MEMORABILIA

MARINE LE PEN : « J’EN APPELLE À L’UNION SACRÉE » 2/2

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Marine Le Pen et nous, c’est une histoire compliquée. D’abord parce que nous sommes suspects d’être « le journal de Marion Maréchal », alors que nous ne sommes que ses amis, pour certains d’entre nous ; mais ensuite et surtout parce que la présidente du RN a toujours émis des doutes sur le bien-fondé de la droite, voire sur son existence même. Marine Le Pen a cependant accepté de nous recevoir et étonnamment, cela s’est bien passé : la candidate à la présidence de la République, partie à la bataille avant ses concurrents, a, semble-t-il, mis de l’eau dans son vin pour nombre de sujets qui nous opposent et, sinon sur l’islam, les analyses convergent. Marine Le Pen et la droite, une histoire compliquée donc. À moins que ce ne soit une histoire d’amour contrariée ? Partie 2/2.

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© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Pour vous, l’islamisme semble être juste une construction politique. Vous pensez vraiment que l’islamisme n’a aucune racine dans l’islam ?

Ce n’est pas mon sujet. Mon sujet, c’est qu’il y a d’un côté une religion et de l’autre une idéologie. En tant que futur chef de l’État, je considère que les convictions religieuses relèvent du domaine privé, comme les convictions politiques. La religion n’est qu’une simple conviction et on ne peut empêcher quiconque d’avoir une conviction. En revanche, l’islamisme est une idéologie. Comme le racisme. Ou comme le nazisme. Une idéologie peut être combattue et celle-là doit l’être avec la plus grande énergie. C’est pourquoi j’ai travaillé, avec Jean-Paul Garraud, à une loi de lutte contre l’islamisme.

Le nazisme ne s’ancre pas dans une religion pré-existante…

Ça change quoi ? Il y a eu, aux États-Unis et ailleurs, un certain nombre de sectes qui se référaient à la religion catholique et qui ont commis des crimes abominables, notamment en entraînant leurs membres dans des suicides collectifs. Est-ce à dire que ces sectes ont un rapport avec la religion catholique ?

Dans la religion catholique, il y a une hiérarchie qui dit ce qui est catholique et ce qui ne l’est pas. Vous n’avez pas ça dans l’islam.

Ça, c’est de la théologie, ça ne me regarde pas. Moi, ce que je vois, c’est que d’un côté il y a des sectes qu’on poursuit et condamne, et que, d’un autre côté, il y a des idéologies qu’on doit poursuivre et condamner lorsqu’elles sont meurtrières et dangereuses. Ça ne m’intéresse pas de savoir si ces  idéologies en appellent ou n’en appellent pas à telle ou telle religion. Encore une fois, ce n’est pas mon sujet. 

Croyez-moi, nous avons toujours pensé ça au Front national. Si nous avions pensé que l’islam n’était pas compatible avec la République française, nous n’aurions jamais défendu l’Algérie française. L’erreur qui a été faite, c’est de n’avoir pas confié aux harkis le soin d’organiser la représentation de l’islam en France. Nous n’avions aucun problème avec eux et nous n’aurions pas connu les mêmes problèmes par la suite.

Mais l’islam n’a-t-il pas, en soi, une dimension politique ?

 S’il a une expression politique, cette idéologie sera combattue. C’est aussi simple que ça. Si vous lisez notre projet de loi, c’est très clair : tout ce qui relève de l’idéologie islamiste sera poursuivi et condamné. Elle n’aura pas le droit de cité, nulle part. S’il existe des vêtements qui sont des vêtements islamistes, il sera interdit de les porter. De la même manière qu’il est interdit de porter un t-shirt avec une croix gammée ou portant une inscription du type « Les Noirs sont inférieurs ». C’est aussi simple que ça. Croyez-moi que si l’on fait ça, l’islamisme sera éradiqué et l’islam sera ramené à son expression religieuse pure et simple. 

L’islamisme est une idéologie qui a lancé la première guerre mondiale du XXIe siècle. 

Maintenant, je ne suis pas dupe d’une chose : c’est que derrière ces problématiques, il y a l’immigration. Et que si on ne règle pas le problème de l’immigration, on ne réglera pas celui du communautarisme, qui est le terreau de l’islamisme. Il y a donc en amont un extraordinaire travail à mener pour régler le problème de l’immigration anarchique que l’on a laissée entrer.

Mais si vous avez 8 ou 10 millions de Français musulmans, comment les assimilez-vous ?

Mais beaucoup sont déjà assimilés ! Ce n’est pas parce qu’ils ont une autre religion qu’ils ne sont pas assimilés !

À Trappes, ce n’est pas flagrant…

Parce que Trappes est tenue par les islamistes ! Mais je peux vous présenter vingt-cinq musulmans, vous ne vous apercevrez même pas qu’ils sont musulmans. Parce qu’ils n’ont pas cette attitude, qui est justement une démarche islamiste, de se présenter en tant que pratiquant d’une religion plutôt que comme un citoyen comme vous et moi. 

C’est donc juste une minorité qui pose problème ?

C’est une minorité de moins en moins minoritaire, évidemment, mais à partir du moment où vous ne faites rien pour entraver une idéologie, elle se développe. Et elle le fait en faisant régner la terreur. Si les jeunes femmes se voilent aujourd’hui, c’est soit parce qu’elles ont peur, soit parce que leurs parents ont peur. Il y a vingt ans, les femmes musulmanes n’étaient pas voilées, les hommes musulmans étaient en tenue civile. Si, quelques années plus tard, lui est en tenue islamiste, elle a le voile sur la tête, c’est qu’il s’est passé quelque chose, et ce quelque chose, c’est la pression communautaire. J’ai plein de témoignages de gens qui me disent : mes parents sont venus en France parce qu’ils étaient attirés par la liberté et la culture françaises, et on se retrouve à être soumis, sur le territoire français, aux pressions que mes parents ont fuies ! 

Il faut éradiquer l’islamisme pour que les musulmans retrouvent la liberté de vivre leur religion sans être soumis aux exigences des islamistes.

Vous n’êtes donc pas d’accord pour dire que la seule religion qui pose un problème aujourd’hui, c’est l’islam ?

Non ! Pour moi, les religions ne posent pas de problème et l’islam pas plus qu’une autre. Encore une fois, c’est l’islamisme qu’il faut éradiquer, et seulement l’islamisme. Je ne suis pas pour contenir les menées islamistes, je ne suis pas pour gêner la propagande islamiste, je veux éradiquer l’islamisme du pays ! Je veux que les islamistes soient bannis du pays et que ceux qui s’en font les complices aillent en prison pour intelligence avec l’ennemi, c’est clair ? 

Lisez les quarante articles de la proposition de loi que nous avons faite avec Jean-Paul Garraud : il n’y a pas un trou de souris par lequel les islamistes peuvent passer ! Pas un ! Je vous garantis que lorsque nous serons au pouvoir, partout où ils seront et quoi qu’ils fassent, nous les attraperons et nous les contraindrons ! En trois mots : nous les éradiquerons ! 

Vous me dites : l’islamisme est tiré de l’islam. Je veux bien tout ce qu’on veut, mais je suis allée en Égypte, où j’ai rencontré les dirigeants. Or ils combattent l’islamisme avec la dernière énergie. Ce sont eux qui ont pris contre les islamistes les mesures les plus dures. Et pourtant, ce sont des musulmans. Pourquoi ? Parce que l’islamisme est une idéologie qui a lancé la première guerre mondiale du XXIe  siècle. Elle la mène partout, sans faire de distinction entre les pays musulmans et les pays non musulmans. Donc combattons-la pour ce qu’elle est, plutôt que de tenter, comme M. Darmanin, de s’attaquer à toutes les religions.

Dans notre précédent numéro, François-Xavier Bellamy faisait remarquer qu’il y a une contradiction dans le fait de vouloir interdire aux juifs de porter la kippa alors qu’ils sont justement victimes, parce que juifs, des islamistes.

C’est vrai que c’est un sacrifice que je demande à nos compatriotes juifs. À vrai dire, c’est un sacrifice de moins en moins important que je leur demande parce qu’au fil des années, ils la portent de moins en moins. Parce que, vous avez tout à fait raison, ils n’osent plus la porter à cause des islamistes. Mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Alors on ne fait rien ?

On n’est pas obligés de tout mettre sur le même plan…

Je vous rappelle que nous sommes dans un État de droit et c’est heureux, on ne peut pas traiter une religion différemment d’une autre. Par ailleurs, on ne va pas relancer une guerre de religions ; on l’a déjà payé suffisamment cher en France. 

Avec notre loi, on pourra interdire le voile parce que c’est une tenue islamiste, mais si on croit qu’on va pouvoir lutter contre l’islamisme sans faire aucun sacrifice, on se trompe. On l’a trop laissé prendre racine partout pour en venir à bout sans payer quelque part ce qui n’a pas été fait hier. 

Lire aussi : Marine Le Pen : « J’en appelle à l’union sacrée » 1/2

Le danger mortel – mortel ! – que représente le développement de l’idéologie islamiste dans notre pays appelle à l’union sacrée. À un moment donné, il faut que chacun comprenne que l’on peut certes avoir des divergences sur l’âge de départ à la retraite, sur la durée du temps de travail, sur les taux de TVA ou que sais-je, mais que la priorité absolue, c’est d’éradiquer cette idéologie qui met en péril notre vie et notre civilisation. Étant donné l’ampleur de l’enjeu, cela justifie que l’on mette nos divergences de côté, non ?

La persistance et même l’amplification des problèmes d’insécurité relèvent-elles d’un manque de moyens ou d’une absence de volonté politique ?

Les deux. Le manque de volonté politique entraîne un manque de moyens. J’ai proposé deux lois de programmation, l’une pour la justice, l’autre pour la sécurité, pour un montant total de deux milliards d’euros. Avec seulement deux milliards, on règle le problème. 

Et puis il faut dire les choses franchement : ces problèmes sont principalement liés aux « zones de non-droit », dites « zones de reconquête républicaine ou « quartiers difficiles », en fait des « quartiers d’immigration ». L’immense majorité de la délinquance de proximité, celle qui pourrit la vie des gens, se déroule dans ces quartiers ou provient de ces quartiers, point. 

Donc si on règle ce problème-là, on règle une part très importante de l’insécurité. Et je pense que ce sera moins difficile qu’on ne le dit.

Comment cela ?

Parce que les dirigeants successifs de notre pays n’ont rien essayé depuis quarante ans, et que, tout bien considéré, ça permet tous les espoirs. Comme tous ces gens n’ont rien fait, rien tenté, peut-être qu’en faisant, quelque chose ça va aller plus vite qu’on ne l’imagine. Et que ça générera moins de violences que ce qu’imaginent aussi certains. 

Parce que quand vous êtes sûr que ça va tomber, vous réfléchissez aux conséquences de vos actes. Et vous mesurez le rapport de force. Et vous vous demandez si vous voulez vraiment prendre le risque d’être déchu de la nationalité française et d’être renvoyé dans un pays dans lequel vous n’avez jamais mis les pieds… Ça peut en faire réfléchir plus d’un tout de même.

Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas essayé lors des émeutes de 2005 ?

Il n’a rien essayé du tout ! Je vous rappelle que ces émeutes ont été la conséquence d’un accident. Un accident a entraîné  des émeutes et il ne s’est rien passé. Les policiers reculaient et ils recevaient des ordres pour n’arrêter personne, pour ne pas, en somme, créer d’« incident » sur l’« incident » ! Toujours le syndrome Malik Oussekine ! 

Il n’y a pas un quartier que Sarkozy a récupéré, pas un ! D’ailleurs, ça fait quarante ans qu’on n’en a pas récupéré un seul ! Nicolas Sarkozy a même fait pire ; il a supprimé la « double peine ». C’est-à-dire qu’il a, ce qui est complètement fou, autorisé les délinquants étrangers à rester sur le territoire. Qu’est-ce que qui peut justifier une décision pareille ? Il y a deux chefs d’État qui ont aggravé les conditions pour pouvoir expulser quelqu’un : Mitterrand et Sarkozy ! Maintenant, vous arrivez toujours à trouver une case pour pouvoir ne pas être expulsé. Stop ! 

Je finis par me demander, si, à un moment, Sarkozy a été sincère quand il disait vouloir lutter contre la délinquance et contre l’immigration.

Est-ce que la multiplication des candidatures à droite vous inquiète ?

Je les regrette, évidemment. Éric Zemmour vaut mieux que de devenir la Taubira du camp national, c’est-à-dire de m’empêcher d’être présente au second tour, ou, à tout le moins, de m’empêcher d’arriver en tête, ce qui est également important. 

Regardez Nicolas Dupont-Aignan aux européennes. Il a voulu à tout prix être candidat. Résultat : il a fait 3,5 % et n’a eu aucun élu. En revanche, il a privé le camp national de trois ou quatre députés, et, en plus, il nous a privés de la possibilité de mettre véritablement Emmanuel Macron en échec. Parce que le fait qu’on soit à touche-touche a permis de dire que son échec n’était pas flagrant. Si nous avions été trois ou quatre points devant la liste conduite par Nathalie Loiseau, cela aurait été un véritable échec pour Emmanuel Macron et cela aurait été analysé comme tel. Ceci pour dire qu’il y a un moment où plus rien n’est anodin.

Étant donné l’ampleur de l’enjeu, cela justifie que l’on mette nos divergences de côté, non ? 

S’il y avait eu un engouement autour d’Éric Zemmour, on aurait regardé ça avec sérieux, mais avec un potentiel électorat de 13 %, qui donnerait au final un score de 3 à 5 %. Je suis absolument convaincue du patriotisme d’Éric Zemmour, donc je suis certaine qu’à un moment donné, s’il voit que sa candidature ne constituerait rien d’autre qu’une force de nuisance pour nos idées, il renoncera. Et puis, on a des désaccords, certes, mais ils resteront toujours moins importants que ceux que l’on a avec Macron, non ? [rires] C’est un peu ça le choix.

Quand Gérald Darmanin vous lance que vous mollissez, vous prenez ça comme un compliment ?

J’avoue que j’ai été assez étonnée par cette attaque à laquelle je ne m’attendais pas, et qui, à vrai dire, était assez stupide. Comme si j’avais des leçons de sérieux et de pugnacité dans la lutte contre l’islamisme et contre l’immigration à recevoir de M. Darmanin, qui n’a rien fait dans ces domaines qui sont de sa compétence. 

Ce qui m’a amusé, c’est la perturbation que ses propos ont créée dans son propre camp. Les macronistes ne savent plus quelle stratégie utiliser contre nous. Quand M. Castaner dit que je suis une ennemie de la République, c’est un argument de feignasse. C’est l’argument, si tant est que l’on puisse employer ce terme, des gens qui ne travaillent pas, qui ne font que ressasser les antisèches qu’on leur a fournies dans les années 1980, quand ils jouaient à se faire peur. 

M. Darmanin dit que le RN est un parti qui est en dehors de la République. Où ? Quand ? Pourquoi ? Expliquez-nous, monsieur le ministre ! Voilà 50 ans qu’on se présente à toutes les élections, 50 ans qu’on n’a jamais contesté les résultats d’un scrutin, 50 ans qu’on n’a jamais ne serait-ce que perturbé le meeting d’un adversaire politique : je pense au contraire que nous sommes les champions du respect des principes républicains ! Y compris quand ils sont utilisés contre nous d’ailleurs…

Que souhaitez pour la campagne de 2022 ? Que les conditions d’un véritable débat entre tous les candidats soient pour une fois réunies ?

Il faut recréer les conditions du débat, ça c’est clair. Je suis assez contente de voir une télévision comme CNews  y procéder, y compris de façon parfois rude. La digue de la fake news ne tiendra pas, les gens ne sont plus dupes. 

On a une chance incroyable : le peuple français est un peuple intelligent et extrêmement politique. Malgré la désinformation à laquelle il est soumis depuis des décennies, il arrive à avoir cette lucidité, ce bon sens, cette raison de s’apercevoir que la moitié de ce qu’on lui raconte relève de l’idéologie. Je trouve ça fascinant. 

J’éprouve une grande admiration pour le peuple français. Le lavage de cerveau a été tel pendant des décennies qu’avoir été capable de passer outre cette désinformation permanente pour faire du RN, à plusieurs reprises, le premier parti de France, et s’apprêter, si l’on en croit les sondages, à nous donner la chance de gagner l’élection présidentielle, force le respect. Aux Français, moi je dis chapeau !

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