MEMORABILIA


Malgré sa discrétion, son impopularité persiste

Erwan Seznec – 27 avril 2021TweetezPartagezPartagez0 PARTAGES

2022: une intox nommée Taubira
Christiane Taubira © Hannah Assouline 

L’ex-garde des Sceaux laisse monter les rumeurs méticuleusement orchestrées autour d’une possible candidature à la présidentielle. Pas forcément dans l’espoir de gagner, mais pour chasser au profit du PS sur les terres électorales des Insoumis et des Verts.


23 février 2021, un sondage Odoxa Denstu Consulting désigne Christiane Taubira comme la personnalité préférée des électeurs de gauche, à 51 % d’opinions favorables, en hausse de quatre points en un mois ! Et ce n’est certainement pas fini. Comme l’expliquait Causeur dans son numéro de février, il sera beaucoup question de l’ex-garde des Sceaux en mai, à l’occasion des vingt ans de la loi qui porte son nom et tend à faire de la négation de la traite négrière un crime contre l’humanité. À cette occasion, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FEM), présidée par Jean-Marc Ayrault, entend placer Christiane Taubira sous les feux de la rampe dans la perspective de la présidentielle de 2022. Peut-être pas pour en faire une candidate crédible, mais avec l’espoir raisonnable d’affaiblir des rivaux.

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« La gauche est entrée dans des discussions interminables pour tenter de désigner un candidat de rassemblement, explique un député PS. Les négociations vont durer au moins jusqu’en septembre 2021, puisque c’est la date que EELV a choisie pour organiser sa primaire. Pour améliorer la position du PS, l’idée est de plomber la cote de popularité de Jean-Luc Mélenchon et de la tête de gondole EELV, quand elle aura été désignée. Christiane Taubira est taillée pour le rôle. Elle va rivaliser avec les Verts et les Insoumis dans le registre de la lutte contre le racisme institutionnel et les violences policières. » Dans l’idée de devenir la candidate de la gauche unie ? « Non, Anne Hidalgo est plus crédible. Christiane Taubira est trop clivante pour un second tour. »

« Clivante », le mot poursuit Christiane Taubira. Le sondage Odoxa de février 2021 le confirme. Elle ne passe pas du tout dans l’électorat de droite, avec 11 % seulement d’opinions favorables (contre 38 % pour Jean-Yves Le Drian !). Toutes tendances confondues, elle est rejetée par 38 % des sondés. Seuls Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour et Marine Le Pen font pire (51 %, 50 %, 47 %), mais avec une différence de taille : ils sont omniprésents dans les médias, alors que Christiane Taubira se fait oublier depuis des années ! Malgré sa discrétion, son impopularité persiste.

Pétition décevante

Ce n’est pas faute de soutiens. Depuis des mois, des sympathisants de gauche s’activent pour faire monter le buzz autour de sa candidature. Ils créent des comités de soutien locaux. Ils ont déposé le nom de domaine taubira2022.fr le 26 septembre 2019. Ils se dépensent sans compter sur les réseaux sociaux. Ils activent leurs relais associatifs et mondains. Le 28 décembre dernier, Stéphane Fouéré, référent départemental de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de la Sarthe, expliquait sur une radio locale tout le bien qu’il pensait d’une candidature Taubira. Six semaines plus tôt, le 15 novembre, une lettre ouverte, signée entre autres par Juliette Binoche, appelait la « chère Christiane Taubira » à se présenter à la présidentielle. Dans la foulée, une pétition a été lancée. Mi-mars 2021, elle avait été signée par 29 000 personnes. Correct, sans plus. Jean-Luc Mélenchon a recueilli cinq fois plus de signatures d’investiture populaire dans le même laps de temps.

Convictions à géométrie variable

Est-ce si étonnant ? La compilation des propos peu rassembleurs de Christiane Taubira serait longue. En janvier 2018, elle déclarait dans Libération qu’il était « temps maintenant que les hommes fassent l’expérience de la minorité. Le premier endroit où ils peuvent et doivent le faire, c’est dans l’exercice du pouvoir. » Peut-être serait-il bon de laisser les électeurs en décider ? Encore plus équivoque, cette phrase extraite d’une tribune publiée dans Le Monde du 13 juillet 2020. Christiane Taubira déplorait l’absence de banque du sang dans son département, la Guyane : « Tout le sang vient d’ailleurs, avec son capital génétique », s’indignait-elle. La phrase n’a pas de sens précis, dans la mesure où une transfusion sanguine ne modifie pas les gènes du receveur. Le problème est qu’elle suggère que l’ex-député de Guyane croit à une quelconque génétique du sang guyanais, noir ou indien ! Une maladresse ? Plutôt le signe d’un double standard, par définition incompatible avec un scrutin national. Pour Christiane Taubira, vérité en métropole, mensonge en outre-mer. Autre exemple, sur l’immigration. Sur France Info, en mai 2018, elle fustigeait « l’égoïsme » des Français, qui désapprouvaient l’immigration clandestine en provenance d’Afrique et du Proche-Orient. « Ça dit des choses terribles sur nous », dénonçait-elle, sermonnant au passage ses concitoyens mal-pensants. Même clandestine, l’immigration, « c’est le monde dans lequel nous vivons, c’est l’état de ce monde, nous y avons une part ». En 2007, elle tenait des propos totalement différents, appelant au contraire à un renvoi énergique des clandestins, en tout cas de Guyane. « Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre », déclarait-elle le 20 avril 2007 sur RFI. Florian Philippot, sortez de ce corps.

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Difficile de savoir à quel moment elle parle avec sincérité, dans la mesure où son parcours est jalonné de virages tactiques. Née en 1952, Christiane Taubira a milité comme indépendantiste quelques années seulement, de 1978 à 1981. Élue député non inscrit en 1993, elle a voté l’investiture du gouvernement Balladur, avec comme ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua… Elle a ensuite soutenu le pragmatisme incarné et l’absence revendiquée de programme en politique, en la personne de Bernard Tapie.

Une loi nommée Taubira par hasard

La loi du 21 mai 2001 qui porte son nom n’est pas davantage le fruit de convictions profondes. Initialement, cette proposition tendant « à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » émanait d’élus communistes, Bernard Birsinger, député-maire de Bobigny, et trois députés PCF réunionnais, Huguette Bello, Élie Hoarau et Claude Hoarau. C’est presque par hasard que Christiane Taubira lui a laissé son nom. Lorsqu’elle est devenue ministre de la Justice, le 16 mai 2012, la loi en question venait d’ailleurs d’être réduite à néant par la Cour de cassation. Appelée à se prononcer sur un arrêt de la cour d’appel de Fort-de-France, qui avait admis l’apologie de crime contre l’humanité (pour des propos vraiment odieux), la plus haute juridiction a cassé la condamnation prononcée sur le fondement de la loi Taubira(2). Motif, « une telle disposition législative », à caractère mémoriel, « ne saurait être revêtue de la portée normative attachée à la loi » ! Bref, la loi Taubira est un texte vide de sens, un gadget. Arrivée à la Chancellerie, Christiane Taubira ne s’en est pas émue le moins du monde…

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