MEMORABILIA

Étienne Gernelle – Le « monde d’après » ne sera pas celui de Nicolas Hulot

Il y a un an, le nouveau Mandela autoproclamé nous assénait que « le temps est venu de ralentir ». Aujourd’hui, ne serait-il pas temps, plutôt, d’accélérer ?

par Étienne Gernelle. Publié le 22/04/2021 LE POINT

Il est des blagues qui, comme le vin, deviennent encore meilleures avec le temps. Ainsi souvenons-nous de l’an dernier, du premier confinement, et de cette marée de fadaises qui, sous le label « monde d’après », nous vantaient une philosophie de la tête dans les pâquerettes, faite de décroissance, de télétravail combiné à un « quoi qu’il en coûte » éternel, c’est-à-dire à une forme de téléchômage bucolique et définitif.

Dans le genre, le meilleur fut sans conteste notre cher Nicolas Hulot, qui publia dans Le Monde un admirable manifeste dont chaque ligne commençait par « Le temps est venu », formule empruntée à Nelson Mandela, ce qui en dit long sur l’idée que l’auteur se fait de lui-même. On pouvait y lire, notamment : « Le temps est venu de faire naître des désirs simples. » On se surprenait à fredonner la chanson de Téléphone à la lecture de celui-ci : « Le temps est venu de croire qu’un autre monde est possible. » Surtout, et c’est peut-être là le problème, le nouveau Mandela autoproclamé nous assénait que « le temps est venu de ralentir ».

Pencher à l’est. Il faut être riche comme Nicolas Hulot pour mépriser les envies de consommation des autres, et accueillir avec sérénité l’idée de la décroissance. Ralentir, disait-il… Pendant ce temps-là, d’autres étaient en train de courir. Ainsi la Chine, dont le PIB par habitant demeure le quart de celui de la France – ce qui explique aussi son appétit -, est repartie à toute allure. Elle a affiché une croissance de plus de 18,3 % au premier trimestre 2021.

Certes, ce chiffre extravagant est dû en bonne partie au fait qu’il se rapporte à la récession de la même période de l’an dernier, pic de l’épidémie en Chine. Il confirme toutefois que le nouveau leader mondial est revenu sur ses rails. Et que la planète n’a pas fini de pencher à l’est. La quasi-totalité des pays qui ont réussi à appliquer la stratégie « zéro Covid » se trouvant en Asie, on peut en déduire que oui, « un autre monde est possible », mais il ne sera pas forcément de ce côté-ci de la Terre.

La bascule avait, il est vrai, commencé il y a longtemps. Obama et Trump partageaient la même analyse sur ce point, et Biden ne devrait pas changer de cap. Le « monde d’après » n’a cependant pas commencé qu’en Asie, puisque certains pays, comme les États-Unis, plus avancés que nous dans la vaccination, repartent déjà. Et l’Europe ? Un retard ne fait pas forcément le déclin, mais il serait peut-être temps d’arrêter de « ralentir ».

Énergie propre. Les « pâquerettistes » comme Nicolas Hulot – aujourd’hui débordé par les nouveaux maires EELV – ont toutefois raison sur un point : le problème du climat est plus qu’urgent. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à le penser. Sauf que, là encore, ils ont un train de retard : la réalité est que l’on ne peut plus être sérieusement écologiste sans être favorable au nucléaire. Bill Gates, qui n’est pas moins écolo que les autres, estime qu’il est indispensable à moyen terme, de même que Reed Hastings, le patron de Netflix, soucieux des émissions de CO2 liées à l’utilisation de sa plateforme. Gina McCarthy, la conseillère de Joe Biden pour le climat, souhaite de son côté que le nucléaire se voie attribuer le label « énergie propre », ce qui le favoriserait dans le plan de relance américain.

Chez nous, le haut-commissariat au Plan a récemment préconisé d’investir à nouveau dans ce domaine, et Emmanuel Macron s’y est déclaré favorable. Sans pour autant acter quoi que ce soit ni revenir sur l’absurde et antiécologique objectif des « 50 % » de part du nucléaire dans la production d’électricité. Dommage, il s’agit là d’un domaine d’excellence française, et ce sont pour l’instant les Chinois qui construisent des réacteurs à tour de bras, devenant ainsi la nouvelle référence mondiale en la matière. Qu’attend-on ?

« Une seule chose importe : apprendre à être perdants », disait Cioran, le pape du pessimisme réfugié – mauvais augure ? – en France. Le pâquerettisme est, de ce point de vue, une excellente manière de se préparer§

P.-S. : spectaculaire hausse de l’audience du « Point ». La dernière étude OneNext Global 2021 V2 publiée par l’ACPM (qui certifie les données agrégées d’audience et de diffusion de la presse) révèle une remarquable progression du Point, papier et numérique confondus, avec 14,49 millions de lecteurs par mois. Ce chiffre est en augmentation de 24,3 % depuis la précédente mesure. Merci de votre confiance !

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