MEMORABILIA

« Officine de la Hollandie », droit-de-l’hommisme, idéologie diversitaire : enquête sur la gauchisation du Défenseur des droits

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POLITIQUE 

Le 18 mars dernier, le Défenseur des droits publiait son rapport annuel d’activité. L’orientation idéologique gauchisante et les dernières réformes structurelles provoquent la colère de certains délégués de l’institution. Ce second épisode de notre enquête (la première partie est à retrouver ici) met en lumière la lente gauchisation de l’institution et les remous qu’elle crée au sein des membres du Défenseur des droits. 

Par  Éloi Roche-Bruyn. Publié le 9 avril 2021 VALEURS ACTUELLES

Décembre 2014. Jacques Toubon et François Hollande visite le musée de l’Histoire de l’immigration. (Photo © YOAN VALAT / POOL / AFP)Partager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Alors que la communication du Défenseur des droits fait largement la promotion du sujet discrimination, certains délégués territoriaux s’agace de l’instrumentalisation gauchiste de l’institution par des fonctionnaires « déconnectés de la réalité du terrain ». Notre enquête se base essentiellement sur des témoignages et des documents transmis par  ces bénévoles engagés sur le terrain au nom du Défenseur des droits. Du premier épisode ressortait le processus de bureaucratisation d’une institution censée être la plus humaine possible. Au cours des différents entretiens que Valeurs actuelles a pu avoir avec ces membres du Défenseur des droits, il apparaît clairement que l’orientation idéologique prise tout d’abord par Jacques Thoubon et poursuivie par la nouvelle présidente Claire Hédon occasionne de nombreuses tensions en interne. Contacté par notre rédaction, le siège parisien s’en défend. « Nous ne faisons que défendre le droit », nous oppose une adjointe de Claire Hédon. Ce à quoi répond sèchement un acteur du terrain du Nord qui a voulu rester anonyme : « Ces gens-là ne sont pas dans la défense des droits, mais ils sont dans l’idéologie. »A LIRE « La plus méprisante des bureaucraties », « une grosse machine déshumanisée » : révolte interne au Défenseur des droits

« Une officine de la Hollandie »

A la fin du mandat de six ans de Jacques Toubon, une réforme structurelle a organisé la création de 12 chefs de pôle régionaux(CPR). Ceux-ci, en plus d’être à l’origine d’évictions abusives de certains délégués territoriaux mécontents de la réforme, démontrent le virage idéologique de l’institution. La grande majorité d’entre eux a une formation ou est spécialisée dans la lutte contre les discriminations, qui, rappelons-le, représente 5 196 des 96 864 saisines en 2020, soit environ 5,4%. Un autre délégué du Nord analyse cette nomination comme une prise du pouvoir de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) au détriment du Médiateur de la République (aujourd’hui, environ 70% du travail du DDD), dissous tous les deux en 2014 et intégrés au Défenseur des droits créé à cette même occasion.

Les critiques vont bon train chez les petites mains du DDD implantées dans tout le territoire national. « Les CPR sont aujourd’hui une armée de réserve de la gauche socialiste », tempête l’un d’eux. De surcroît, le siège parisien accueille de nombreuses personnalités proches d’anciens cadres du PS. Le secrétaire général Constance Rivière — qui, selon les délégués frondeurs, aurait pris le pouvoir au sein du DDD — est sans nul doute d’obédience gauchiste. En février dernier, elle signait un rapport sur le manque de diversité au sein de l’Opéra de Paris. Elle appelait notamment à « cesser de blanchir les peaux dans les ballets classiques » pour plus d’inclusivité. Son CV ne lasse place à aucun doute. Militante au Parti socialiste, elle est une membre du cabinet de François Hollande quand celui-ci est aux commandes du pays entre 2012 et 2017. Ses adjoints du siège parisien – nommés par le Premier ministre sur proposition du Défenseur des droits — ont aussi un parcours bien garni en matière de gauchisme intellectuel. George Pau-Langevin, adjointe en charge de la lutte contre les discriminations et de la promotion de l’égalité, est une ancienne députée PS et ministre des Outre-mer sous le quinquennat Hollande. Ses engagements nous en disent plus sur l’orientation du DDD. En 2009, elle combat la mise en place d’un test ADN dans le cadre d’une réforme sur le regroupement familial. Dans L’Express, elle jugeait cette mesure « inacceptable dans l’atteinte à la vie privée et familiale ». Un autre adjoint fait même partie de la famille Jospin. De fait, Lionel Agacinski est fils de Sylviane Agacinski, la femme de Loniel Jospin. Il a notamment été conseiller de Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale entre 2012 et 2014 et fervent défenseur de la théorie du genre et de la religion laïque. Bref, ces différents exemples montrent que le Défenseur des droits n’est pas exempt d’une orientation idéologique comme pourrait le prétendre la communication du siège parisien.

Ce gauchisme droit-de-l’hommiste ne date pas d’hier. Le mandat de Jacques Toubon avait mis au goût du jour toute la mascarade du personnage. Hier, partisan de la peine de mort et de l’immigration zéro, aujourd’hui il dénonce les excès de la lutte contre la fraude sociale et fait la promotion de l’idéologie diversitaire par divers rapports sur de prétendues discriminations.A LIRE Défenseur des droits, fossoyeur du droit

Pourtant, sa nomination n’avait pas fait que des heureux. En 2014, élus socialistes et écologistes avaient rouspété après l’annonce de l’éventuelle nomination de Jacques Toubon à la tête du DDD. Julien Bayou, porte-parole d’EELV, Mehdi Ouraoui, du Conseil national du PS, ou encore la socialiste Marie-Noëlle Lienemann font partie des 90 000 signatures d’une pétition contre la nomination de cet « énarque RPR de 73 ans », à l’époque. Il semblerait finalement que les rêves de voir cette institution se gauchiser se soient quand même réalisés sous sa houlette.A LIRE Interdiction du burkini : la région Île-de-France épinglée pour “discrimination” par le Défenseur des droits… sur la base d’une plainte du CCIF

Sur le terrain, l’idéologie droits-de-l’hommiste imposée par le siège se traduit notamment par l’augmentation des évictions des délégués territoriaux après décision de la présidence. Comme si les chefs de pôle régionaux faisaient la chasse aux délégués récalcitrants…

Remontrances idéologiques et évictions sans explication

Selon plusieurs délégués territoriaux du Défenseur des droits, il semblerait que les désaccords politiques soient la source d’évictions de certains représentants de l’institution. En décembre dernier par exemple, un délégué de Gironde est mis de côté par le siège. Cherchant des explications auprès de son chef de pôle régional, on lui explique que sur le logiciel sur lequel il doit publier le compte-rendu de ses actions, il aurait par mégarde signalé l’origine ethnique d’un requérant. Pratique discriminante selon le CPR. L’éviction ne provient donc nullement d’un manque d’efficacité sur les missions. Lors de notre entretien, ce délégué nous a fait part de son souhait de renvoyer dans leur pays d’origine les mineurs isolés de la région bordelaise qui sont « instrumentalisés par la mafia algérienne ». Il nous explique avoir fait part de cette position lors d’une journée de formation au sujet de la prise en charge des mineurs isolés à Paris. Rappelons que la position du Défenseur des droits est à l’exact opposé, ce qui pourrait expliquer son éviction selon ce délégué déchu. Il dénonce ainsi le « manque d’expérience de terrain » et le « mépris du travail des délégués » qui poussent le DDD à camper sur ses positions droit-de-l’hommiste.

Cet autre délégué d’Occitanie a accepté de raconter à Valeurs actuelles cette anecdote qui, selon lui, est révélatrice de « l’instrumentalisation » du Défenseur des droits. De son côté, il a préféré quitter lui-même l’institution après neuf ans de bons et loyaux services. « J’en ai eu assez d’avaler des couleuvres », se justifie-t-il. En juillet 2020, il est contacté par un administré qui cherche de l’aide au sujet d’un dépassement de revenus couplés à une retraite. Conscient de la difficulté de donner gain de cause à ce requérant, il exprime son impuissance au cours d’un entretien téléphonique dans lequel il utilise l’expression : « Je ne suis ni le Bon Dieu, ni Allah. » Il envoie donc le dossier au bureau parisien. Une procédure habituelle si le délégué cherche une aide dans la résolution d’une saisine. Un mois plus tard, il est contacté par téléphone par un juriste du siège. Le délégué lui fait part de l’utilisation de l’expression précédemment citée et exprime de nouveau son impuissance. Les semaines passent, puis notre homme est recontacté par courriel par son chef de pôle régional. Valeurs actuelles a pu se procurer ce document qui vaut le détour.

Il est ainsi reproché l’utilisation du mot « Allah » qui irait à l’encontre du devoir de neutralité du délégué. « De tels propos peuvent être offensants pour les personnes que vous percevez comme maghrébines et donc comme musulmans », conclut le CPR dans ce courriel ubuesque. Non seulement ce document omet une potentielle offense à l’égard de la population chrétienne, de plus il est la preuve concrète du carcan idéologique qu’essaye d’imposer ses nouveaux fonctionnaires choisis par le siège parisien.

Dans le Nord, les évictions politiques vont aussi bon train. L’un des délégués que nous avons pu contacter se présente comme un « républicain de droite ». Selon lui, il a été viré, car il « n’obéissait plus aux canons de l’institution n’ayant pas le label Halde ». À l’inverse, il considère que le maintien de certains délégués relèvent d’un choix idéologique : « En Picardie, le délégué, est maintenu, car il est de gauche et pourtant, il fournit trois fois de travail que moi », tempête-t-il dans un entretien à Valeurs actuelles. De plus, l’ex-délégué critique la création des chefs de pôle régionaux. Il considère que lors de sa nomination Jacques Toubon a accepté de « recaser l’armée de réserve du Parti socialiste » dans des « emplois fictifs ». Dans la même région, Jean-Jacques Fiems, animateur régional et délégué du Défenseur des droits, a vu son statut d’animateur lui être retiré sur demande de son chef de pôle régional. En cause : son franc-parler. Depuis, cet ancien haut fonctionnaire a démissionné de l’institution qu’il juge très sévèrement. « Dans la communication du siège sur l’activité du Défenseur des droits, il y a un marquage fort au profit d’un « sociétal branché » et au détriment d’un social pourtant dramatiquement d’actualité », argue-t-il dans un document confidentiel que nous avons pu nous procurer. La dernière prise de position de George Pau-Langevin sur le burkini lui donnerait raison.  

De retour en Gironde, d’autres témoignes parviennent à la rédaction. Un ancien général de l’armée de Terre et délégué du Défenseur des droits depuis sa création nous explique avoir été mis à la porte pour un simple désaccord avec la nouvelle hiérarchie régionale. Celui-ci a été remplacé par Bernadette Lefebvre, aide-soignante et cadre à la CGT. Ce qui fait dire à l’un des collègues de l’ancien général que même « la pire des entreprises privées ne procède pas de la sorte pour virer l’un de ses salariés ». Les plaintes de ces petites mains du Défenseur des droits se multiplient au fur à mesure que notre enquête avance. Certaines ont été entendus par des parlementaires. Dans un communiqué de presse daté du 16 février 2021, le député UDI Pierre Morel-à-L’Huissier critiquait cette « officine doctrinaire ». « La machine a grossi, s’est emballée et les conceptions droits de l’hommiste l’ont emporté sur la réalité de défense des droits fondamentaux du citoyen », écrit celui qui est pourtant le rapporteur de la loi instituant le création du Défenseur des droits. Interrogé par Valeurs actuelles sur ce sujet, il regrette amèrement la dérive gauchiste de l’institution mise en place en mars 2011. 

Bras armé contre la présidence d’Emmanuel Macron

L’un des délégués que nous pus interroger formule une hypothèse particulièrement intéressante. « Les membres du siège parisien en veulent à Macron d’avoir trahi François Hollande, alors ils lui font payer en lui mettent des bâtons dans les roues ». La preuve en est, le 12 février dernier, Claire Hédon proposait une expérimentation pour « l’arrêt du contrôle d’identité » dans certaines zones. Cela avait fait bondir le chef de l’Etat qui avait dit que « la Défenseure des droits a franchi les limites de l’imbécillité ». En plus de s’attaquer à l’appareil étatique en expliquant à demi-mot qu’il y aurait un racisme systémique dans la police, le Défenseur des droits formule une proposition qui « va à l’encontre de la cohésion nationale », fustige un délégué avec qui nous nous sommes entretenus.

Ces nombreux exemples de la dérive gauchiste du Défenseur des droits et ses témoignages montrent à quel point l’arrivée des chefs de pôle régionaux à créer un climat de tension sur fond de divergence idéologique au sein de l’institution. Le droit-de-l’hommisme et l’idéologie diversitaire portés par les CPR semblent pourrir la vie du quotidien des acteurs de terrain du Défenseur des droits. Tout cela au profit de l’agenda politique du siège parisien. De son côté, au cours de nos différents entretiens, celui-ci récuse ses accusations d’instrumentalisation idéologique. Le bureau parisien se dit être « une administration neutre sans orientation idéologique »

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