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Ivan Rioufol: «Comment reconquérir l’honneur perdu»

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CHRONIQUE – Les «élites» sont coupables d’avoir délaissé la nation et son peuple, au nom de la nouvelle religion séculière des droits de l’homme: elle a institué la préférence immigrée et la détestation de soi.

Par Ivan Rioufol. LE FIGARO. 15 avril 2021

Qu’attendent les «élites» pour reconnaître qu’elles se sont trompées? Il ne s’agit pas de les humilier ; elles ont été souvent choisies par des électeurs semblablement légers. Mais les dirigeants doivent corriger le cap ou céder la place. Car leur bilan se lit dans l’Affreuse Époque: elle a perdu le sourire et redoute son voisin. Le temps béni de la paix avait produit le meilleur, entre 1880 et 1914, avec la Belle Époque, ses bombances, sa joyeuse insouciance. Ce même temps pacifié a aujourd’hui créé le pire, avec ses reculades et ses déshonneurs. Dans Le Monde , Alain Juppé a amorcé un mea-culpa sur l’aveuglement du pouvoir, à propos du génocide rwandais. L’ex-ministre des Affaires étrangères explique: «Nous avons manqué de compréhension de ce qu’était un génocide et de ce qu’impliquait son constat. (…) La vérité est la plus forte.» Cette honnêteté devrait être celle de tous, sur tous les sujets.À découvrir

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Juppé pourrait d’ailleurs étendre son introspection. L’homme d’État a eu tort en effet de n’avoir pas voulu évaluer les dangers de l’islam politique, d’avoir repris à son compte l’accusation ambiguë en «islamophobie», promu une béate «identité heureuse», défendu les «accommodements raisonnables» appliqués au Québec. Cet angélisme lui aura valu d’être rejeté par les lucides. Toutefois, bien d’autres politiques persistent à penser de la sorte. À commencer par ceux qui gèrent l’Union européenne. Le procès en incompétence vaccinale fait à Bruxelles est aisé à instruire, d’autant que le sanitaire ne relevait pas de sa compétence. Reste à ouvrir le dossier des compromissions de l’Europe pacifiste et soumise au monde musulman. Ceux qui voulaient la Turquie islamisée dans l’Europe aux racines chrétiennes préalablement effacées sont toujours en place. Ils se laissent humilier par l’insultant sultan.

Il est bien beau de s’affoler des dégâts de la « cancel culture » américaine, qui dénonce le « privilège blanc » et sublime les minorités. Cependant, le ver était dans l’idéologie « antiraciste » française, il y a plus de trente ans

Une image a résumé, le 7 avril à Ankara, le Grand Effondrement de l’Europe munichoise: la photo montre Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, laissée debout par Recep Tayyip Erdogan qui s’installe sans lui tendre un siège ; Charles Michel, président du Conseil, voit la scène et n’ose proposer son fauteuil. Ainsi fait le satrape turc devant une Union mollassonne qu’il méprise, insulte, menace d’invasion par les quatre millions de réfugiés syriens. En fait, les Européens ont accepté, depuis le premier choc pétrolier de 1973 déclenché par les pays arabes, le statut d’infériorité des dhimmis pour prix de leur sécurité, dans un «dialogue euro-arabe» déséquilibré. La France participe à cette reculade. L’Élysée n’a pas voulu entendre, le 8 avril, le ministre algérien du Travail la qualifier «d’ennemi éternel et traditionnel». Il est vrai que l’hymne algérien invite la France à «rendre des comptes»

Les «élites» sont coupables d’avoir délaissé la nation et son peuple, au nom de la nouvelle religion séculière des droits de l’homme: elle a institué la préférence immigrée et la détestation de soi. Là est la source de l’honneur perdu de ceux d’en haut. Il est bien beau de s’affoler des dégâts de la «cancel culture» américaine, qui dénonce le «privilège blanc» et sublime les minorités. Cependant, le ver était dans l’idéologie «antiraciste» française, il y a plus de trente ans. Au nom de l’ouverture, elle a promu l’invivable société multiculturelle. Elle a moralement interdit de distinguer entre le citoyen et l’étranger. Pour un «antiraciste», la défense de l’identité française ne peut être que «nauséabonde» et d’«extrême droite». Remarque de l’essayiste Malika Sorel (Valeurs actuelles): «Les élites (…) se sont beaucoup investies pour faire en sorte que l’assimilation ne présente strictement plus aucun intérêt, seulement des inconvénients.» Les enfants de l’immigration ont appris la leçon…

Le rachat des hébétés

Les hébétés auraient une occasion de se racheter, en entrant enfin en résistance. Certains commencent à le faire, à gauche comme à droite. Mais il y a urgence: un fatal engourdissement guette les Français, dont la colère est ravalée par un déversement, à grand gosier, d’argent public. Leur sort pourrait être semblable à celui de la grenouille qui, plongée dans l’eau froide, se laisse abandonner jusqu’à la fatidique ébullition. Trop rares sont les voix qui s’élèvent de la société civile pour défendre des libertés confisquées par l’Ordre hygiéniste. Plus nombreux semblent être les dénonciateurs des temps de crise. Les indics accourent pour collaborer à l’emprise policière. Des médias montrent du doigt des restaurants clandestins, au lieu de dénoncer des interdits intrusifs. À Paris, un curé et son vicaire ont été placés en garde à vue quelques heures, trahis par un «fidèle» pour avoir célébré une messe de Pâques sans porter le masque et en distribuant – horreur – l’hostie sur la langue! Des préfets ont décidé d’imposer absurdement le masque sur des plages. Philippe de Villiers pose un bon diagnostic quand il écrit (1): «Nous sommes entrés dans une ère nouvelle où la vie privée se restreint de jour en jour. (…) La question majeure dans les temps qui viennent est celle de la liberté.»

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Mais le réveil de quelques somnambules ne suffira pas à sauver la France de son déclin. C’est la démocratie en berne qui attend d’être réhabilitée. Il saute aux yeux que l’entre-soi des puissants a souffert, ce dernier demi-siècle, d’un éloignement de la vie des gens. Le gouvernement a si peu de bon sens qu’il ne s’est décidé que mardi à suspendre les vols en provenance du Brésil alors que l’épidémie y flambe depuis des jours. Consultés, les Français n’auraient jamais laissé s’installer la contre-société immigrée, important dans ses soutes l’islamisme, les mouvements décoloniaux et leurs porteurs de valises. Il n’est pas trop tard pour redonner la parole aux Oubliés, avant qu’ils ne la prennent pour ceux qui ont encore l’énergie de la survie. Toutefois, ce n’est pas en supprimant l’École Nationale d’Administration, comme vient de l’annoncer le président en désignant les hauts fonctionnaires comme boucs émissaires, que sera réglée la crise de défiance envers un État naufrageur. Seule l’idéologie mondialiste, qui a forgé Macron après d’autres, est la cause des maux de la France.

Respect du peuple

Éric Dupond-Moretti est de ce monde décalé. Mercredi, il a présenté son «projet de loi pour la confiance dans l’institution judiciaire». Mais où est la logique quand le garde des Sceaux, obnubilé par Marine Le Pen, propose d’écarter les jurés populaires de certains procès d’assises? La confiance n’est pas affaire de communication, mais de respect du peuple et de ses aspirations.

(1) Le Jour d’après, Albin Michel.

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