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Ramadan : les policiers sommés d’être « tolérants » avec les musulmans malgré le couvre-feu

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Dans plusieurs départements, des notes préfectorales envoyées aux commissaires de police exigent « de la tolérance et du discernement » envers les musulmans, quand ramadan et couvre-feu s’entrechoquent. 

Par  Nicolas Boutin. Publié le 17 avril 2021 VALEURS ACTUELLES

En France, le ramadan a débuté le 13 avril. © Christophe Ena/AP/SIPA Partager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

La polémique a émergé vendredi 15 avril, lorsque le Journal d’Ici a dévoilé une note qui serait issue de la préfecture du Tarn à destination des commissaires du département. Il y est recommandé de ne pas verbaliser les personnes de confession musulmanes pendant le couvre-feu, dans le créneau 19 heures-22 heures et à partir de 5 heures, afin de respecter la prière du matin à la mosquée. Ce pour une durée d’un mois, le temps du ramadan, du 13 avril au 12 mai.

Selon des courriels, révélés par le média local, la préfète Catherine Ferrier aurait précisé que « les pratiquants sont autorisés par la préfecture à dispenser l’aumône, se traduisant par la livraison de nourriture à des amis et familles ». Le créneau nocturne, qui correspond à la rupture du jeûne, est potentiellement susceptible de générer des rassemblements sur la voie publique ou aux abords des mosquées.

La préfecture rétropédale

Des consignes qui, selon le cabinet du préfet, « encouragent les forces de l’ordre au discernement ». Elles ne s’appliqueraient donc pas individuellement mais « aux actions menées au bénéfice des nécessiteux, dans le cadre des associations ou des mosquées », au même titre que les maraudes effectuées auprès des sans domicile fixe. La dérogation matinale, elle, débute à 5 heures au lieu de 6 heures, afin de permettre aux musulmans de se rendre à la mosquée pour la première prière de la journée, fixée à 5h30.

Dans la journée du vendredi 16 avril, la préfecture du Tarn a fait marche arrière et a démenti toutes ces informations, prétextant que « les consignes aient été mal comprises ». « La préfète rappelle que le couvre-feu s’applique à tous sans aucune distinction », assure le communiqué publié sur les réseaux sociaux, qui précise que « toute personne contrevenant aux règles du couvre-feu doit faire l’objet de verbalisation ».

Une tolérance pour l’Aumône et la prière du matin

Dans les commissariats du Tarn, une note, que nous nous sommes procurée, relayée par le directeur départemental de la sécurité publique, Pascal Dumas, averti les policiers d’une « tolérance accordée aux fidèles jusqu’à 22 heures pour le portage au domicile des indigents, des repas de l’Aumône, et dès 5 heures pour la prière du matin ».

Des consignes qui ont été données dans d’autres départements, selon nos informations. Dans le Var, le commandant de police, Sandrine Gavazzi, fait part des directives « de l’état-major » pour « faire preuve de modération, tolérance et discernement, conformément aux consignes ministérielles », dans le cadre du Ramadan. En Gironde, le chef du bureau de la sécurité intérieure et la directrice de cabinet de la préfète ont cosigné une note similaire, demandant « que cette tolérance soit mise en œuvre avec discernement, afin de ne pas donner lieu à des polémiques inutiles au sein de la population, au vu du faible nombre de personnes concernées par cette possibilité ».

Même le Conseil français du culte musulman (CFCM) s’est enorgueillit de cette tolérance pour se rendre « au lieu de culte le plus proche de son domicile pour accomplir la prière du matin ». Une dérogation « accordée par le ministre de l’Intérieur à la demande du CFCM », précise le communiqué publié le 14 avril par Mohammed Moussaoui, le président de l’association. La structure recommande toutefois aux imams « de retarder cette prière, dans la mesure du possible, pour permettre un usage utile et limité de la dérogation ».

« On est passé du non-dit à du verbal »

Selon Philippe Payri, secrétaire de la zone Sud du syndicat de police FPIP, ces notes « posent de graves questions en matière de laïcité », rappelant que les chrétiens ou les juifs n’avaient pas bénéficié de dérogations pour assister aux offices de Pâques ou de la Pessah. « On nous demande de faire de la discrimination », s’offusque-t-il, qualifiant ces consignes de « faute politique » de la part du préfet qui est le représentant du gouvernement. Le syndicaliste n’exclue pas pour autant une mauvaise interprétation, comme évoqué dans le démenti de la préfecture du Tarn.

Selon Bruno Bartoccetti, responsable de la zone sud SGP-Police, la consigne est « incompréhensible ». « D’un côté, on nous demande de faire preuve d’extrême sévérité et de l’autre d’appliquer la tolérance », déplore-t-il en regrettant « une infantilisation » des fonctionnaires de police. « Avec de telles notes écrites, les policiers sont désorientés », ajoute le syndicaliste. « Quand nous comprenons que nous devons intervenir autrement, certains policiers vont comprendre qu’il ne faut pas intervenir ».

Le porte-parole de SGP Police rappelle que les forces de l’ordre « font toujours preuve de discernement », et que ce genre de note « est inutile et regrettable ». « Nous allons finir par croire que faire notre travail va être considéré comme de la provocation », prévient le policier.

« On a une explosion des violences »

Une provocation qui est perçue et crainte chaque année durant le mois du Ramadan. « Chaque année, ou presque, il y a des consignes verbales, mais jamais écrites demandant d’être prudent, plus tolérant face à une population fébrile », révèle Philippe Payri, qui précise qu’à Toulouse, aucun ordre n’a été donné cette année. Au contraire, des contrôles renforcés sont prévus dans les quartiers difficiles de Haute-Garonne et du Tarn-et-Garonne, du Mirail (Toulouse), aux Chaumes (Montauban).

Ce mois de jeûne est assez difficile chaque année pour les forces de l’ordre. « A ce moment, toute intervention de la police, ou même des pompiers, peut être mal perçue », explique le policier toulousain qui perçoit « une explosion des violences », essentiellement intrafamiliales lorsque les soirées se prolongent. Et au milieu des cités, les trafics ne s’arrêtent pas pour autant, même la journée. « Un contrôle peut très vite partir en rébellion et outrage », témoigne le fonctionnaire.

Pour éviter ce genre de débordement, des consignes sont parfois passées par les supérieurs. En 2020 par exemple, les contrôles ne se faisaient plus au Mirail ou à Bagatelle à Toulouse, mais à la sortie de ces quartiers, afin d’éviter tout embrasement. « La population est fébrile, tout est senti comme une agression à leur identité religieuse à ce moment de l’année », rapporte Philippe Payri.

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