MEMORABILIA

Gilles-William Goldnadel: «Pourquoi les Européens se laissent humilier»

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TRIBUNE – L’Europe et la France ont pris l’habitude d’essuyer des insultes sans réagir, déplore l’avocat et essayiste. C’est le symptôme d’une honte de soi et d’un sentiment de culpabilité entretenus dans les sociétés occidentales, argumente-t-il.

Par Gilles William Goldnadel LE FIGARO. 18

Gilles-William Goldnadel. Fabien Calirefond

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Gilles-William Goldnadel est l’auteur notamment de Névroses médiatiques. Ou comment le monde est devenu une foule déchaînée(2018, Plon).


Depuis des années, au fil d’articles et d’essais, je martèle l’idée que la société occidentale est psychologiquement malade, au sens clinique du terme. Je soutiens qu’elle souffre d’une maladie mentale honteuse que des prétendus intellectuels ou que des militants déterminés lui ont inoculée.

En substance, l’homme blanc occidental devrait avoir honte non seulement de ce qu’il a fait, mais de ce qu’il est. Il s’agit à présent d’une véritable folie, permanente et obsessionnelle. Le combat culturel et intellectuel que je mène dans le cadre de cette description de l’inconscient collectif européen malade vise désespérément à contribuer à l’apaiser, ne serait-ce que par la prise de conscience du diagnostic que je pose.

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Ces derniers mois, sur FigaroVox, j’ai observé dans l’actualité les symptômes d’une névrose qui affecte la peau et le sexe. Telle semaine, c’est la folle cérémonie des César où l’on célèbre Adama Traoré. Telle autre, les imprécations de Mme Pulvar qui veut faire taire les blancs. Ou encore, c’est le New York Times qui décide d’écrire blanc avec une minuscule pour le rapetisser et Noir avec une majuscule pour le rehausser. C’est enfin l’occultation médiatique quand les victimes sont invisibles d’être blanches.

Dans le cadre du présent article, je désignerai le divan d’un sultan ottoman et les imprécations d’un ministre algérien pour montrer que génuflexion mentale ne sont pas gymnastiques psychologiques souveraines pour obtenir le respect de l’Autre.

Commençons par Erdogan. L’idée même d’un voyage à Ankara, dans ce moment, tenait de Canossa. Jamais celui-ci ne s’était montré aussi agressif sur tous les terrains de sa politique étrangère. En Syrie, en Libye ou encore en Arménie. Plus grave encore, concernant les Européens, il incarne désormais une menace permanente en Mer Egée pour nos amis grecs. Et bien ce fut le moment qu’auront choisi deux dignitaires européens pour rendre une visite de courtoisie à un souverain souverainement discourtois. Dès lors, cette farcerie orientale autour de deux fauteuils et un divan n’aura été que le prétexte quasi psychanalytique pour montrer l’insigne faiblesse psychologique de nos représentants européens. M. Erdogan, n’attendait que cela pour faire goûter à son peuple sa puissance et le plaisir d’humilier des Occidentaux qui ne s’aiment pas eux-mêmes.

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Sur un registre plus politique, on apprenait consternés qu’au programme des discussions figuraient des facilités douanières pour les citoyens turcs de pénétrer sur un territoire européen tellement hospitalier qu’il ne possède pas de frontières extérieures dignes de ce nom. Lorsque l’on sait que le projet enfoui de M. Erdogan est de convaincre les immigrés turcs en Europe de faire de leurs mosquées des casernes et de leurs minarets des baïonnettes, selon sa propre formule, on mesure l’inconscience d’une diplomatie européenne qui n’existe que par son inconsistance consubstantielle.

Quoi qu’il en soit, si cette pente s’accentuait, si l’immigration turque -qui par arithmétique comprend forcément de nombreux soutiens d’Erdogan augmentait, la politique étrangère française rencontrera fatalement les mêmes problèmes de dépendance que connaît l’État allemand.

Après que l’humiliation d’Ankara rappelle ce coup d’éventail donné jadis au consul de France par le dey d’Alger, passons à ce pays. «La France est un ennemi traditionnel et éternel». Ainsi parlait le ministre du travail algérien, Hachemi Djaâboub le 8 avril, tandis que la visite du premier ministre français à Alger était reportée. Je soutiens ici qu’il existe un lien psychologique insécable entre cette déclaration hostile et la manière française de regarder son passé algérien.

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Le Président de la République a cru devoir commander un rapport à l’historien engagé Benjamin Stora sur la guerre d’Algérie. À l’issue de ce rapport dans lequel le FLN n’était nullement qualifié de terroriste, l’Élysée publiait un communiqué dans lequel il reconnaissait la torture et l’assassinat d’Ali Boumedjene. Il existe dans cette reconnaissance de culpabilité, un angle obtus que les responsables français refusent d’envisager. Nul aujourd’hui en France ne s’oppose à la reconnaissance de crimes, mais dans le cadre du principe de la réciprocité. Il se trouve, qu’ainsi, en France, beaucoup de familles attendent la vérité sur les 453 Français disparus pendant les massacres de juillet 1962, commis alors même que l’Algérie avait obtenu son indépendance. Visiblement, manque cruellement à la démarche présidentielle le principe élémentaire de la réciprocité.

Il existe dans le creux de ce refus de l’élémentaire réciprocité, la cause de la folie du temps: la dilection pour l’altérité

Ce principe est un principe humain essentiel et universel. Confirmé par la sociologie et la psychologie. Il est la base des rapports humains. Fondée sur le don mutuel. Au nom de quel principe ontologique, la vie d’un membre du FLN serait plus précieuse que celle d’un pied-noir d’Algérie ou d’un musulman harki?

Si ce raisonnement avait pour prétexte un espoir d’amélioration des rapports entre Français et Algériens, l’effet inverse pouvait être aisément prévu, comme dans toute matière mémorielle fantasmée. L’État algérien est encouragé à en demander chaque fois davantage.

Il existe dans le creux de ce refus de l’élémentaire réciprocité, la cause de la folie du temps: la dilection pour l’altérité. Et cette préférence pour l’autre, je persiste à penser qu’elle est à rechercher dans cette honte inconsciente de partager avec l’Antéchrist des temps modernes, j’ai nommé Hitler, la même couleur de peau.

Voilà pourquoi, un enfant du siècle prénommé Emmanuel a cru devoir considérer que la France avait commis des «crimes contre l’humanité» en Algérie. Le même, devenu président, refusa qu’un «mâle blanc» (sic) commande à un autre «mâle blanc» un rapport sur la question des banlieues. Du «mâle blanc» au mal blanc dans l’inconscient, il n’y a qu’un pas.

La reconnaissance de la responsabilité française dans les exactions commises par la France en Algérie , sans aucun esprit de réciprocité, porte la marque d’une repentance honteuse qui n’a pas la clairvoyance de se regarder. Ce masochisme intellectuel et politique est une dangereuse folie.

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