MEMORABILIA

Attaque de Viry-Châtillon : quatre ans après, que sont devenus les quatre policiers rescapés ?

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Victimes d’une attaque particulièrement sauvage le 8 octobre 2016, Vincent R., Jenny D., Sébastien P. et Virginie G. ont échappé à une mort ignoble. Mutilés et blessés, ils tentent depuis de se reconstruire et de surmonter ce traumatisme, loin de l’agitation médiatique. 

Par  Amaury Bucco. Publié le 23 avril 2021

Vincent, policier gravement brûlé par le 8 octobre 2016 à Viry-Châtillon. (Police Nationale).

Mercredi 8 octobre 2016, à Viry-Châtillon, aux alentours de 15h, la vie de ces quatre agents de police de la Direction centrale de la Sécurité publique (DDSP) de l’Essonne a basculé. Chargés de surveiller une caméra de surveillance plusieurs fois ciblée par des délinquants et voyous du quartier pour son positionnement stratégique, ces quatre policiers stationnaient dans deux voitures différentes. Une quinzaine de jeunes gens, issus de la même bande, se sont rués sur ces deux équipages munis de cocktails Molotov et de pierres, bien décidés à mettre le feu à l’intérieur des véhicules, tout en empêchant les policiers d’en sortir, afin de les brûler vifs. Les quatre agents rescapés tentent aujourd’hui, non sans peine, de surmonter l’horreur de ce traumatisme. Mais que sont-ils devenus ?

Vincent R., le grand brûlé

Vincent R. est âgé de 28 ans au moment des faits. Entré dans la police en septembre 2015, il entame en octobre 2016 sa deuxième année de service en tant qu’adjoint de sécurité (ADS), c’est-à-dire policier contractuel, le grade le plus bas. Ce jour-là, il est donc le plus jeune et le moins gradé des quatre policiers présents. Il est aussi celui qui est le plus gravement blessé dans l’attaque.

Brûlé sur près de 30% de la surface de son corps (visage, mains, jambes) par les cocktails Molotov jetés par les assaillants, il est immédiatement conduit à l’hôpital où il est plongé dans un coma artificiel afin d’apaiser ses douleurs. Il ne ressortira du coma que 13 jours après l’attaque, le mercredi 19 octobre, pour entamer un long calvaire médical. « Son état est sérieux, il est pris en charge de façon absolument remarquable par les personnels hospitaliers […], je suis convaincu qu’il se remettra », avait déclaré peu de jours après le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, qui avait rendu une brève visite aux policiers blessés. Mais aujourd’hui encore, près de cinq ans après, Vincent doit subir de nombreuses et lourdes opérations chirurgicales, raison pour laquelle il n’a pu être présent lors du verdict en appel le 18 avril dernier, ayant été hospitalisé quelques jours plus tôt.

Promu gardien de la paix titulaire depuis, Vincent n’a pas pu reprendre son activité professionnelle, ni même une existence normale, sa vie étant rythmée par les différentes séances de soin (massages, kinésithérapie, rééducation) et les hospitalisations. Selon des collègues proches, il ne lui est pas encore possible de se servir correctement d’une arme de service, n’ayant pas retrouvé l’usage total de ses mains « palmées » par les brûlures.

Quant à son visage, qu’il dissimule le plus souvent sous une casquette, comme lors du procès en première instance, il ne retrouvera jamais sa forme initiale. « Il a un visage encore très atteint. On est en train de travailler à la réhabilitation de son visage, à l’aide de derme artificiel et de greffes », expliquait en 2017 à BFMTV le chef du service de chirurgie réparatrice de l’hôpital Saint-Louis, Maurice Mimoun.

Le même médecin précisait, pour souligner la souffrance psychologique de son patient, que « là, il ne peut absolument pas se promener dans la rue sans être remarqué », ce qui serait toujours le cas aujourd’hui, selon ses proches. Des séquelles irrémédiables, donc, qui font dire à un de ses collègues, révoltés par la sentence de l’appel, que « lui a pris la perpétuité, contrairement à ses agresseurs ».

Des quatre policiers, Vincent est le seul à être resté en région parisienne, ce qui lui a permis de garder contact avec ses collègues de l’Essonne. En octobre 2018, exactement deux ans après les faits, il s’était exprimé via le compte Twitter de la police nationale de l’Essonne en ces termes : « Je suis Vincent, l’un des policiers blessés lors de l’attaque au cocktail Molotov à Viry-Châtillon, le 8 octobre 2016. Je vais bien, même si le chemin est encore long. Merci à toutes les personnes, collègues, anonymes… qui m’ont soutenu. » Plusieurs clichés accompagnaient ce message, où son visage était chaque fois dissimulé. En 2018, toujours, l’ex-préfète de l’Essonne, Josiane Chevalier, lui avait rendu hommage dans son discours de départ : « Je n’oublie pas l’attaque odieuse de nos policiers en octobre 2016 ; je n’oublie pas le courage de Vincent R. dans l’épreuve ; je n’oublie pas la fraternité que de nombreux essonniens ont témoigné à nos policiers et à toutes nos forces de l’ordre et de secours.

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Outre son courage, les proches de Vincent le décrivent comme un homme « discret », « pudique », « fort » et « humble », qui aspire à retrouver une vie normale et comptait sur ce procès pour tourner la page. « Mais il est dégoûté par la décision de la cour d’appel », glisse un proche.

Jenny D., la mère de famille

Âgée de 39 ans le 8 octobre 2018, dotée de 20 ans d’ancienneté et tout juste nommée dans l’Essonne, la gardienne de la paix Jenny D. se trouvait dans le même véhicule que son collègue Vincent R. Comme lui, elle est brûlée sur 15% du corps, principalement les mains et le visage, et a subi des jets de pierre après être parvenue à s’extraire du véhicule. « J’ai des enfants, aidez-moi », l’aurait entendu crier l’un de ses agresseurs, au moment où le haut de son corps se transformait en torche. « Elle ne se souvient même pas [de] comment elle est sortie de la voiture […]. Son polo s’est enflammé très rapidement et a pris feu à son visage, en voulant protéger son visage, elle s’est brûlée les mains », précisera son époux sur RTL, quelques jours après, ajoutant sur la même antenne, en 2018, qu’« elle a reçu deux parpaings, un sur la tête, un sur l’arcade sourcilière. Ils essayaient de les assommer pour qu’ils brûlent vivants dans la voiture ». 

Hospitalisée le jour de l’attaque, Jenny ressort le 19 octobre de l’hôpital, le jour où son collègue Vincent sort du coma. Elle décide ensuite de quitter la région parisienne, avec son mari Jérôme et ses trois enfants, pour revenir en Bretagne, d’où elle est originaire et où elle pense pouvoir être protégée, elle et ses proches.Elle apparaît fin octobre, avec des pansements, lors d’un rassemblement devant le commissariat de sa ville, entourée de collègues, de pompiers et d’élus, venus manifester leur indignation face à la violence de l’agression. Promue brigadier de police, elle reprend son travail en avril 2017, tandis que son mari retrouve un poste dans le secteur touristique local. Un an après cette agression, qu’elle juge « inimaginable », elle confie à RTL en 2018 : « Encore aujourd’hui, deux ans après, c’est difficile de parler des faits. Pour moi, il y a trop d’émotion. »  Lors du même entretien, elle ajoute que c’est « l’instinct de survie [qui] nous fait sortir du véhicule », et donc échapper au pire…

La policière et syndicaliste Linda Kebbab, qui fut à ses côtés lors du procès en premier instance, se souvient de sa dignité, « à l’inverse des accusés qui ont ricané et paru satisfaits à l’énoncé de leurs actes ». Jenny, qui a dû avancer ses frais de déplacement et de logement pour se rendre aux procès, était la seule des quatre victimes à être présente lors du verdict rendu en appel le 18 avril dernier. Selon un témoin du procès, ainsi que selon les propos de son mari, elle aurait reconnu certains de ses bourreaux, pourtant acquittés. « Elle a une très bonne mémoire visuelle », confie un proche.

Souffrant toujours d’une infirmité, elle partagerait la déception de son avocat, Me Thibault de Montbrial, quant à la décision pénale prononcée. « Ce sont des faits d’une sauvagerie inouïe, et nous attendons une réponse à la hauteur des faits, expliquait au Parisien l’avocat, en mars dernier, quelques mois avant la conclusion du procès en appel. C’est difficile pour ma cliente de revivre ces événements et un tel procès, mais elle est déterminée et assistera à une partie des audiences ». Après le verdict, ce mardi 20 avril, Jérôme, le mari de Jenny, a confié à France Bleu la profondeur du malaise de sa femme : « Elle na pas pu reprendre le boulot ce lundi matin, elle était trop abattue. Elle est allée voir le médecin. Elle ne dort pas, elle tourne en rond. On savait que ce serait dur, mais on ne pensait pas que ce serait si dur ». Il précise encore, revenant sur l’état de santé de sa femme : « Tout son visage était brûlé, il fallait voir les photos, c’était impressionnant […]. Elle s’est bien remise, on a de la chance, même si on voit encore des séquelles, des tâches de brûlures un peu de partout […]. Pendant le procès, ils remettaient tout en question. C’était presque s’ils ne demandaient pas pourquoi elle était dans la voiture. En gros, ce qui en est ressorti c’est que si elle n’avait pas été là, avec ses collègues, ça ne serait pas arrivé. C’est dur à encaisser. On se dit : tout ça pour rien ! Le procès a duré sept semaines, elle y a été tous les jours, 10 heures par jour. »

Sébastien P. et Virginie G., les dégoûtés

Le jour de l’attaque, le gardien de la paix Sébastien P. se trouve dans un autre véhicule en compagnie du quatrième collègue, Virginie G., elle aussi gardienne de la paix. Contrairement aux deux autres, Sébastien et Virginie parviendront à s’extraire rapidement de leur véhicule et seront ainsi plus légèrement blessés. Âgé de 31 ans, Sébastien se brûle néanmoins les mains en tentant d’aider Vincent à retirer son polo en flamme. Après l’attaque, il a quitté la région parisienne mais conservé son travail au sein de la police. Sa femme, qui l’a suivi, a pu retrouver un travail grâce à l’aide de l’administration.

En jaune, la ligne concernant la décoration de Virginie G., attribuée en août 2017.

Sébastien a été promu brigadier chef, tandis que Virginie, qui a elle aussi demandé sa mutation en province, est devenue brigadier. Le Journal officiel d’août 2017 indique que la policière a également été décorée de la médaille de la sécurité intérieure, à l’échelon or, qui récompense des services particulièrement honorables au profit de la sécurité intérieure de la France et s’inscrivant au-delà du cadre normal de la mission. S’ils ont d’abord assisté aux procès, tous deux ont par la suite décidé de ne plus s’y rendre pour préserver leur équilibre. « Ils ne veulent plus y penser, ils essayent d’oublier et de passer à autre chose. Pour eux, le premier procès a été compliqué. Le deuxième est insupportable », confiait en mars dernier leur avocat, Me Laurent-Franck Liénard, au Parisien, un mois avant le second verdict. Contacté par Valeurs actuelles, celui-ci se refuse à commenter outre-mesure la situation de ses clients, afin de ne pas les « déranger » dans leur retraite.

L’incompréhensible bilan judiciaire

Dans les jours qui ont suivi l’attaque de Viry-Châtillon, François Hollande avait promis de « retrouver les auteurs et les traduire devant la justice pour qu’ils soient condamnés à une peine à la mesure de la gravité de leur acte ».

Près de cinq ans plus tard, et alors que les quatre policiers portent encore des séquelles psychologiques et physiques de l’événement, la promesse faite par le président de la République sonne étrangement faux. Sur les 15 à 20 jeunes gens qui ont pris d’assaut les deux voitures de policiers, treize seulement ont été jugés, et seulement cinq ont été condamnés en appel à des peines allant six à dix-huit ans de réclusion, tandis que les huit autres ont été acquittés. Une dizaine de ces jeunes ayant tenté de tuer des policiers sont donc aujourd’hui totalement libres.

Pire, peu après le verdict en appel, le site Mediapart a dénoncé l’enquête – particulièrement difficile – menée par la police pour présenter les coupables à la justice, estimant que « le scandale n’est pas dans les acquittements prononcés mais dans la façon dont l’enquête a été menée »ce qui ferait de ces jeunes de banlieue des victimes de l’acharnement policier et non pas les bourreaux particulièrement cruels des quatre policiers innocents. 

Le journal en ligne a également donné la parole à l’un des accusés acquittés qui se dit « apeuré par la réaction des policiers » et désire témoigner pour éviter que « d’autres innocents soient condamnés comme je l’ai été ». 

Dans les douze minutes d’entretien, filmé par Mediapart, le dénommé Fouad exprime son ressentiment contre la justice et la police, mais n’a pas un seul mot pour les quatre policiers victimes de cette sauvage tentative de meurtre.

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