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« Racolage électoral » : la réponse de l’opposition au discours sécuritaire de Macron

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Dans un entretien accordé dimanche 18 avril au Figaro, Emmanuel Macron est reparti à l’offensive sur la sécurité.

Mais l’opposition de droite, de LR au RN, tire à boulets rouges sur l’action du gouvernement. Elle dénonce une manoeuvre électoraliste qui se heurte au bilan du macronisme. Sans oublier de critiquer les paroles du Président sur l’immigration, le « privilège blanc » et les relations franco-algériennes. 

Par  Alexandre Bertolini Publié le 20 avril 2021 VALEURS ACTUELLES

Emmanuel Macron lors de son déplacement à Montpellier pour parler de la sécurité et de la police. © Guillaume HORCAJUELO / POOL / AFPPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

« Le droit à la vie paisible » : c’est presque un slogan de campagne pour l’élection présidentielle de 2022 que le président de la République, Emmanuel Macron, a scandé dans Le Figaro, dimanche 18 avril.

Alors que les actes de violence, qui ciblent aussi la police, font la une de l’actualité, le chef de l’État a largement défendu son bilan sécuritaire, affirmant se battre « pour le droit à la vie paisible ». Mais les chiffres, eux, ne mentent pas.

Avec notamment une hausse du nombre de coups et blessures depuis son arrivée au pouvoir, « le coq républicain se réveille un peu tard, il prend les Français pour des veaux », raille l’eurodéputé du Rassemblement national, Gilbert Collard. Avant lui, la présidente du RN, Marine Le Pen, avait jugé dimanche sur Twitter que « le président du chaos, de la violence partout, tout le temps, de la division, de l’injustice sociale, fiscale, territoriale, nous vend aujourd’hui ‘la vie paisible’. Rien ne nous sera épargné ».

Xavier Bertrand, à la tête de la région Hauts de France et candidat déclaré pour 2022, parle de son côté d’un « échec total », quand Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, décrivait le régalien comme « l’angle mort du macronisme » dans Valeurs actuelles en mars dernier.

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La sécurité, un fort enjeu électoral pour 2022

Accablé de critiques, le président de la République n’a donc pas l’intention de laisser courir l’idée d’un échec sur la sécurité au sein de l’opinion publique alors qu’un sondage Ifop montre qu’il a perdu 18 points en quatre mois dans l’électorat de droite, sensible à la question sécuritaire, et que 70% des Français jugent « la sécurité et la lutte contre le terrorisme » comme un thème « tout à fait prioritaire».

C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron s’est rendu lundi à Montpellier afin d’aborder plusieurs sujets liés à la sécurité du quotidien. La ville héraultaise où il a annoncé la création d’une « école de guerre avec de la formation continue» pour les policiers. Ces derniers porteront des caméras piétons d’ici à l’année prochaine, ce qui va « tout changer » assure le chef de l’Etat, car elles aideront à «prévenir les dérapages » et « inhiber les gens violents ».

Avant la généralisation de ces caméras, le président de la République a défendu son bilan sur la sécurité et affiché sa détermination à « faire reculer la délinquance partout », même s’il reconnait que la violence est présente dans la société, d’abord dans « les quartiers les plus pauvres » et que le combat contre la délinquance est un « combat social ». Il a mis en avant l’augmentation du nombre de policiers et de gendarmes, « concrètement, cela veut dire que chaque Français verra plus de bleu sur le terrain en 2022 qu’en 2017 », alors qu’il promet de tenir son objectif de 10 000 policiers et gendarmes supplémentaires d’ici à la fin de son mandat.

« 10 000, ce n’est rien, il en faut au minimum 50 000 de plus ! », dénonce Nicolas Dupont-Aignan, député et président de Debout La France.

Macron continue à déplorer les contrôles au faciès

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Des policiers qu’Emmanuel Macron n’avait pas hésité à incriminer en parlant de violences policières dans le média Brut en décembre 2020 et en affirmant que la police pratiquait des contrôles au faciès, et ce alors qu’il y a tous les jours, plus de 100 violences commises à leur encontre, et que les chiffres sont en augmentation depuis le début de son mandat.

Dans sa récente interview au Figaro, le président du « en même temps » a toutefois dit ne pas croire à la violence et au « racisme systémique » des forces de l’ordre, et n’en démord pas : «Certains syndicats ont voulu instrumentaliser ce débat […]. Moi, j’ai toujours été très clair : en soutien, non pas simplement dans les mots, mais dans les actes. »

Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée nationale,  déplore au contraire que le président ait « jeté le discrédit sur la police » par ses récentes prises de position sur le racisme et les violences policières.

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D’ailleurs, le chef de l’État continue à affirmer que les contrôles au faciès sont un vrai phénomène. « Il faut nommer les choses et les regarder en face. […] Si dans tous les sondages, toutes les enquêtes de terrain, des jeunes vous disent qu’ils subissent des contrôles au faciès, leur dire : ‘‘non, il n’y en a pas, c’est un sentiment que vous avez’’, c’est aussi insensé que d’aller expliquer à des gens: ‘‘vous avez peut-être un sentiment d’insécurité mais ce n’est pas une réalité’’. On n’a jamais raison contre le réel », a-t-il ajouté dans son entretien au Figaro. Il a aussi vanté son action en faveur des 62 quartiers de « reconquête républicaine » : « La Goutte-dOr à Paris ou Lille-sud sont ainsi devenus des quartiers témoins, où nous avons injecté des moyens massifs pour changer en profondeur le quotidien de nos concitoyens. […] Nous avons déjà des résultats et, parce que nous persévérons, ils vont s’amplifier.» Pas de quoi convaincre Gilbert Collard : « En quatre ans il n’y a pas eu de reconquête des territoires perdus, on le voit avec les règlements de comptes et les agressions sauvages qui sont en hausse. »

Un grand débat national sur la drogue en perspective

Alors que de nombreuses banlieues sont ravagées par le trafic de drogue, Emmanuel Macron en a aussi profité pour appeler à « lancer un grand débat national sur la consommation de drogue » et à « ne laisser aucun répit aux trafiquants de drogue », assurant que de nombreux points de deals ont déjà été fermés. « On en a marre des grands débats, on n’a pas besoin de bla-bla sur ce sujet alors que dans des quartiers les dealers font la douane pour empêcher les policiers de rentrer », rétorque l’eurodéputé RN Gilbert Collard.

Mais ce que l’opposition reproche surtout à Macron, c’est son action sur le plan judiciaire, alors qu’il a promis 15 000 places de prison supplémentaires avant la fin de son mandat. « La réponse pénale, c’est le maillon faible de sa politique sécuritaire », affirme Damien Abad. « Il ne dit rien sur les récidivistes, l’impunité généralisée, rien sur l’expulsion des délinquants étrangers, la justice des mineurs, rien sur les rappels à la loi », renchérit Nicolas Dupont-Aignan.

Emmanuel Macron a ainsi refusé de commenter plus avant les décisions de justice rendues dans l’affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon, où seuls cinq prévenus sur treize ont été condamnés, ou dans l’affaire du meurtre de Sarah Halimi, dont l’assassin a échappé à son procès. Même si le chef de l’Etat a dit souhaiter un changement de la loi pour que l’abolition du discernement causé par une prise de stupéfiants n’exonère pas de sa responsabilité pénale, comme dans l’affaire Sarah Halimi.

Une réforme pénale que devra mener le Garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti. Un ministre qu’Emmanuel Macron a encensé dans le Figaro: « Depuis son arrivée à la Chancellerie, le Garde des Sceaux fait une démonstration de pragmatisme, de lucidité et de partenariat avec le ministère de l’Intérieur. » Oubliant les querelles sémantiques entre le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti sur l’ensauvagement en septembre dernier. « On parle d’un Garde des Sceaux qui joue au baby-foot avec des mineurs délinquants et qui s’est fait applaudir par des prisonniers à Fresnes », rappelle Gilbert Collard.

Macron accusé de faiblesse face à l’Algérie

Toujours dans Le Figaro, Emmanuel Macron a évoqué la relation franco-algérienne alors que le voyage du Premier ministre Jean Castex à Alger a été annulé et que les attaques contre la France se multiplient de l’autre côté de la Méditerranée. Le Président, qui veut réconcilier les mémoires entre Français et Algériens, s’est contenté de qualifier d’« inacceptable » la déclaration du ministre algérien du Travail, pour qui la France est « l’ennemi traditionnel et éternel », et d’assurer que la volonté de réconciliation était « très largement partagée, notamment par le président Tebboune » en Algérie.

Ce qui fait dire à  Gilbert Collard que « Macron s’agenouille devant l’Algérie », quand Damien Abad aimerait voir « un discours plus offensif sur l’Algérie ». « C’est à tomber par terre d’angélisme », conclut Nicolas Dupont-Aignan.

Le Président a également dû s’expliquer sur ses récentes prises de position sur le « privilège blanc », dont il avait déjà reconnu l’existence à demi-mot dansL’Express en décembre. Il a cette fois assuré vouloir déconstruire ce concept, avant d’affirmer qu’avec « son visage et son prénom, il a plus de chance de réussir qu’un Nordine de Seine Saint-Denis ». « Une déclaration à l’emporte-pièce qui conduit à l’américanisation de notre société, à la hausse des tensions », réagit Damien Abad. Mais surtout une curieuse manière de déconstruire les partisans du « privilège blanc ».

Visiblement séduit par le concept de déconstruction, Macron a même déclaré à la chaîne américaine CBS, dimanche : « D’une certaine manière, nous devons déconstruire notre propre histoire. » Des propos qu’il a liés au passé colonial de la France et que ne renieraient pas les militants décoloniaux. « Il est dans la repentance, contrairement à ce qu’il dit », assure Abad.

« Il fait du racolage électoral et mange à tous les râteliers », ajoute Gilbert Collard, qui résume ici la pensée à droite.

De l’autre côté de l’échiquier politique, c’est en  un autre son de cloche qui se fait entendre. « C’est un début de campagne à droite toute ! », a notamment jugé le député ex-LREM Aurélien Taché dans un tweet, tandis que le journal de gauche Libération a vu dans l’interview d’Emmanuel Macron au Figaro le lancement d’une « précampagne à droite toute».

Emmanuel Macron a beau avoir assuré dans cet entretien qu’il serait président de la République « jusqu’au dernier quart d’heure » de son mandat, toutes les oppositions à sa politique s’accordent, un an avant l’élection présidentielle, à dire qu’il commence à porter une double casquette.

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