MEMORABILIA

Repentance mémorielle : « Emmanuel Macron est le porte-voix de la déconstruction de l’histoire »

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Maître de conférences en histoire à l’université de Nîmes, spécialiste de la Rome antique et auteur du livre « Napoléon est revenu »,  Éric Teyssier s’inquiète de cette dangereuse mode de la repentance mémorielle et pointe la lâcheté politique qui contribue à la déconstruction de l’histoire de France. Entretien. 

Par  Maxime Coupeau Publié le 22 avril 2021 VALEURS ACTUELLES

La mémoire de Macron est-elle sélective ? Pas en ce qui concerne la repentance mémorielle, ici aux côtés de l’historien Benjamin Stora

Valeurs actuelles. Interrogé par la chaîne américaine CBS, le 18 avril, Emmanuel Macron a déclaré : « Nous devons déconstruire notre propre histoire. » Un Président peut-il dire ça ?

Éric Teyssier. Bien sûr que non.

De quel droit un Président peut-il s’exprimer ainsi ? Il n’a pas été élu pour cela. Son propos sur la déconstruction de l’Histoire, cela revient à dire qu’il souhaite détruire notre histoire. Il sous-entend que notre histoire est fausse et qu’elle est fondée sur des mensonges depuis des siècles. Y a-t-il une vérité historique que seul Emmanuel Macron peut révéler ? C’est ce qu’il dit. Je ne suis pas d’accord avec son propos, l’Histoire ne l’a pas attendu.

A LIRE [Vidéo] “Nous devons déconstruire notre propre histoire” : Macron se lâche à la télévision américaine

En quoi les propos d’Emmanuel Macron sont-ils révélateurs du contexte de repentance qui frappe nos décideurs politiques à propos de notre histoire ?

-Ce n’est pas la première fois qu’il tient de tels propos. C’est un problème. Personne n’oublie ses déclarations concernant l’absence de culture française, sur la colonisation ou encore sa provocation avec les Gaulois réfractaires. Ce n’est pas la première fois qu’il insulte notre histoire et le peuple français. Les propos du Président sont révélateurs de cette culture de la repentance tous azimuts. Et donc malheureusement, il s’en fait le principal porte-voix.

L’Histoire de France est-elle devenue ringarde ?

-Je ne vois pas en quoi l’Histoire de France est ringarde. Au contraire, c’est une histoire magnifique. Ce n’est pas uniquement les Français qui en sont fiers. Beaucoup de pays dans le monde aiment notre histoire. Pour prendre l’exemple de l’épopée napoléonienne, les Russes, les Anglais, les Tchèques sont admirateurs de cette histoire. L’histoire qui s’attire la couverture, c’est beaucoup l’histoire sociale. Mais tout ce qui relève de ce qu’on appelle le « roman national », aujourd’hui, ne doit plus être enseigné et ne doit surtout pas être mis en valeur. Cela me désole. L’Histoire de France est un élément d’unification. C’est une histoire de transmission. La IIIe République a été le principal vecteur de cette Histoire de France qui devait rassembler les Français autour d’elle. Cette œuvre-là a marché, dans un contexte de division politique et de classes sociales différentes. L’Histoire de France n’est pas ringarde, elle est moderne et porteuse de nos valeurs.

Les propos du président sont révélateurs de cette culture de la repentance tous azimuts.

Comment expliquer cette repentance mémorielle ?


-L’influence de la culture américaine est un facteur de cette repentance. Mais, rappelons que cette même culture américaine n’a pas toujours été un modèle de repentance. Il n’y a qu’à voir les films hollywoodiens, où ce sont toujours les États-Unis qui sauve le monde à la fin. Les choses ont évolué pour des raisons qui sont propres à la

société américaine. Et donc, certains voudraient appliquer ce schéma à l’identique en France. Je ne vois pas pourquoi. L’Histoire de France, ce n’est pas l’histoire de l’Amérique. Ce sont deux sociétés fondamentalement différentes. L’autre élément, c’est la culpabilité entretenue par rapport à la période coloniale. Nous arrivons maintenant 60 ans après la décolonisation. Certains de ces États ont vécu plus en période post-coloniale. À moins de dire que les Français sont coupables pour l’éternité, de génération en génération, je ne vois pas pourquoi il faudrait subir cela ad vitam aeternam. Ce phénomène politique est devenu une mode.

En quoi la déconstruction de l’histoire aux États-Unis est une menace pour notre propre histoire ?

-Certains historiens parlent de moins en moins d’histoire. Ils sont devenus des militants politiques. D’autres encore se proclament historiens pour faire de l’idéologie. Ces personnes ne veulent pas débattre. Ils nous présentent une certaine façon de voir l’Histoire. Ils tiennent un discours dangereux, car ils nous obligent à avoir honte de notre histoire. C’est aberrant. Je fais de la reconstitution historique et j’ai participé à la commémoration de la bataille d’Austerlitz, il fallait voir les Tchèques, les Autrichiens ou les Allemands, en uniforme français et chanter la Marseillaise. Cette obligation de la repentance mémorielle est préoccupante. La mémoire ce n’est pas l’histoire. La mémoire est sélective. La mémoire ne prend pas en compte les différents partis. La mémoire c’est un point de vue. L’historien n’est pas un juge. L’historien est un enquêteur. L’histoire doit permettre la compréhension de contexte.

Mais, à partir du moment où on commence à parler de repentance mémorielle, ça veut dire qu’une mémoire va l’emporter sur l’autre. Je peux vous prendre en exemple, la mémoire des Algériens dans la guerre d’Indépendance, mais les pieds-noirs aussi en ont une.

Un historien qui me parle de repentance mémorielle n’est pas un historien. On ne fait pas le même métier.

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