MEMORABILIA

PERPIGNAN, CAPITALE DE L’ANTI-REPENTANCE

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Perpignan est désormais une ville de droite, dans le meilleur sens du terme : son nouveau maire, Louis Aliot, issu du RN, y conserve le souvenir pied-noir autant qu’il cherche à y développer la culture. Voyage en terre neuve.

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© Ville de Perpignan

Depuis Toulon, conquis en 1995 par l’ancien giscardien Jean-Marie Le Chevallier, le FN-RN n’avait plus gouverné de ville de plus de 100 000 habitants. La conquête de Perpignan par Louis Aliot, l’an dernier, avec 53 % des voix grâce à une dynamique d’union des droites, constitue donc un événement majeur. Il s’agit désormais de gouverner la ville de façon sereine et ambitieuse, tout en composant avec une intercommunalité dans les mains de LR.

Ville chargée d’histoire, Perpignan abrite des trésors architecturaux, à commencer par la cathédrale et le palais médiéval des rois de Majorque, enserré dans la forteresse Vauban. Le musée municipal est dédié à Hyacinthe Rigaud (1659-1743), l’un des maîtres picturaux de la cour de Louis XIV, et les statues d’Aristide Maillol (1861-1944) ornent plusieurs points de la ville. Louis Aliot a confié la délégation de la Culture à André Bonet, ancien colistier de Jean-Marc Pujol, le maire battu, et président du Centre méditerranéen de littérature. Bonet est aussi le fondateur du prix Méditerranée, qui a couronné les oeuvres de Jules Roy, Philippe Le Guillou, Albert Cossery, François Sureau ou encore Kamel Daoud. 

Lire aussi : Louis Aliot : « Il y avait nécessité de maintenir la vie culturelle pour le bien-être de mes concitoyens »

C’est tout naturellement qu’en février le nouveau maire a décidé de braver le pouvoir central en organisant la réouverture des musées. Surtout que, selon un sondage Ifop-Sud Radio, 60 % des Français y sont favorables. Pour toute réponse, le préfet des Pyrénées-Orientales a déféré l’arrêté devant le tribunal administratif, qui a ordonné la suspension de la mesure au nom du respect des normes nationales. Depuis, une magnifique banderole couleur rouge sang orne la façade du musée Rigaud : « Musées fermés, la culture condamnée ». Si Jean Castex n’était pas devenu Premier ministre, il la verrait presque depuis son ancienne mairie de Prades, à une quarantaine de kilomètres de là… 

Montrer les crimes

Plus que dans toute autre ville, la présence des rapatriés est ici palpable. Entrez chez le bouquiniste de la rue du Maréchal-Foch : le rayon Algérie française est particulièrement fourni, preuve de l’intérêt persistant pour la question. Toutefois, même si Pierre Sergent, le fondateur de l’OAS Métropole, avait obtenu dans la ville près de 30 % en 1989, et fut député des Pyrénées-Orientales, l’électorat perpignanais n’a pas toujours voté FN-RN : l’UDF et même le RPR ont toujours attiré ses votes, avec plus ou moins de succès.

Issu lui-même d’une famille de pieds-noirs, Louis Aliot entend donner toute sa place à la culture algérianiste et à la mémoire d’un petit peuple venant « d’un pays qui n’existe plus », pour reprendre les mots du chanteur Jean-Pax Méfret. Dût-il susciter l’indignation de la gauche. Ainsi le 11 mars, L’Indépendant, le quotidien de Perpignan, titrait : « Algérie : Louis Aliot met en scène “sa” mémoire ». Comme si le devoir de mémoire était à sens unique ! En nommant un historien trotskiste, Benjamin Stora, à la tête d’une mission de réflexion sur la guerre d’Algérie, Emmanuel Macron a fait un choix politique. En insistant sur la mémoire des crimes du FLN, notamment après le 19 mars 1962, Louis Aliot en fait un autre : celui de redonner la parole aux rapatriés et aux harkis, toujours ostracisés.

Issu lui-même d’une famille de pieds-noirs, Louis Aliot entend donner toute sa place à la culture algérianiste et à la mémoire d’un petit peuple venant « d’un pays qui n’existe plus », pour reprendre les mots du chanteur Jean-Pax Méfret

Le 19 mars, il a ainsi inauguré un « lieu de mémoire et de recueillement aux victimes oubliées de la guerre d’Algérie », faisant de Perpignan, selon ses propres mots, la « capitale de l’anti-repentance ». Même Jean-Marc Pujol, son prédécesseur (LR) à la mairie, est venu pour voir les dizaines de documents montrant des enfants mutilés, bras ou main coupé, des cadavres d’hommes égorgés par le FLN… « La France était confrontée à une entité sanglante et il faut le montrer », a expliqué Louis Aliot, qui a déjà prévu la tenue d’autres événements pour le 60e anniversaire de la tragédie des rapatriés, l’an prochain.

Agir local, penser national

Même s’il n’en fait pas étalage, Aliot a évidemment d’autres ambitions politiques. À commencer par celle de démontrer qu’une partie de l’électorat LR peut voter durablement pour le RN. Et pas seulement pour une élection locale… Une vision qu’il partage avec son ami Jérôme Rivière, ancien député UMP devenu président de la délégation RN au sein du groupe Identité et démocratie du Parlement européen, mais aussi avec l’ancien magistrat Jean-Paul Garraud, tête de liste pour les régionales en Occitanie. Après l’enracinement du RN dans le bassin minier du Nord, voici venir celui d’un RN catalan bien différent sociologiquement. « En politique, la diversité est souvent une richesse », glisse, un brin provocateur, un proche du nouveau maire de Perpignan.

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