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MARINE LE PEN : « J’EN APPELLE À L’UNION SACRÉE » 1/2

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Marine Le Pen et nous, c’est une histoire compliquée. D’abord parce que nous sommes suspects d’être « le journal de Marion Maréchal », alors que nous ne sommes que ses amis, pour certains d’entre nous ; mais ensuite et surtout parce que la présidente du RN a toujours émis des doutes sur le bien-fondé de la droite, voire sur son existence même. Marine Le Pen a cependant accepté de nous recevoir et étonnamment, cela s’est bien passé : la candidate à la présidence de la République, partie à la bataille avant ses concurrents, a, semble-t-il, mis de l’eau dans son vin pour nombre de sujets qui nous opposent et, sinon sur l’islam, les analyses convergent. Marine Le Pen et la droite, une histoire compliquée donc. À moins que ce ne soit une histoire d’amour contrariée ? Partie 1/2.

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© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Voilà un peu plus de dix ans que vous avez accédé à la présidence du Front national, devenu Rassemblement national. Quel bilan tirez-vous de cette décennie par rapport à vos attentes de 2011 ?

Un bilan plutôt positif. Nous partions avec un capital solide, mais c’était le capital d’un mouvement contestataire, ancré dans l’opposition, et l’idée était évidemment de le transformer en parti de gouvernement. Nous y sommes arrivés. Nous avons mis le Rassemblement national sur une orbite haute sur le plan électoral, faisant de celui-ci le premier parti de France ; nous sommes parvenus à briser la bipolarisation de la vie politique ; et, mieux encore, nous avons réussi à reconstituer cette bipolarisation en devenant l’un des deux piliers ! Que demander de plus, si ce n’est, évidemment, d’accéder au pouvoir, ce que les sondages nous permettent d’envisager mais aussi, plus profondément, le fait d’avoir réussi à rassembler des gens venant d’horizons extrêmement différents.

J’ai toutefois quelques regrets, tel celui de n’avoir pas réussi à faire perdurer, au-delà du second tour de la dernière présidentielle, l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan. Je n’ai pas pu ou pas su le convaincre qu’il lui fallait aller au-delà du simple « coup politique » et inscrire notre alliance dans la durée. Autre regret : notre implantation territoriale met plus de temps à se réaliser que ce que j’espérais, mais il est vrai qu’elle a été freinée par l’arrivée du Covid.

Le Covid a bon dos. Cela fait dix ans que vous en parlez…

L’implantation ne se fait pas en un jour et le Rassemblement national, avec sa nouvelle architecture, s’est constitué en 2018. Les élections municipales, cadre idéal de l’implantation, se sont déroulées en 2020, dans les conditions que l’on sait, en plein pic de la première vague de Covid, qui a entraîné une abstention massive chez nos électeurs. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les études d’opinion : 50 % des électeurs du RN ne sont pas allés voter par crainte du Covid. La moitié ! C’est assez normal puisque les classes populaires ont plus peur de la maladie que les gens qui ont les capacités de s’en préserver. La conséquence est que nous n’avons pas remporté autant de municipalités que nous l’escomptions. Ces élections municipales ont été un faux plat qui a freiné quelque peu notre implantation locale.

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Néanmoins, nous avons quand même réussi à ce que nos maires sortants soient réélus, et brillamment ! C’est la démonstration que les administrés sont satisfaits de notre gestion et de la politique que nous menons au niveau municipal, car gagner une élection est une chose, être réélu en est une autre.

Vous dites être à la tête du « premier parti de France », mais ça ne se manifeste pas par le nombre de candidats que vous parvenez à présenter aux élections.

Eh bien, vous avez tort. C’est paradoxal mais il faut le dire : aux municipales, c’est le RN qui a présenté le plus grand nombre de listes sous son nom. Et ce sera probablement le cas aux élections départementales. Les autres mouvements passent des accords avec les uns et les autres, moyennant quoi le RN est toujours le premier parti en termes de candidatures.

Et vous, vous cherchez des alliances ?

On en a fait aux municipales. C’est même la première fois que le mouvement soutenait des candidats qui n’étaient pas du RN. Il ne vous a pas échappé non plus qu’une centaine de cadres de DLF nous ont rejoints, ils vont participer aux élections départementales et régionales. 

C’est une espèce de faux procès qui est fait au RN. Nous, nous avons toujours tendu la main, mais nous ne voulons pas être tenus pour responsables de ceux qui ne veulent pas faire alliance avec nous. On a quand même accueilli des gens de LR, de la France insoumise, de DLF, je ne sais pas quelle démonstration supplémentaire nous devons apporter que nous sommes évidemment dans une démarche de rassemblement de l’ensemble des patriotes français qui peuvent venir de partout.

Même de la République en marche ?

Même de La République en marche ! Si certains souhaitent rejoindre le camp national, ils sont évidemment les bienvenus, à condition, bien sûr, qu’ils soient sincères. Mais c’est tout à fait possible, pour une raison simple : il n’y a juste un mouvement d’opportunités. C’est bien d’ailleurs ce qui le fragilise : il n’y a pas le ciment des idées entre ces gens-là. Au premier coup de tabac, chacun retournera à sa famille d’origine, et, qui sait, certains viendront-ils peut-être à résipiscence… En tout cas, si Emmanuel Macron perd l’élection présidentielle, il ne restera rien de la REM et c’en sera fi ni du macronisme.

En parlant de présidentielle, vous nous confirmez que vous quitterez la présidence du RN au prochain congrès ?

Au prochain congrès, non, car c’est un congrès qui va légitimer le candidat à l’élection présidentielle, et il me faut donc d’abord être réélue, mais ensuite, oui, car il est nécessaire que je ne sois pas seulement la candidate du RN. Dans la situation dans laquelle nous sommes et avec une possibilité de victoire qui n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui, je me dois d’être la candidate de tous ceux qui veulent mener le combat national.

Quand partirez-vous ?

Cela se décidera lors du congrès.

Qui vous succèdera ?

Cela se décidera lors du congrès.

Ok… Alors essayons autre chose : pensez-vous que pour la démocratie interne du RN, il serait bon qu’il y ait d’autres candidats à la présidence ?

Cela ne me poserait aucune difficulté, mais je ne vais pas non plus regretter de n’avoir pas de candidat contre moi. S’il n’y en a pas, c’est que les gens qui sont dans mon mouvement considèrent que je suis la meilleure pour rassembler.

Est-ce que vous comptez aussi rassembler la droite ? Ou considérez-vous qu’il n’y a vraiment plus de droite ni de gauche ?

Je crois qu’il n’y a plus de droite ni de gauche, mais ce n’est pas parce qu’on passe d’un clivage gauche/droite à un clivage mondialistes/nationaux qu’il ne faut pas savoir s’adresser, sans doute en des termes différents pour exprimer la même chose, aux patriotes qui viennent de l’ancienne droite et aux patriotes qui viennent de l’ancienne gauche.

La grandeur d’un pays se mesure aussi à sa capacité à assumer les erreurs qu’il a commises.

Le vrai sujet que je compte exposer à tous est : est-ce que l’on considère que la nation reste la structure qui permet de défendre l’identité, d’assurer la prospérité, d’apporter la sécurité – pas seulement physique – et de conserver au peuple sa souveraineté, ou est-ce qu’on est voué à basculer dans une optique post-nationale, où les frontières n’ont plus aucune importance, où l’on est d’ici comme on peut être d’ailleurs et où l’on appartient plus à une classe sociale qu’à un pays ? Quand j’entends, à l’Assemblée nationale, un certain nombre de gens de LR, je ne vois aucune différence avec les macronistes.

Et avec les islamo-gauchistes ? Est-ce qu’il y a des élus LR qui seraient également complices ? Y aurait-il en quelque sorte un islamo-droitisme ?

Bien sûr ! Il y a mille exemples d’élus LR qui se sont compromis gravement avec les islamistes ! Voyez tous ces élus, qui, pour des raisons électoralistes, ont financé des mosquées par des baux emphytéotiques ou en trichant entre les subventions cultuelles et culturelles, donné toute sorte de capacités aux islamistes, fermé les yeux sur les agissements coupables, inauguré des structures qui étaient – et sont toujours – entre les mains de fondamentalistes islamistes dans l’espoir de se maintenir au pouvoir ou en croyant acheter la « paix sociale ».

Oui, mais ils n’ont pas théorisé cela…

Ils ne l’ont pas théorisé, certes, mais ils se sont fait les complices de la progression de l’islamisme, et ça montre bien que sur ce plan-là non plus, le clivage gauche/droite n’est plus pertinent. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas encore des gens qui s’y reconnaissent, mais je pense que ce n’est pas celui-là qui permet véritablement de différencier les gens. D’ailleurs, il existe quantité de gens de gauche qui défendent la laïcité et sont très critiques à l’égard des islamogauchistes. Je pense que l’affaiblissement de LR et celui du PS sont aussi liés à l’affaiblissement de ce clivage et au fait que le nouveau clivage mondialiste/nationaux a remplacé l’ancien. Il faut aussi regarder à un moment donné le réel et en tenir compte.

Entre les deux tours de la dernière présidentielle, on vous avait reproché d’avoir fait une vidéo à l’intention des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de ne pas en avoir fait à l’intention de ceux de François Fillon. Comme si ces derniers ne vous intéressaient pas…

Très clairement, si un certain nombre de personnes ont ressenti que je ne leur avais pas parlé, c’est que nous n’avons pas fait ce qui était nécessaire. Si cette erreur a été commise, elle doit être mise à notre passif. Parce que quand on est au second tour de l’élection présidentielle, on se doit absolument de s’adresser à tous. Je compte vraiment m’adresser à tous les patriotes de quelque camp qu’ils soient, parce qu’avec l’ensemble des électeurs patriotes, nous avons un capital – notre pays – que nous nous devons de préserver ensemble. C’est l’union sacrée qu’il faut mettre en oeuvre, car le temps court et la dégradation s’accélère dans tous les domaines.

Cette accélération du temps nous oblige et je ne voudrais pas être vis-à-vis de l’histoire celle qui n’aura pas su rassembler.

En 2017, vous défendiez des positions économiques qui vous ont nui auprès d’une partie de l’électorat de droite : la sortie de l’euro, bien sûr, mais pas seulement. Comptez-vous évoluer en ce domaine ?

Incontestablement, la sortie de l’euro a beaucoup effrayé. C’est pourquoi, dès 2017, nous avons décidé qu’il fallait entendre les inquiétudes de nos électeurs. Nous avons bien fait puisque, aux européennes de 2019, ils ont validé notre positionnement. Y a-t-il d’autres points qui posent problème ? Je suis prête à expliquer à chacun mon positionnement sur tel ou tel point qui ne fait pas l’unanimité, comme je suis prête à entendre les arguments de ceux qui défendent un autre point de vue, notamment sur des questions économiques.

Je suis prête à convaincre de l’utilité des options que je porte, mais si, pour rassembler, il faut faire quelques compromis, je les ferai tant que ça n’entame pas la cohérence globale de mon projet. Parce que je suis profondément convaincue qu’il est indispensable pour notre pays et pour notre peuple que les nationaux accèdent au pouvoir. Parce qu’encore cinq années de pouvoir d’Emmanuel Macron, ce serait un cauchemar.

Donald Trump a été battu, Boris Johnson a changé, la Ligue de Matteo Salvini est entrée dans le gouvernement de Mario Draghi : est-ce que le populisme n’est pas en perte de vitesse ?

Je ne sais pas ce qu’est le populisme. J’ai toujours eu du mal à me couler dans ce terme utilisé au départ de manière péjorative pour mettre au ban des mouvements sérieux les gens qui défendaient la nation, les frontières, la souveraineté. C’était un terme de mépris et de bannissement dont j’ai fait un moment un mot qui voulait dire « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». En réalité, je suis nationale. Je n’ai pas besoin de jouer avec la sémantique. Je crois à la nation et c’est cela qui nous différencie de tous les autres. Car le marqueur du macronisme, et de la partie de LR qui s’est acoquinée avec Emmanuel Macron, c’est de ne plus croire du tout en la nation. Moi, je défends la nation française comme je défends le droit de chaque nation de défendre son identité, ses choix, ses priorités. 

Emmanuel Macron n’est-il pas en train de vous couper l’herbe sous le pied en s’emparant de la thématique de la souveraineté ?

La souveraineté est un concept qui lui est étranger. La preuve en est que, quand il utilise ce terme, il le fait totalement à contresens. Il ne parle jamais de la souveraineté nationale, mais de « souveraineté européenne », faisant fi de ce fait majeur : il n’y a pas de souveraineté sans peuple qui l’exerce. Or il n’y a pas de peuple européen. Il ne peut donc y avoir de « souveraineté européenne ». Je ne lui fais aucun crédit d’être capable, demain, de défendre la souveraineté française. D’ailleurs, l’idée même de remettre en place des frontières pour des raisons sanitaires évidentes lui a été insupportable.

Il l’a fait un petit peu quand même…

Ah bon ? Non seulement il ne l’a pas fait mais au moment où nous parlons, alors que l’Allemagne rétablit ses frontières et exige des frontaliers un certain nombre de conditions pour la franchir, la France s’en scandalise ! Non, je crois qu’il y a une vraie haine des frontières chez les macronistes.

Si vous arrivez au pouvoir, vous stoppez juste l’immigration ou vous inversez les flux ?

L’inversion des flux est un concept qui me paraît assez vague. L’arrêt de l’immigration est quelque chose de beaucoup plus clair. Une fois élue, je stopperai donc l’immigration, ou, pour être tout à fait précise, je la réduirai à son strict minimum viable et juste. Et je ferai en sorte que ceux qui sont venus travailler en France et qui n’ont pas de travail rentrent chez eux. Mais il est une chose que je ne ferai pas : hormis pour ceux qui auraient gravement violé la loi et qui rentreraient dans les conditions légales de déchéance de la nationalité, je ne retirerai pas la nationalité française à ceux qui l’ont obtenue sur la base de lois que je conteste. 

Pourquoi ?

Parce que la grandeur d’un pays se mesure aussi à sa capacité à assumer les erreurs qu’il a commises. Cela vaut pour le remboursement des dettes que la France a contractées, fussent-elles déraisonnables, comme pour les droits qu’elle a accordés, l’eût-elle fait de façon encore plus inconsidérée. Bien évidemment, cela ne veut pas dire qu’il faut laisser se reproduire les erreurs qui ont été commises. À cet égard, quand je serai présidente de la République, je reverrai, de façon très exigeante, les conditions d’attribution de la nationalité française, parce que nous sommes un pays incroyable et qu’obtenir cette nationalité est une chance incroyable. Elle doit donc être accordée avec parcimonie, mais ceux qui l’acquerront seront traités comme n’importe quel autre Français, c’est-à-dire que ceux qui se comporteront mal auront à en répondre.

Et s’ils ont la double nationalité ?

Sauf pour les ressortissants de pays européens pour lesquels on peut, peut-être, faire une exception, je suis opposée à la double nationalité. Les binationaux (ou trinationaux, ou plus) devront choisir leur nationalité, c’est-à-dire à quel pays ils décident de faire allégeance. Mais s’ils décident d’abandonner la nationalité française, cela ne veut pas dire qu’ils ne pourront pas continuer à vivre en France ! 

Lire aussi : Marine Le Pen : ce que le peuple de droite vous demande

Il faut que les gens comprennent qu’on peut très bien vivre quarante ou cinquante ans en France sans avoir la nationalité française. On peut même se marier avec un Français sans prendre la nationalité française. Le mariage est un des éléments à prendre en compte lors d’une demande de naturalisation, mais il ne doit pas entraîner automatiquement l’attribution de la nationalité. Par exemple, s’il apparaît que vous avez commis des délits, le seul fait d’avoir un conjoint français sera insuffisant pour faire de vous un citoyen français.

Mai 2022, vous êtes élue à la présidence de la République

Je stoppe l’immigration le lendemain du jour où je prends mes fonctions et j’organise immédiatement un référendum. Avec plusieurs questions sur la suppression du droit du sol, la suppression du regroupement familial, etc. Il faut que tous ceux qui se font les défenseurs de l’immigration incontrôlée prennent conscience que c’est le peuple français dans sa majorité qui souhaite que ça s’arrête.

C’est en partie là-dessus que Nicolas Sarkozy a été élu en 2007…

Certes, en partie, mais est-ce que Nicolas Sarkozy a fait baisser l’immigration ? Est-ce qu’il a réduit le nombre de visas ? Jamais ! Il a fait entrer plus d’immigrés que Lionel Jospin ! Il en a parlé parce qu’il a vu que c’était porteur sur le plan électoral, pour récupérer les électeurs du FN de l’époque, mais dès qu’il a été élu, ç’a été terminé. En fait, il n’y a jamais eu de volonté de mettre fin à l’immigration. Or il faut absolument y mettre fin, ne serait-ce que parce qu’on ne peut pas assimiler un peuple, on ne peut assimiler que des individus, et ceux qui veulent s’assimiler ne peuvent plus le faire. Il faut permettre à ceux qui le souhaitent de rejoindre la communauté nationale.

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