savoir si ces épouvantails décharnés seront démontés. À suivre.

À noter, pour les amoureux de Paris, l’apparition du hashtag #Saccageparis, qui dénonce les horreurs dans l’aménagement de la ville. Pourquoi le laid gagne-t-il si aisément sur le beau ? La perte de goût n’est pas seulement le syndrome du Covid…

Emmanuel Macron assure à la télévision : «On n’a pas perdu le contrôle de l’épidémie». Bien sûr que si ! Et l’État n’a rien fait pour augmenter les capacités d’hospitalisation en réanimation. J’observe cependant que les sondés approuvent majoritairement les mesures annoncées par le président. Cette docilité des Français traumatisés m’inquiète. Syndrome de Stockholm ?

Jeudi 1er avril : Jean Castex, à l’Assemblée nationale, appelle à «sanctionner» ceux qui ne respectent pas l’Ordre sanitaire. «Je condamne sans réserve l’irresponsabilité dont font montre certains en se croyant sans doute invincibles aux ravages de la maladie». Je rappelle que l’épidémie tue 0,05 % de la population.

Surtout, ce procès en irresponsabilité me semble mal venu : le gouvernement n’est-il pas lui-même responsable des fiascos sur les masques, les tests, les frontières, les lits de réanimation, les vaccins aujourd’hui ? Je n’aime pas cette manière qu’a le premier ministre de culpabiliser les citoyens, coupables de vouloir vivre, en s’épargnant l’autocritique.

Vendredi 2 avril : Pâques, pour un Chrétien, n’est pas seulement l’espoir de la Résurrection. C’est, à travers le parcours sacrificiel du Christ, l’acceptation des épreuves. Or, celles-ci effraient notre société pusillanime et infantilisée. Un virus a eu raison de nos libertés. Relire Jean : «Dieu vomit les tièdes».

Et garder en tête les messages de Jésus : «Soyez libres !» «N’ayez pas peur !».

Joyeuses Pâques, chers lecteurs !

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