MEMORABILIA

«La mutilation génitale n’est plus prêchée en Arabie saoudite, mais aux Pays-Bas, si!»

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ENTRETIEN – Shirin Musa, directrice de l’association Femmes for Freedom, dénonce le «terrorisme intime» fait de mariages forcés, de mutilations génitales, de polygamie et de captivité conjugale qui a émergé au cœur des Pays-Bas, à l’ombre de mosquées islamistes extrémistes.

Par Laure Mandeville. LE FIGARO. 22 Avril 2021

LE FIGARO. – Comment vous êtes-vous engagée dans la bataille de l’émancipation des femmes musulmanes des Pays-Bas?

Shirin MUSA. – Il faut comprendre d’où je viens. Je suis née à Quetta, au Pakistan, en 1976, dans la communauté hazara, groupe chiite très malmené par l’histoire.

Mes ancêtres avaient déjà fui l’Afghanistan, car notre apparence asiatique nous y exposait à des persécutions. Puis, quand la radicalisation islamiste a gagné le Pakistan, après 1970, mon père est parti pour les Pays-Bas. Ma mère l’y a rejoint alors que j’avais 6 mois. Au départ, ils pensaient retourner au pays, mais, quand les choses ont empiré, dans les années 1990, ils ont renoncé à la citoyenneté pakistanaise et embrassé totalement la Hollande. C’était le choix d’une vie simple et stable. Même si j’ai été bizutée à l’école parce que j’étais musulmane, ce qui n’a pas été le cas de mes jeunes sœurs, j’ai eu une enfance heureuse. Avec le temps, les choses se sont améliorées spectaculairement. Nous nous sommes intégrés à la vie hollandaise. Je suis hollandaise! Ma mère dit toujours que les Pays-Bas, c’est le paradis. Même s’il y a toujours des problèmes, je suis d’accord. Je me sens libre, ici. Mais je veux que les femmes musulmanes puissent bénéficier des mêmes droits que les autres citoyens!

Avez-vous le sentiment d’être rattrapée par la question de l’islamisme et du terrorisme?

Je suis de ces nombreux musulmans qui savent ce que c’est que mourir sous les coups des terroristes islamistes. À Quetta, des milliers de personnes ont péri. C’est arrivé à mon cousin de 10 ans, mort en train d’acheter des bonbons lors d’une attaque à la bombe. Un autre cousin, qui servait dans l’armée pakistanaise, a été sauvagement assassiné et mutilé parce qu’il était hazara… Tant de deuils! Aujourd’hui, Quetta est une zone de non-droit, où les gens disparaissent sans traces. Voilà pourquoi les attaques terroristes en Europe me touchent doublement.

Cela vous donne un rôle particulier?

Je considère que nous devons soutenir nos compatriotes européens quand il y a des attaques. Mais, à chaque fois, je me sens paralysée, car j’ai l’impression de ressentir une douleur deux fois plus grande… Deux phénomènes sont à l’œuvre. D’un côté, une émancipation positive, une renaissance des communautés musulmanes, qui se sentent européennes et néerlandaises et souhaitent le meilleur au pays. Et, de l’autre, ce que j’appelle une «émancipation négative» qui verse dans l’extrémisme. Nous avons eu notre lot de personnes parties se battre en Syrie pour Daech! Pour moi, l’un des sujets majeurs, ce sont les financements étrangers, qui empoisonnent nos communautés musulmanes et les radicalisent.

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Les premiers à en souffrir sont les femmes et les enfants. Avant même la question du départ en Syrie, les mosquées prêchent l’enfermement des femmes! Elles proclament que les hommes décident de tout dans la famille, qu’un homme a le droit d’avoir de multiples femmes ou que la mutilation génitale féminine est une bonne chose. J’appelle cet extrémisme le «terrorisme intime». En réalité, une société parallèle s’est développée aux Pays-Bas. C’est cet état de fait que je combats avec mon association Femmes for Freedom.

L’État séculier doit nous protéger des nouvelles réalités qui ont émergé avec les migrationsShirin Musa

Ce «terrorisme intime» est-il le résultat de la grande tolérance que les Pays-Bas ont voulu donner traditionnellement aux différents «piliers» de la société néerlandaise? Ont-ils fini par tolérer l’intolérable?

La liberté de religion est l’un des idéaux fondamentaux des Pays-Bas. Mais la tolérance est devenue excessive. À La Haye se trouve la plus grande mosquée des Pays-Bas, une mosquée salafiste. Une série d’enquêtes a révélé que, dans des brochures éducatives ou des sermons, elle prêchait la polygamie et même le mariage des enfants. Il y a trois ans, on a aussi appris que cette même mosquée enseignait des hadiths recommandant la mutilation génitale des femmes. Mon organisation Femmes for Freedom a donc porté plainte au pénal contre l’imam incriminé et a aussi porté plainte devant le tribunal administratif contre la mairie de La Haye, au motif que la violence contre les femmes était prêchée en ville.

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En droit néerlandais, la mutilation génitale est un crime très grave ; le fait d’inciter à le commettre est également un crime. Nous avons demandé aux autorités municipales de mener une enquête et de fermer la mosquée, car la loi le permet. Mais cela exige aussi un maire qui ait du courage. La municipalité a rejeté notre plainte, au motif qu’il s’agissait là de liberté de religion et de liberté de parole! Nous avons fait appel et avons perdu. Mais nous avons gagné notre procès pénal contre l’imam, qui a été condamné à faire 80 heures de travail d’intérêt public et n’a plus le droit de prêcher la mutilation génitale. Le juge, une femme, a estimé que l’obligation de protéger les femmes musulmanes contre la violence et la discrimination était plus importante, en l’occurrence, que de protéger la liberté de parole du prêcheur. La manière dont elle a formulé son verdict m’a fait pleurer. Nous avons un procès semblable avec une mosquée d’Utrecht. Le plus révoltant est que la mutilation génitale des femmes n’est plus prêchée en Arabie saoudite ou au Koweït, mais qu’elle l’est aux Pays-Bas! C’est ce terreau radical qui mène ensuite à frapper la communauté non musulmane.

Pourquoi les Néerlandais se résignent-ils à cette situation, comme le maire de La Haye?

Selon la police, les autorités municipales craignent de porter atteinte à la cohésion sociale. Les mosquées sont aujourd’hui des poumons sociaux et culturels. À Utrecht, la mosquée en question se bat d’ailleurs au nom de la liberté d’éducation pour justifier son extrémisme. Nous répondons que, selon la Convention européenne des droits de l’homme, il est interdit de détourner la loi pour justifier des violences contre les femmes. Ces procès sont des tests clés. Ils posent la question de l’Europe que nous voulons construire, de l’interprétation de la liberté de religion que nous voulons établir.

L’État séculier doit nous protéger des nouvelles réalités qui ont émergé avec les migrationsShirin Musa

Au nom de l’antiracisme et de la lutte contre l’«islamophobie», on voit émerger un mouvement «woke» puissant en Occident, qui est prêt à accepter les dérives dont vous parlez… Les nouvelles féministes semblent peu soucieuses de l’émancipation des femmes musulmanes. Vous sentez-vous soutenue par la société néerlandaise?

Le racisme existe et doit être combattu. Mais les musulmans ne doivent pas avoir un statut particulier. Ils disposent d’une immense liberté pour établir leurs mosquées et leurs écoles. Or, quand on a des droits, on a aussi des obligations, et notamment celle d’obéir à la loi. Ici, il y a des justiciers sociaux qui se réclament du mouvement «woke» au nom de l’antiracisme, mais j’ai beaucoup de soutiens au Parlement. J’essaie d’éviter les «woke», qui nous accusent d’islamophobie, de contribuer aux stéréotypes négatifs contre les musulmans et affirment que je suis d’extrême droite! Le fait que j’ai écrit une lettre ouverte au président Macron pour lui demander de s’impliquer dans la défense des femmes prisonnières de mariages forcés a été critiqué ici. Mais cela venait du cœur. J’avais jugé que son effort pour s’attaquer au «séparatisme» religieux et culturel était pertinent. Je me dis que ce projet arrive tard, vu les nombreuses attaques dont la France est l’objet. Mais je suis en accord avec les articles de son plan qui visent à combattre le mariage forcé, les certificats de virginité et les financements étrangers.

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