MEMORABILIA

Nicolas Bouzou: Faut-il protéger la santé ou la liberté ? Quand mes amis libéraux se plantent…

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Certains libéraux critiquent les mesures de restriction en les assimilant à des dispositions empruntes de morale hygiéniste. Cette critique est à côté du sujet.

Economiste et essayiste, Nicolas Bouzou est fondateur et directeur du cabinet de conseil Asterès.

Economiste et essayiste, Nicolas Bouzou est fondateur et directeur du cabinet de conseil Asterès.

Par Nicolas Bouzou publié le 25/04/2021 L’EXPRESS.

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Lors d’un débat à la radio cette semaine sur le pass sanitaire (que je défends), je posais à mon camarade du jour (en l’occurrence Charles Consigny, en désaccord avec moi sur ce sujet) la question suivante : où les citoyens sont-ils actuellement les plus libres ? Au Brésil, où les mesures de restriction sont absentes ? Ou en Israël ou un tel passe existe ? Selon moi, la réponse ne fait guère de doute, et toutes les acrobaties philosophiques n’arrivent pas à contrecarrer le simple bon sens : on est plus libre à Tel Aviv qu’à Rio. 

Je pensais que les intellectuels de gauche avaient, en France, le monopole de l’erreur. Je suis triste de constater que ma propre famille, les libéraux, parvient ces temps-ci à les concurrencer avec opiniâtreté. A entendre certains, ce serait les médecins qui auraient créé la crise.

On ne compte en effet plus les éditoriaux et autres commentaires qui expliquent que nos démocraties sont devenues « sanitairement correctes », que nous n’en pouvons plus d’entendre les médecins, qu’on ne peut pas sacrifier nos libertés à la santé, et que le virus ne doit pas nous empêcher de vivre.

Ces assertions sont à la mode parce qu’elles sont gentiment démagogiques. Elles correspondent à un discours qu’on a envie d’entendre : on aimerait bien, en effet, que le virus ne nous empêche pas de vivre comme on le voudrait. Mais la réalité est toute autre : les médecins s’éloigneront des plateaux de télévision et nos libertés seront recouvrées, non pas quand nous l’aurons souhaité, mais quand nous nous serons débarrassés d’un virus dont on sous-estime généralement les effets délétères (et pas l’inverse). 

Un virus qui met les pays sans-dessus dessous

La France est loin d’être un pays « sanitairement correct » ou excessivement hygiéniste. C’est même exactement l’inverse. En dehors du premier confinement, notre gouvernement a préféré adopter des « demi-mesures » alors même que la pandémie nous frappe plus que durement. 100 000 de nos concitoyens sont déjà morts. On nous dit : « oui mais souvent à plus de 80 ans » sous-entendu au bout de leur vie. Les philosophes qui répètent cela devraient prendre un cours de statistiques démographiques. L’espérance de vie à 80 ans est en France de 10 ans. Le Covid enlève en moyenne une décennie de joie à de pauvres innocents, sans même parler des Covid-longs qui touchent sans doute plusieurs centaines de milliers de personnes. Dans certains pays d’Amérique latine, la mortalité a doublé en un an ! Ce virus, quand il circule activement, met les pays sans-dessus dessous. 

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Certains de mes amis libéraux critiquent les mesures de restriction en les assimilant à des dispositions empreintes de morale hygiéniste. Cette critique est à côté du sujet. Evidemment, chaque être humain a le droit de se faire du mal. On a le droit de vouloir fumer, boire beaucoup d’alcool, d’être réticent à l’activité physique. A l’extrême, on peut même se suicider.

Mais cela n’a rien à voir avec le sujet de la lutte contre la propagation d’un virus hypercontagieux. En période d’épidémie liée à la diffusion d’un virus respiratoire, porter un masque, ce n’est pas simplement se protéger soi-même. A titre personnel, je n’ai jamais eu peur d’attraper le Covid-19. J’ai décidé de porter un masque, même quand ce n’était pas obligatoire, pour ne pas être un vecteur de transmission et pour ne pas anéantir la liberté des individus que je pourrais contaminer. C’est bien ma philosophie libérale qui m’interdit de transmettre un virus invalidant ou mortel pour certaines personnes quand je dispose d’un moyen bon marché, simple et peu gênant de l’éviter en étant masqué. Il est à cet égard notable que, dans plusieurs pays dont la France, la transmission du virus du Sida en connaissance de cause soit un délit pénal.  C’est le même raisonnement philosophique et juridique qui justifie l’obligation légale de certains vaccins. Il est moins question d’hygiénisme que de comportement social et d’efficacité sanitaire. 

Une autre critique de notre soi-disant hygiénisme excessif souligne que la santé ne saurait être une valeur en soi.

Ce qu’André Comte-Sponville nomme le pan-médicalisme est l’idéologie qui consiste à considérer la santé comme l’aiguillon collectif de la politique, et l’aiguillon individuel de la « vie bonne ». Cet argument de Comte-Sponville est juste en principe. Car, bien évidemment, la santé, ce n’est pas toute la vie et ce n’est pas une valeur. On n’est pas une meilleure personne parce qu’on est en pleine forme. A l’inverse, on peut être courageux, juste, honnête, généreux, alors qu’on est malade.

Mais ce n’est pas parce qu’on brave bêtement la Covid-19 sous des airs machistes qu’on est un héros. Mourir du coronavirus parce qu’on refuse de porter un masque ou de se faire vacciner est juste égoïste, bête et sans intérêt.

Mourir ainsi, c’est se priver, le cas échéant, de vivre pour servir la collectivité, de mourir pour la justice, pour la liberté ou pour sauver un enfant. Être obsédé par sa santé peut être une marque d’égocentrisme. Et jamais la santé doit être vue comme un objectif final. Elle n’est qu’un moyen d’être capacitaire, c’est-à-dire de construire sa vie et d’aider les autres. La politique doit y aider. Pour cela, rien de mieux que de terrasser cette pandémie. 

Nicolas Bouzou

INÉVITABLEMENT DANS UN PAYS AUSSI FRIAND QUE LA FRANCE POUR LES (VAINES) ARGUTIES AU DÉPEND DE L’ACTION ET MÊME DU SIMPLE BON SENS , LE COVID19 EST DEVENU UN SUJET MAJEUR DE DISCORDE ET DE PARALYSIE. UN FAIT A RAPPROCHER DES EMPOIGNADES IDEOLOGIQUES IRRESPONSABLES SUR LA RÉALITÉ DE L’IMMIGRATION ET SES MÉFAITS. CET ARTICLE ME SEMBLE RAMENER LES CHOSES À LEUR JUSTE PROPORTION. Artofus.

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