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Mathieu Bock-Côté: «Trop blanc!»

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EXTRAITS EXCLUSIFS – Dans La Révolution racialiste et autres virus idéologiques, Mathieu Bock-Côté dénonce une «traque à la société trop blanche».

Par Alexandre Devecchio. LE FIGARO. 9 avril 2021

Au début des années 2000, l’humoriste Michel Mpambara, originaire du Rwanda, lançait dans son pays d’adoption son premier spectacle, qui avait pour titre: Y a trop de blanc au Québec. Chaque fois, il suscitait l’hilarité des spectateurs, amusés par cet homme venu d’ailleurs qui posait un regard caustique sur sa terre d’accueil. Nul n’aurait imaginé, à ce moment, que l’humoriste puisse dire cela sérieusement, et d’ailleurs, ce n’était pas le cas.

Un quart de siècle plus tard, on utilise les mêmes mots, mais désormais sans rire. C’est sur un ton inquisiteur qu’on répète la même formule dans le cadre d’un grand exercice se réclamant de la lucidité collective pour dénoncer la suprématie blanche au Québec. Ainsi, il n’est pas rare de voir des reportages des médias publics s’inquiéter du caractère «trop blanc» de la fonction publique, du monde des affaires ou du milieu du spectacle – le rap québécois serait lui aussi trop blanc, ainsi que l’univers des célébrités.

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Même la littérature pour enfants serait apparemment trop blanche. Le journal La Presse affirmera: «La littérature jeunesse québécoise met en scène des héros presque tous blancs, qui s’appellent plus souvent Tremblay et Gagnon que Wong ou Khan.» Il n’était apparemment pas venu à l’esprit du quotidien qu’il est encore bien plus courant, au Québec, de s’appeler Tremblay que Wong et Gagnon que Khan. Cette dénonciation ritualisée n’est évidemment pas exclusive au Québec. Le journaliste occidental se transforme en adepte de la comptabilité raciale et multiplie ainsi les enquêtes pour voir où en sont les institutions censées s’adapter aux exigences nouvelles de la diversité et quels efforts elles déploient pour se déblanchir. La traque à la société trop blanche est à la mode. Ainsi, en France début 2020, on a pu entendre dire à Aïssa Maïga, au moment de la cérémonie des César: «C’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de compter le nombre de Noirs dans la salle.» Il s’agissait, sur le mode insolent, de faire le procès d’une salle trop blanche en réinventant le délit de faciès. «Salut les Blancs», avait quant à lui lancé l’humoriste Fary à la 31e cérémonie des Molières avant d’ajouter: «Il faut que quelqu’un leur dise… Euh… C’est trop blanc.» Ces remarques, déjà fréquentes des deux côtés de l’Atlantique depuis plusieurs années, se sont multipliées, comme on l’a vu d’ailleurs en Écosse le 18 août 2020 lorsque le ministre Humza Yousaf a fait la liste de plusieurs figures en position d’autorité en les définissant par leur couleur de peau, pour en conclure que son pays était trop blanc et avait un problème de «racisme structurel». Comme d’autres, il considère que le pays dans lequel ses parents se sont installés est trop blanc, et entend en finir avec cette injustice structurelle.

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Un regard rapide sur les thèmes privilégiés par la presse confirme la prédominance de cette approche. La gendarmerie, la police, les sciences de la terre, la médecine, les mathématiques, la mode, l’univers du spectacle vivant, l’Opéra, l’univers de la musique classique… seraient trop blancs. On ne se demande plus, en se rendant à un concert, si l’orchestre jouera bien mais à quoi il ressemblera. Il n’est donc plus rare, au-delà des frontières américaines, de voir des inspecteurs mandatés par le régime diversitaire tenir une comptabilité raciale stricte des organisations publiques et privées, pour en arriver à la conclusion attendue que les Blancs y sont encore trop présents et que la diversité peine à s’y faire une place. «Diversité» étant le terme codé pour dire que les Blancs sont trop nombreux dans des sociétés historiquement «blanches», même si elles ne se représentaient pas dans ces termes. Dans le monde occidental du début des années 2020, on peut donc, très ouvertement, reprocher à quelqu’un la couleur de sa peau au nom de l’antiracisme.

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La Révolution racialiste et autres virus idéologiques, de Mathieu Bock-Côté, Presses de la Cité, 240 p., 20 €.

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