MEMORABILIA

« La France n’est plus un pays souverain »…

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Fermeture des frontières : le grand bluff

Longtemps réclamé pour lutter contre le Covid-19, le verrouillage du territoire a finalement été décidé, fin janvier. En région Paca, toutefois, les agents de terrain pointent la non-effectivité de la mesure, jusqu’à dénoncer un “mensonge”. 

Par  Yohan Cecere. Publié le 18 avril 2021 VALEURS ACTUELLES

Des policiers en région Paca explique la porosité des frontières par le manque d’effectifs sur le terrain. Photo ©SYSPEO/SIPA

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Une année. C’est donc le temps qu’il aura fallu à Emmanuel Macron et à son Conseil de défense sanitaire pour décider de fermer les frontières du pays afin de lutter contre l’épidémie de Covid-19. Une longue année à résister aux coups de boutoir de l’opposition et au bon sens le plus élémentaire, à la seule force de cet argument choc : « Le virus n’a pas de passeport. » Un élément de langage repris en chœur par l’ensemble des ministres, lesquels semblaient sincèrement ignorer que ceux que le virus contaminait, eux, pouvaient en avoir un… Ainsi, depuis la fi n du mois de janvier et les annonces de Jean Castex, les étrangers hors de l’Union européenne ne peuvent plus venir en France “sauf motif impérieux”. Quant aux étrangers européens, ils doivent présenter un test PCR négatif de moins de 72 heures pour pouvoir pénétrer sur le territoire national.

Voilà pour les grands principes. Mais qu’en est-il de leur application réelle ? Pour le savoir, Valeurs actuelles a recueilli le témoignage de plusieurs douaniers, ces agents historiquement chargés de contrôler qui et quoi entre sur le sol français.

Et le moins que l’on puisse dire à l’aune de ces retours de terrain, c’est que la France ressemble toujours autant à une passoire. « Dire que les frontières du pays sont fermées, c’est profondément mensonger, s’emporte un agent souhaitant rester anonyme. À l’heure qu’il est, on entre en France sans aucune difficulté. On a entendu l’allocution du Premier ministre, mais ce ne sont rien d’autre que des effets d’annonce. Sur le terrain, quasi rien n’a changé, que ce soit au niveau des moyens ou des missions qui nous sont confiées. » Des propos qui tranchent radicalement avec le discours officiel et qui interrogent quant à la volonté politique réelle qui anime cette mesure.

Le châtiment de Sisyphe

Dans le Sud-Est, où les flux transfrontaliers restent élevés malgré l’épidémie de Covid-19, toutes les difficultés rencontrées sur le terrain sont les conséquences d’un problème global : le manque d’effectifs. En effet, seules les brigades douanières de Nice et de Menton sont chargées de surveiller la frontière francoitalienne, lesquelles ne comptent qu’une trentaine d’hommes chacune. « Généralement, le gros des effectifs est déployé sur le péage de La Turbie, car il scinde le principal axe autoroutier entre l’Italie et la France, explique un autre douanier. Ce qui est compliqué ici, c’est qu’il y a un flux énorme. Et vu nos effectifs, si on se mettait à contrôler tous les véhicules, on créerait des bouchons sur plusieurs kilomètres d’autoroute, ce qu’on doit absolument éviter. Donc dans le lot, il y a beaucoup de gens qui passent sans être contrôlés. »

Toutefois, même lorsque les contrôles sont dûment menés, d’autres difficultés se font jour. « Ceux qu’on attrape et à qui on demande de faire demi-tour, malheureusement, on les revoit le lendemain… Et puisqu’on n’a pas les effectifs pour contrôler tout le monde et être présents en permanence, ils savent qu’avec un peu de persévérance, ils finiront par passer entre les mailles du filet. » 

Un constat qui sonne comme le châtiment de Sisyphe et auquel vient s’ajouter l’impossibilité de maîtriser les axes routiers secondaires. « Forcément, on ne peut pas être partout, soupire un autre agent. D’autant qu’aujourd’hui, on ne peut plus travailler en équipe réduite de trois ou quatre sur un seul point de contrôle. Au-delà du Covid, nos missions prioritaires restent la lutte contre la fraude et l’immigration clandestine. Or, les individus que nous contrôlons, et notamment les migrants, sont de plus en plus violents. Ces dernières années, plusieurs contrôles ont dérapé avec des collègues qui ont été agressés. Désormais, on ne travaille plus qu’avec de grosses équipes, ce qui signifie qu’on surveille moins de points de passage simultanément. »

Résultat : rien n’empêche un étranger qui a été refoulé sur un axe principal de passer quand même en empruntant les petites routes. « Généralement, on ne se positionne sur ces axes secondaires que quelques heures par jour, et ils sont trop nombreux pour qu’on puisse tous les surveiller quotidiennement. » Et là encore, même quand les contrôles sont réalisés, ils n’aboutissent quasi jamais à un éloignement du territoire. 

« Quand on se place sur ces points de contrôle légèrement en deçà de la frontière et qu’on arrête un étranger qui n’a pas de test PCR, on n’a aucun moyen de lui imposer de faire demi-tour. Pour cela, il faudrait qu’on sollicite des agents de la PAF [police aux frontières, NDLR] qui, eux, ont l’autorité nécessaire. Mais puisqu’ils sont déjà très occupés et souvent en sous-effectif, on n’a pas d’autre choix que de laisser passer… Même avec la meilleure volonté, on ne peut pas faire autrement. »

La France n’est plus un pays souverain

Ces témoignages, mâtinés de résignation et d’amertume, illustrent à quel point le contrôle des frontières est devenu le parent pauvre de la construction européenne. En érigeant la circulation des biens et des personnes au rang de liberté fondamentale, l’Union européenne a considérablement affaibli les forces douanières de chacun de ses pays membres.

La France ne fait évidemment pas exception, puisque depuis le début des années 2000, le nombre de douaniers a baissé d’environ 25 %, essentiellement à cause du non-remplacement des départs à la retraite. Sur les 16 000 agents que compte aujourd’hui la Douane, ils ne sont plus que 8 000 à travailler sur le terrain et à essayer de remplir leurs missions tant bien que mal. 

« C’est triste à dire, mais la France n’est plus un pays souverain, conclut un des douaniers interrogés. Sans doute que le citoyen lambda ne s’en rend pas forcément compte dans son quotidien, mais quand vous êtes douanier, c’est une réalité qui crève les yeux. Il faudrait que la France assume de reprendre réellement le contrôle de ses frontières, mais ça ne semble pas vraiment être à l’ordre du jour… » 

À moins que la crise du Covid-19 finisse par dépoussiérer cette idée que beaucoup ont tenté de ringardiser depuis des décennies ?

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