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Ecole: encore un sujet tabou ?????

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Les zélateurs d’Erdoğan contestent, en France, l’enseignement du génocide arménien

Philippe Kerlouan 21 avril 2021  BOULEVARD VOLTAIRE

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Ce n’est pas nouveau, mais ça empire : dans des collèges fréquentés par des élèves d’origine turque, l’enseignement du génocide arménien ne peut être évoqué sans susciter de vives contestations, encouragées par des associations franco-turques. C’est ce que nous révèle un article du JDD. Erdoğan voudrait-il imposer sa loi jusque dans les écoles françaises ?

Qu’Ankara refuse de reconnaître l’extermination planifiée des Arméniens, commise par l’Empire ottoman en 1915, n’est pas une surprise. Le discours nationaliste du président turc, propagé dans les communautés immigrées en Europe, ne se veut pas apaisant.

Le JDD cite l’exemple d’un père qui téléphone à la principale d’un collège pour l’intimider, l’accusant « d’exciter tout le quartier depuis quinze jours avec ce soi-disant génocide ». Au cas où elle n’aurait pas compris, il l’avertit : « Sachez que ça suffit ! »

Le journal ne précise pas la réaction du chef d’établissement, mais que faire d’autre que de tenter d’apaiser cet homme en colère pour désamorcer une contestation encore plus violente ? Un jeune professeur d’histoire confie qu’il prend des précautions quand il doit aborder ce sujet, car il le sait explosif. Pour éviter le pire, on est donc contraint d’édulcorer certains épisodes de l’Histoire, qu’une partie des élèves et de leurs familles ne veulent pas entendre.

Si vous préconisiez quelque mesure ferme pour remettre à leur place ces parents et ces élèves, voire des sanctions judiciaires dans les cas les plus graves, vous seriez traités de boute-feux et d’irresponsables. On pratique, plus communément, le « pas de vague » par crainte d’envenimer la situation et de déclencher une tempête. Tout au plus recommandera-t-on au professeur contesté de suivre un séminaire pour apprendre à enseigner les questions sensibles.

Si l’on s’avise de résister aux intimidations, aucune garantie d’être soutenu par sa hiérarchie, et encore moins au sommet de l’État. Quand Macron qualifie la colonisation de « crime contre l’humanité » ou qu’il affirme, sur une chaîne américaine, qu’il faut « déconstruire notre Histoire », on comprend qu’il s’est approprié l’Histoire et l’accommode à sa sauce, composée d’un mélange de préjugés et d’intérêts personnels. Que peut-on attendre d’un homme qui a montré, en de multiples occasions, qu’il se soucie plus de l’Europe, du monde et de lui-même que de son propre pays ?

Beaucoup de professeurs témoignent qu’ils ont des difficultés à aborder des sujets sensibles. Mais d’autres modes de pression portent atteinte à la liberté d’enseigner, notamment les pressions idéologiques. Les historiens, les manuels scolaires, les programmes – ne parlons pas des médias – font-ils preuve d’une entière objectivité ? Qui souhaiterait que Benjamin Stora inspirât un cours sur la guerre d’Algérie ? La pensée unique s’est si répandue, elle s’est tellement insinuée dans les esprits qu’elle est devenue naturelle et normative.

Peu d’enseignants s’aventurent à nuancer leurs cours sur la monarchie, la Révolution française, le maréchal Pétain et le général de Gaulle, la colonisation, l’indépendance de l’Algérie, la politique migratoire de la France et des pays européens… Il faut être d’une grande résistance intellectuelle et culturelle pour échapper au moule de la bien-pensance et avoir une approche lucide et mesurée de l’Histoire.

Le comble, c’est que nos gouvernants semblent plus indulgents face aux contestations venues des familles d’origine immigrée qu’elles ne le seraient à l’égard de professeurs qui auraient l’ambition de rechercher et faire connaître, au-delà des lieux communs, la vérité historique.

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Article du JDD:

Génocide arménien : de plus en plus, les professeurs doivent faire face au négationnisme

 08h00 , le 20 avril 2021

  • Par
  • Laure Marchand

ABONNÉS 

Encouragées par des associations franco-turques, les contestations des élèves et de leurs parents du génocide arménien sont de plus en plus fréquentes, pendant les cours et en dehors. Des enseignants témoignent de leurs difficultés et de leur malaise.

Des professeurs témoignent d'une contestation croissante du génocide arménien. Photo d'illustration.
Des professeurs témoignent d’une contestation croissante du génocide arménien. Photo d’illustration.(AFP)

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« C’est une blague en salle des profs en début d’année : ‘Tu tiens bien ta classe? Eh bien, dans quelques jours c’est fini' », raconte Alexandre Mimouni, en poste dans un collège strasbourgeois. Peu après la rentrée, la Première Guerre mondiale est traitée en cours d’histoire en classe de troisième. L’extermination planifiée des Arméniens, commise par l’Empire ottoman en 1915, fait partie du programme et est fréquemment niée par des élèves d’origine turque et leurs parents. Plus d’un siècle après les faits, Ankara refuse toujours de reconnaître ce génocide. Cette remise en question en milieu scolaire s’inscrit dans un discours nationaliste turc qui inquiète les professeurs.

« Une montée en puissance de la négation »

Enseignant d’histoire-géo depuis vingt-trois ans, Alexandre Mimouni est habitué au déni de certains élèves et prépare avec soin le sujet afin de désamorcer les réactions possibles. Ce qui n’a pas empêché, un jour, un père de téléphoner à la cheffe d’établissement pour l’accuser « d’exciter tout le quartier depuis quinze jours avec ce soi-disant génocide » et la prévenir : « Sachez que ça suffit. » Depuis quelques années, il remarque « une montée en puissance de la négation, beaucoup plus virulente ».

Les professeurs qui font part de difficultés de façon informelle […] sont plus nombreux qu’avant

Le phénomène est difficile à quantifier. « Il s’agit d’une question considérée comme sensible, dépendante de l’état des relations entre la France et la Turquie », précise Jérôme Grondeux, doyen des inspecteurs généraux d’histoire-géographie. « On est passé de presque aucun signalement il y a une dizaine d’années à quelques demandes d’intervention chaque année, expose Christophe Marchand, responsable de l’équipe académique valeurs de la République (EAVR) en Alsace. Les professeurs qui font part de difficultés de façon informelle et disent redouter cette partie du programme sont plus nombreux qu’avant. »

Un négationnisme encouragé par des institutions franco-turques

Au Mémorial de la Shoah, Alban Perrin, responsable des formations des professeurs sur l’histoire des génocides, constate « des difficultés sur l’ensemble du territoire : quand on leur demande s’ils ont déjà fait face à des contestations d’un génocide, c’est celui des Arméniens qui vient en premier, alors que celui direct de la Shoah est rarissime ». Les contestations surviennent le plus souvent lorsque le génocide est abordé dans les programmes, en troisième et en première. Ou le 24 avril, journée nationale de commémoration du génocide arménien depuis deux ans.

Le négationnisme va d’une simple remarque – « c’est pas vrai » ou « les Arméniens l’ont bien cherché » – à des refus revendiqués, comme des mots dans les carnets de correspondance de parents qui ne veulent pas que leur enfant assiste au cours ou fasse un devoir… Un des élèves de Nathalie*, prof en collège, lui a apporté « une liasse de documents démontant point par point les sources utilisées dans les manuels ». « J’ai compris, dit Nathalie, que les élèves étaient préparés en amont. »

De fait, ces initiatives sont encouragées par des institutions et associations franco-turques. Cojep International, relais de Recep Tayyip Erdogan auprès de la diaspora et des institutions européennes, a ainsi édité un livret afin d' »aider [les] jeunes d’origine turque à exprimer leurs idées sur le sujet des événements de 1915, lorsqu’ils rencontrent des problèmes au cours d’une déclaration ou d’un cours d’histoire à l’école ». Le site du ministère des Affaires étrangères de Turquie présente un dossier « historique » reprenant les arguments négationnistes.

Lire aussi – En France, la diaspora turque reste sous l’influence d’Erdogan

Souvent de pair avec un nationalisme exacerbé

Chez les élèves, le refus de la réalité va fréquemment de pair avec un nationalisme exacerbé. Frédéric, professeur dans un lycée sans histoires des Yvelines, a vu surgir le négationnisme pendant un cours sur l’Etat de droit en enseignement moral et civique dans une classe de seconde. Il s’accompagnait de la négation de l’existence des Kurdes et d’une promotion violente du régime de Recep Tayyip Erdogan. « Ce qui m’a le plus interpellé a été de voir à quel point le catéchisme nationaliste turc était intégré par ces élèves, confie-t-il. En tirant sur le fil, les éléments de propagande venaient les uns après les autres. Un délire identitaire et paranoïaque. Cette question du génocide arménien est parfaitement intégrée dans la défense du pouvoir actuel turc. »

En allant au rendez-vous, j’ai eu peur. […] Est-ce que ce jeune homme allait traduire en acte ses idées?

La situation s’est envenimée avec un des élèves. La mère s’en est mêlée avec un message sur le logiciel de vie scolaire Pronote : « Comment pouvez-vous enseigner des choses pareilles à nos enfants? » La proviseure les a convoqués. « En allant au rendez-vous, j’ai eu peur, je ne savais pas sur qui j’allais tomber. Et si cette femme venait avec une fiole d’acide? Est-ce que ce jeune homme allait traduire en acte ses idées? » L’entretien s’est finalement déroulé sans encombre.

Lorsqu’ils ne parviennent pas à ébranler cette idéologie, des professeurs ressentent un malaise. « La dernière fois que ça m’est arrivé, c’était après l’assassinat de Samuel Paty, raconte Stéphanie, qui enseigne dans un collège de Mulhouse. Mon père m’a dit : ‘Fais gaffe quand même à ce que tu dis, je n’ai pas envie de venir te récupérer en deux morceaux.' »

* Les professeurs cités avec un prénom ont été anonymisés.

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