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Variant brésilien : toutes les liaisons avec le Brésil sont-elles vraiment interrompues ?

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LA VÉRIFICATION – Jean Castex a annoncé mardi 13 avril la suspension des vols directs avec le Brésil pour éviter la propagation d’un variant plus contagieux. Est-ce suffisant ?

Par Océane Herrero LE FIGARO. 14 avril 2021

Les lignes aériennes directes qui reliaient la France et le Brésil ont été suspendues.
Les lignes aériennes directes qui reliaient la France et le Brésil ont été suspendues. Le Figaro / François Bouchon

LA QUESTION. Le gouvernement a dû se résoudre à de nouvelles restrictions. Le variant P1, dit «variant brésilien», circule activement dans le pays où il a émergé. Au Brésil, on déplore environ 4000 morts du coronavirus par jour, portant le bilan, depuis le début de la pandémie, à quelque 355.000 morts. L’institut brésilien Fiocruz a même identifié 92 nouvelles souches du covid-19 en circulation, ce qui laisse planer la menace d’une nouvelle souche qui serait, elle, résistante aux vaccins.

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Face à ces chiffres inquiétants, le premier ministre Jean Castex a annoncé, mardi 13 avril, que tous les vols directs en provenance ou à destination du Brésil seraient suspendus et ce, jusqu’au 19 avril. Le but étant d’éviter une nouvelle perte de contrôle de l’épidémie en France, alors que le pic de la troisième vague n’est toujours pas atteint. La France a ainsi franchi ces derniers jours le cap symbolique des 100.000 morts en raison du coronavirus.

Le variant brésilien circule déjà sur notre territoire – mais à faible intensité jusqu’ici. Selon les données issues du criblage des tests PCR réalisés entre le 29 mars et le 4 avril, qui classe dans la même catégorie le variant sud-africain et le brésilien, ils représenteraient à eux deux à peine 4% des cas. Pour autant, le risque d’une accélération de la circulation de ce virus, plus contagieux et plus dangereux, représente un risque réel en France. Peut-on dire que la frontière renforcée est étanche ? Une suspension des vols directs permettra-t-elle vraiment d’éviter que le variant brésilien ne se répande plus largement dans l’Hexagone ?

VÉRIFIONS. L’interruption des vols est une mesure décidée dans l’urgence. Lundi 12 avril, le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari affirmait qu’il y avait obligation de laisser des vols transiter entre la France et le Brésil. «Le Conseil d’État nous a dit que les ressortissants français et les résidents en France, au nom de la liberté de circulation, devaient pouvoir continuer à venir», précisait le ministre délégué au micro de LCI. Jean Castex lui donnera tort le lendemain même en annonçant la suspension des vols directs.

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Décision d’urgence

Une décision prise dans un délai aussi court a forcément des failles. «Seule la compagnie Air France fait la liaison directe entre la France et le Brésil, nous explique-t-on au ministère des Transports. Suspendre ces vols était donc la mesure la plus simple.» Cela signifie que si les vols directs sont suspendus, ce n’est pas le cas des vols avec escale. Sur les sites de réservation en ligne, il reste donc tout à fait possible de réserver un billet pour se rendre à Rio de Janeiro en passant par un pays tiers. Précisons tout de même que ce type de trajets est de plus en plus rare à mesure que d’autres pays choisissent, comme la France, de suspendre leurs liaisons avec le Brésil. Sollicitée par nos soins, la préfecture de police de Paris précise cependant que des «contrôles ciblés ont été mis en place» dans les aéroports de la région parisienne, «pour les vols en provenance de hubs étrangers comme Madrid, Amsterdam, et Francfort.» Les contours de ces contrôles n’ont pas été précisés.

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Le gouvernement en appelle surtout «au bon sens et à la responsabilité de chacun», précise le ministère des Transports, pour ne pas utiliser les escales comme un moyen de contourner les restrictions sanitaires. «On ne peut pas couper toutes les liaisons ni interdire à toutes les compagnies de voler, factuellement. Mais on ne recommande pas ces moyens de substitution», précise-t-on encore au ministère.

Autre «trou dans la raquette» : les liaisons aériennes sont maintenues entre la métropole et la Guyane, où le variant brésilien circule très activement: il y représenterait déjà 84% des contaminations. Or, il sera difficilement envisageable de couper les liaisons aériennes avec une région française.

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L’ensemble de ces enjeux est sur la table du gouvernement puisque comme l’a annoncé Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, ce mercredi 14 avril, un plan plus unifié de restrictions de déplacement à l’étranger sera présenté lundi prochain. Il a vocation à être plus «pérenne» que la simple suspension des lignes directes avec le Brésil. En attendant la présentation de ce plan, le ministère des Transports appelle les ressortissants français à l’étranger à la patience. Des réflexions sont en cours pour permettre de rapatrier ceux qui en manifesteraient l’envie.

Est-ce trop tard ?

Par ailleurs, rien n’assure que la fermeture, partielle ou totale, des lignes qui lient la France et le Brésil permettra de préserver l’Hexagone du variant. En effet, la littérature scientifique souligne l’efficacité très relative de la fermeture des frontières pour juguler une épidémie, comme nous l’expliquions dans une précédente «Vérification». Le «Plan national de prévention et de lutte Pandémie grippale » publié en 2011 suite à l’épidémie de grippe H1N1, assure toutefois qu’«un contrôle sanitaire aux frontières n’est efficace qu’au début de l’épidémie, lorsque les cas sont rares en France». Le plan plaidait également en faveur d’une coordination européenne en cas de fermeture des frontières. Dans un tel scénario, la diffusion d’un variant peut au moins être retardée.

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En résumé, rien n’empêche des voyageurs venus du Brésil de choisir un vol avec escale pour se rendre en France. Le gouvernement en appelle néanmoins à la «responsabilité» des voyageurs et devrait proposer des dispositifs de rapatriement pour les Français qui se retrouveraient «bloqués» au Brésil par l’annulation des vols directs. Bientôt, un ensemble plus cohérent de restrictions de déplacement à l’étranger sera en outre présenté par le gouvernement.

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