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Jean-Paul Garraud : « Je dis la même chose depuis 2002, parfois même avant les autres »

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Tête de liste du Rassemblement national pour les élections régionales en Occitanie, Jean-Paul Garraud mise sur le rassemblement des électeurs « orphelins de gens sincères, authentiques, qui aiment leur pays ». Entretien avec un transfuge de l’UMP qui a franchi le Rubicon. 

Par  Nicolas Boutin 13 avril 2021 VALEURS ACTUELLES

Jean-Paul Garraud a été désigné tête de liste du Rassemblement national pour les élections régionales en Occitanie. Photo © Alain ROBERT/SIPAPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Valeurs actuelles : De juge d’instruction à député, comment en êtes-vous venu à la politique ? 
Jean-Paul Garraud : J’avais constaté au cours de mes fonctions judiciaires une évolution inquiétante de la société, dès les années 1980 et la montée de l’islamisme. L’argent de la drogue commençait à financer des mouvements. Tout ceci s’est confirmé. Pour tenter de trouver une solution, il fallait qu’elle soit globale et ça ne pouvait passer que par la politique. Je me suis présenté aux élections législatives en 2002, sur le terrain de Gilbert Mitterrand, fils de François et député depuis 1981, sur la dixième circonscription de la Gironde, la circonscription de Robert Boulin. Sur le papier c’était impossible de gagner, nous n’étions que deux députés de la majorité dans le département. Finalement, je le bats et cinq ans plus tard je suis réélu face à son ancien directeur de cabinet.

Quel bilan faites-vous de vos deux mandats au Palais Bourbon ?
J’ai pris les sujets les plus difficiles. A faire quelque chose, je n’allais pas le faire à moitié. Ce qui a fait dire à certains que j’étais déjà à la droite de la droite, tout ça parce que je traitais de vrais sujets, relatifs à la sécurité, à l’immigration, au voile intégral, dont j’étais le rapporteur de la loi en 2010. Je me suis servi de cette expérience pour fonder le contre-projet à la loi séparatisme présenté par le Rassemblement national, en janvier dernier.

Vos adversaires utilisent votre mandat de député de la Gironde pour vous reprocher un « parachutage » en Occitanie. Qu’avez-vous à leur répondre ?
Je suis originaire de la région ! Je suis né à Toulouse, mes enfants et mon épouse aussi. J’ai grandi plus particulièrement dans le Comminges, à Martres-Tolosane, ville d’origine également de Carole Delga, la présidente sortante. Le prochain président sera forcément un Martrais ! J’ai également des racines dans le Tarn, à Gaillac et dans l’Aveyron, à Villefranche de Rouergue. Sur le plan professionnel, j’ai été juge d’instruction pendant sept ans à Toulouse.

« Il y a eu un pic de délinquance, consécutif aux remises en liberté, mais vous ne trouverez jamais de statistiques là-dessus. »

En 2012, vous revenez dans la magistrature. L’occasion de prendre le pouls sur le terrain ? 
Je suis revenu sur le terrain. Dupont-Moretti se targue d’avoir fait acquitter un certain nombre de gens. De mon côté, j’ai réussi à faire condamner des coupables, les jurés m’ayant toujours suivi dans mes réquisitions. Avec la succession de Christiane Taubira, Nicole Belloubet, puis Éric Dupond-Moretti au ministère de la Justice, c’est la catastrophe assurée. S’il y a aujourd’hui beaucoup plus de délinquance qu’auparavant, il faut se poser la question de la remise en liberté de 13.000 détenus au prétexte de l’épidémie. J’ai la certitude qu’au pic épidémique qu’on a connu, il y a eu un pic de délinquance, consécutif aussi à ces remises en liberté, mais vous ne trouverez jamais de statistiques là-dessus.

Comment en êtes-vous venus à vous engager auprès du Rassemblement national ?
Marine Le Pen avait repéré un certain nombre de mes actions à l’Assemblée nationale. En 2012, j’avais fait part des valeurs communes entre les électeurs de droite et du FN. Tout le monde m’est tombé dessus, dont Alain Juppé qui m’a excommunié. Il devait venir me soutenir dans le cadre de la campagne mais n’est finalement jamais venu. Marine Le Pen m’a proposé de venir la rejoindre sur la liste des européennes. J’ai dit « oui », en réalité je dis toujours la même chose depuis 2002, et parfois même avant les autres. Ce qu’on a entendu de la bouche de Nicolas Sarkozy en 2007, je le disais dès 2002. Ça montre qu’on a porté ce qu’il fallait.

Quelle démarche vous anime auprès de Marine Le Pen ?
Nous avons réactivé la Droite populaire avec Thierry Mariani. A l’origine, ce collectif de parlementaires voulait s’organiser pour pousser Nicolas Sarkozy à aller au bout de ses promesses. Des gens ont voté pour le Karcher, nous avons eu Kouchner. Nous avons associé notre mouvement au Rassemblement national, sans pour autant prendre la carte dans le parti. C’est un signe d’ouverture, le cordon sanitaire n’existe plus dans l’électorat. Faisons des alliances électorales, ce que la gauche a toujours fait, malgré qu’elle soit beaucoup plus divisée que nous sur le fond. Avec les vrais LR, nous avons exactement la même façon de voir les choses. S’ils étaient courageux, ils iraient au bout et on gagnerait. Cela nous éviterait les catastrophes de Bordeaux, Lyon ou Marseille aux dernières municipales, et cette année : l’Occitanie on la gagne, à coup sûr.

« J’y vais pour gagner, pas pour faire de la figuration ! »

Vous pensez réellement pouvoir gagner la région Occitanie ?
Il y a une occasion unique, je fais cause commune avec Louis Aliot, Julien Sanchez, Robert Ménard, Romain Lopez. Avec tous ces maires, ça fait une belle dynamique. Je pense que Marine Le Pen peut être présidente de la République et qu’il est possible de gagner cette région. En 2015, Louis Aliot arrive en tête du premier tour mais échoue au second à cause du cordon sanitaire. Carole Delga (PS), qui au premier tour est arrivée bien derrière, s’impose par des alliances et une majorité disparate. Elle espère reproduire le même scénario mais elle va avoir des problèmes : les écologistes ont l’appétit qui s’est aiguisé. Sur le fond, il y a des vrais désaccords comme sur la ligne à grande vitesse (LGV). Carole Delga y est favorable, mais les Verts n’en veulent absolument pas. Comment arriver à porter un si grand projet quand on n’a pas la majorité ? Nous on l’aura ! J’y vais pour gagner, pas pour faire de la figuration !

Le contexte sanitaire va perturber le déroulement de la campagne. Est-ce la prime au sortant ?
Comment faire une campagne politique en étant masqué, sans serrer les mains et sans voir les gens ? La difficulté est pour tout le monde, sauf peut-être pour le président sortant qui bénéficie de la communication institutionnelle depuis déjà pas mal de temps. On peut voir sa photo partout, des grands panneaux s’attribuant au passage quelques mérites qui reviendrait plutôt à l’État… Les conditions sanitaires sont telles que ça va empêcher une vraie campagne. Je n’irai pas jusqu’à dire que ça va rendre service à LREM. Je ne le dis pas….

Doit-on de nouveau reporter la date du scrutin ?
J’espère que l’on ne va pas se retrouver dans la situation des municipales où il y a eu un premier tour qui était incertain jusqu’au dernier jour, qui a eu lieu dans des conditions très difficiles, avec des gens contaminés dans les bureaux de vote. Le deuxième tour s’est joué beaucoup plus tard, avec une grosse abstention qui ne nous a pas été favorable. J’espère que les conditions seront différentes. Pour la campagne, nous allons l’axer sur les réseaux sociaux, la communication, les déplacements sur le terrain sur les secteurs les plus sensibles de la région et on essayera de faire comprendre aux gens que c’est vital, qu’il est nécessaire de se rassembler.

« Nous sommes face à une recomposition politique. »

L’ouverture du Rassemblement national se fera-t-elle seulement à droite ? 
L’idée est de montrer l’ouverture pour aller chercher l’appui de gens qui ne votent habituellement pas pour nous. On doit s’allier avec des gens qui pensent la même chose que nous. Nous ne sommes plus vraiment dans ce clivage droite/gauche, mais plutôt souverainiste/mondialiste. Il y a beaucoup de gens de gauche qui nous ont rejoint, comme Andrea Kotarac, tête de liste RN dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Nous sommes face à une recomposition politique, il y a des gens bien partout, des patriotes aussi. Sur la question du voile intégral, des députés communistes étaient d’accord avec moi. Je crois qu’on peut se retrouver parfois. Après bien sûr, il y a toute une gauche, les islamogauchistes, sur qui il ne faut pas trop compter.

Sur quels thèmes axerez vous votre campagne ?
Je compte sur la dynamique électorale qui a vu Louis Aliot, Robert Ménard, Julien Sanchez, Romain Lopez être élus et réélus brillamment. Je dirais à Carole Delga ce que je pense de son bilan. Il y a des secteurs clés en grande difficulté en Occitanie, avec notamment la crise terrible qui frappe l’aviation civile et ses sous-traitants. La région est devenue, par l’accroissement de ses pouvoirs, un partenaire incontournable. L’Occitanie, c’est 6 millions d’habitants et plus de 4.000 communes. La région est amenée à pallier les carences de l’État. Il faut arriver à trouver des aides, à avoir des idées neuves et adapter la situation à l’évolution de la crise mais surtout à faire ce qu’on dit. La région a son mot à dire pratiquement sur tous les sujets, y compris nationaux. On peut parler des questions d’immigration, de sécurité, et arriver à donner une orientation totalement différente. Carole Delga est surtout dans une idéologie classique de la gauche dont on a vu tous les échecs.

Un temps envisagé comme candidat face au RN, Robert Ménard vous soutiendra-t-il ?
J’ai vu Robert Ménard, on est en contact très régulièrement. On se connait très bien, à l’époque où il était journaliste, il m’avait invité plusieurs fois. Je pense pouvoir dire qu’il y a une estime réciproque, on pense la même chose et on est d’accord pour une union des droites, même au-delà. Il faut être assez intelligent pour la faire. Rien n’est encore défini quant à sa présence sur la liste. Nous allons trouver la bonne solution, sans trop de mal je crois.

« Nous avons toujours été fidèles à ce que nous disons. »

Votre lancement de campagne a été marquée par des « vives » confrontations avec vos adversaires. Comment expliquez-vous ce climat à votre encontre ? 
On veut me diaboliser mais ça ne fonctionne plus. Il s’agit de la seule méthode qui leur reste pour ces gens qui ne veulent en aucune façon voir échapper leur pouvoir. En réalité, je n’ai strictement rien à me reprocher. La technique est usitée, éculée et ne trompe personne. On entend toujours des discours qui vont dans le bon sens, avec plus de sécurité et moins de contraintes, mais aussitôt au pouvoir ils ne font pas ce qu’ils disent. Nous avons toujours été fidèles à ce que nous disons et nous avions raison sur tout, y compris sur la crise sanitaire, qui agit comme un révélateur de l’affaissement de l’État et aussi de la région. Nous abordons une période vitale pour l’avenir du pays, il faut maintenant se décider. J’en appelle aux électeurs qui sont orphelins de gens sincères, compétents, authentiques, qui aiment leur pays. Je parle aux gens, aux citoyens, pas au système politique.

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