MEMORABILIA

Boualem Sansal. Des voix dans le désert. A propos de Sarah Halimi.

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16 avril 2021 , Tribune Juive , Réflexion 

Boualem Sansal, abasourdi par l’arrêt de la Cour de Cassation, m’a confié ce matin ce qu’il écrivit concernant “l’Affaire Sarah Halimi”. Les mots de l’écrivain-lanceur d’alerte infatigable prennent encore plus de résonnance aujourd’hui.

Lisez…

“Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France. Le pays est gangrené par l’islamisme qui l’a élu terre de djihad, il est martyrisé par le terrorisme, abîmé dans ses valeurs et son mode de vie, mais rien n’y fait, la France laïque et bêtement généreuse maintient la ligne, elle protège et promeut l’islam, cheval de Troie de l’islamisme, et honore grassement ceux-là, les agents de l’UOIF, du CFCM et autres groupuscules, qui se sont autoproclamés gouverneurs de l’islam de et en France. Quel formidable succès pour eux, en peu de temps ! Encore une marche ou deux et ils seront les maîtres du pays, de très méchants maîtres, de vrais daéchiens, on peut s’en douter.

Librement ou contraint et forcé, par opportunisme ou par bêtise, ou tout simplement à son insu, on ne sait trop, l’Etat français s’est inscrit dans cette division du travail. Il participe à sa manière et selon ses moyens au plan de conquête de la planète par la soumission islamique de ses habitants. Le point de non-retour n’est plus loin d’être atteint… mais peut-être a-t-il été franchi puisque tout va à son rythme, fervent et violent.

L’antisémitisme français traditionnel qui avait reflué dans les marges obscures de la société reprend du poil de la bête à la faveur de la montée vertigineuse de l’antisémitisme islamique. Quand l’orage est là, les vents soufflent tous dans la même direction.

L’antisémitisme islamique, c’est de la haine pure, une obligation dogmatique conforme, rémunérée par des jouissances suprêmes, mais c’est aussi de la politique, des affaires. A ce train, il deviendra rapidement la valeur centrale de la France, sa colonne vertébrale. Il l’est dans certaines enclaves où on ne vit plus que dans et par la haine bienheureuse du juif.

L’assassinat de Sarah Halimi s’inscrit dans ce cadre d’évolution. Sa mort était en quelque sorte programmée. La France étant élue terre de djihad, il y a comme une fatwa naturelle sur la tête de tous les juifs de ce pays. Il y a eu les clients de l’Hyper casher à Paris, les enfants de l’école Ozar Atorah à Toulouse, Ilan Halimi à Bagneux, c’était le tour de Sarah Halimi, et demain d’autres seront la cible de l’antisémitisme islamique. Un jour, il y aura des massacres de masse, préfigurant ce à quoi beaucoup rêvent : la grande extermination finale.

Le rêve est déjà là, implanté, il travaille les esprits. La France ne le voit pas, elle refuse de comprendre qu’en la matière le rêve fait partie de la réalité, il la conçoit, l’annonce, la magnifie, l’organise, la fructifie.

Mais voilà, la France n’a jamais été très forte pour voir arriver les tempêtes. Quand elle décille, elle est déjà sinistrée, jetée sur les routes de la défaite.

Revenons à notre pauvre Sarah Halimi pour voir que dans cette affaire, il n’y a pas que l’antisémitisme islamique. Il y a la bêtise, l’aveuglement, l’entêtement, la lâcheté, la méchanceté au quotidien.

Un jeune musulman tenté par le djihad de quartier entre nuitamment chez elle par le balcon des voisins, la bat, puis prenant plaisir à la chose, la torture longuement, puis soudainement lassé la défénestre au cri de « Allah akbar ! ».

Soit dit en passant, Allah akbar n’est pas Allah est grand comme on le traduit en France, mais Allah est le plus grand, akbar est un superlatif. Les anglais qui sont de meilleurs traducteurs disent Allah the greatest. Cela veut dire qu’une sentence émise par Allah, via le coran, ne peut jamais être révoquée que par lui, aucune puissance au monde ne lui est égale ou supérieure.

Les représentants autoproclamés des musulmans et du culte musulman en France n’ont rien dit et ne disent rien. La France officielle, pareille, elle ne dit rien. Deux silences indifférents… coupables… complices.

La juge chargée d’instruire l’affaire ne voit apparemment que d’un œil, elle a refusé de qualifier le crime dans toutes ses dimensions. Elle y voyait simplement un homicide volontaire. Bon sang, on le lui a répété, c’est un abominable crime antisémite, il y a eu assassinat, séquestration, torture, barbarie, le tout au nom Allah. Mieux, elle s’est persuadée que le meurtrier était un peu dérangé sur les bords, qu’il était malade, qu’il a agi sous l’effet de la drogue, et l’a envoyé se reposer à l’hôpital. De son côté, la police n’a pas cherché très loin, elle a tellement à faire par ailleurs.

Les semaines et les mois passent. La famille est au désespoir. Des voix hurlent dans le désert. Des gens se mobilisent, des intellectuels, des écrivains, des amis. Qui les entend, qui les écoute ? Personne. L’affaire est une affaire crapuleuse et doit le rester. On ne va pas stigmatiser la religion de paix et de tolérance et faire des amalgames pour si… pour un banal homicide commis par un débile mental, drogué et oisif. Le parquet finit quand même par s’émouvoir et prie le juge d’instruction de revoir sa copie. Et là, le miracle se produit ou tout simplement la raison l’emporte : la juge reconnaît que le crime a un caractère antisémite. Il reste à souhaiter qu’elle le considère comme un facteur indiscutablement aggravant.

On en est là en France, on gère ces affaires et les dossiers afférents comme on gère des contentieux administratifs, et ainsi l’antisémitisme est en voie de retrouver le chemin de la banalité et de la petite bureaucratie qui lui a si bien réussi en d’autres temps.

Cette affaire a une autre dimension qui me terrifie. J’y vois l’expression d’un antisémitisme que je qualifierais de fondamental : tuer un juif c’est bel et bon mais tuer une juive c’est déjà un beau génocide, l’assassin coupe ainsi à la racine, car c’est par la mère, par la femme, que la judéité se transmet. En la torturant et en la défénestrant, il ne fait pas que prendre son pied, il la châtie pour avoir transmis le sang juif à des enfants. Les femmes juives sont doublement en danger.

Reculer sur cette affaire, se taire, c’est très directement se comporter en complices des Merah, des Coulibaly, des Fofana, et pis de ceux qui les arment aux plans religieux et idéologique et leur désignent les cibles. La justice en la matière est de punir sévèrement le coupable matériel, de dénoncer les maîtres à penser mais aussi et surtout d’agir fermement pour faire reculer l’idéologie qui fabrique aujourd’hui de l’antisémitisme au grand jour, en masse, et en toute légitimité.”

Boualem Sansal

Alger, janvier 2018

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