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LETTRE DES GÉNÉRAUX : LE GOUVERNEMENT ET LA GAUCHE REJOUENT L’ANTIFASCISME

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Dans une tribune ouverte, des généraux ont interpellé les hommes politiques sur le délitement de notre pays. Depuis qu’elle a été publiquement soutenue par Marine Le Pen, la tribune est utilisée par le gouvernement et la gauche pour faire planer l’ombre d’une supposée menace fasciste. Récit.

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Depuis quelques jours, une tribune publiée par une vingtaine de généraux en retraite – déjà signés par près de 5 500 militaires de tout rang – secoue la sphère médiatique.

Dans ce texte à l’initiative de Jean-Pierre Fabre-Bernadac, ancien capitaine de gendarmerie et responsable du site Place d’Armes, les militaires interpellent les gouvernants français, considérant que leur antique sens de l’honneur les obligeait à prendre publiquement position sur le délitement de « nos valeurs civilisationnelles » : « L’heure est grave, la France est en péril, plusieurs dangers mortels la menacent ».

Tour à tour, ils dénoncent l’islamisme galopant qui annexe de trop nombreux morceaux de notre terre et décapite nos professeurs ; la gauche devenue raciste par antiracisme qui sape les possibilités du bien commun en créant les conditions d’émergence d’une guerre communautaire ; la violence du quotidien, celle des racailles, des manifestants et des antifas qui s’en prennent aux forces de l’ordre.

Leur solution est claire : « Appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà », faute de quoi le pays risque une « explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national ». En conclusion, ils mettent en garde contre les tergiversations : « Demain la guerre civile mettra un terme à ce chaos croissant, et les morts, dont vous porterez la responsabilité, se compteront par milliers ».

Marine Le Pen approuve, les généraux temporisent

D’abord passée sous les radars médiatiques, la tribune a fait scandale après que Marine Le Pen a publiquement soutenu l’initiative, et appelé les généraux à la rejoindre : « Je vous invite à vous joindre à notre action pour prendre part à la bataille qui s’ouvre, qui est une bataille certes politique et pacifique, mais qui est avant tout la bataille de la France ».

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Si leur prise de position était courageuse, les généraux ont paru rétropédaler suite à la position de Marine Le Pen. Dans une réponse, ils concèdent qu’elle « a parfaitement la légitimité d’attirer à elle des généraux. C’est son droit et chacun des militaires qui a signé la lettre aux gouvernants a la possibilité suivant ses convictions de répondre favorablement à sa demande ».

Mais ils s’empressent d’ajouter deux limites. D’abord, qu’« il est pour le moins maladroit d’effectuer une opération de « racolage » pour des objectifs électoraux ». Ensuite, que « le plus grave dans sa lettre, est la méconnaissance totale du monde militaire » car elle aurait réduit le contingent à ces généraux.

Pour beaucoup, cette réponse maladroite aura paru être une semi-génuflexion. Contacté par nos soins, Jean-Pierre Fabre-Bernadac assure pourtant qu’il ne s’agissait pas d’écarter Marine Le Pen en tant que telle, mais plutôt de réaffirmer que leur initiative avait vocation à servir le bien commun, et qu’en cela elle s’adressait à tout le personnel politique français.

De ce point de vue, l’appel partisan de Marine Le Pen a été jugé maladroit par certains des membres du collectif. Objectif pour les généraux désormais : présenter officiellement la lettre à l’Élysée, occasion qui leur permettra de présenter des mesures concrètes dans une conférence de presse.

La gauche rejoue la comédie antifasciste

L’affaire aurait pu en rester là, mais l’opportunité d’instrumentaliser l’affaire était trop belle pour certains. Assez silencieux quelques jours plus tôt pour condamner l’attentat islamiste de Rambouillet, les haut-dignitaires de la gauche se sont levés d’un seul homme pour rejouer la seule partition qu’ils maîtrisent : celle de la menace antifasciste pesant sur la sûreté de l’État. « Stupéfiante déclaration de militaires s’arrogeant le droit d’appeler leur collègue d’active à une intervention contre les islamo-gauchistes. Il est temps de se mobiliser pour défendre les valeurs que ces gens piétinent » a tweeté Jean-Luc Mélenchon, avant d’ajouter : « Sans doute le parquet national va-t-il se saisir de l’appel à la sédition de l’armée ». C’est que le patron de LFI avait tout intérêt à vite trouver un sujet pour faire contre-feu à la polémique sur son tweet à propos de Rambouillet, dans lequel il n’était question ni d’attentat, ni d’islamisme, ni de terrorisme. Depuis, il ne s’arrête plus donc de tweeter sur la lettre des généraux, quitte à sombrer dans le burlesque.

Tous se sont alors mis en branle à sa suite, à commencer par son sbire Éric Coquerel : « Des militaires appellent à une chasse aux sorcières, à une éradication, à défendre des ‘valeurs civilisationnelles’ à rebours de la République, ça finit sur une menace de guerre civile, Le Pen salue ces apprentis factieux et ? Rien. On se réveille ? » Benoit Hamon était encore plus direct : « 60 ans après le début du ‘putsch d’ALGER’, 20 généraux menacent explicitement la République d’un coup d’état militaire. Marine Le Pen les appelle à la rejoindre. » De même, Clémentine Autain : « L’appel de « généraux » dans VA, 60 ans après le putsch défait d’Alger, est d’une gravité absolue. Ses termes résonnent avec le sinistre climat idéologique. Cette opération de l’ultra-droite et le soutien de Le Pen révèlent l’ampleur de la menace fasciste ».

Le lien fait avec le putsch des généraux d’Alger est lui des plus malhonnêtes : si la tribune a effectivement été publiée le 21 avril sur le site de Valeurs Actuelles, elle a été rédigée et publiée dès le 13 avril sur le site de Place Armes

À lire la tribune, pareille menace n’existe évidemment pas. Tous font semblant de croire que « l’intervention de nos camarades d’active » serait de libre initiative et qu’elle viserait à renverser l’exécutif, ce à quoi aucune allusion n’est faite – il serait d’ailleurs inédit d’annoncer publiquement un coup d’État avant d’y procéder. Le lien fait avec le putsch des généraux d’Alger est lui des plus malhonnêtes : si la tribune a effectivement été publiée le 21 avril sur le site de Valeurs Actuelles, elle a été rédigée et publiée dès le 13 avril sur le site de Place Armes. Une grande comédie donc, teintée de mauvaise foi et de mensonges.

Côté médias, outre l’agitation de Laurent Joffrin sur CNews, cela n’a pas empêché Le Monde de brandir le drapeau de la menace extrême-droitière : « Cette initiative de la candidate à la présidentielle écorne d’un même coup sa patiente tentative de dédiabolisation et son ralliement subit au gaullisme. Depuis son accession à la tête du parti en 2011, Mme Le Pen semblait pourtant s’éloigner des fantômes de son père – Jean-Marie Le Pen baignait, lui, dans un milieu de nostalgiques de l’Algérie française et d’anciens membres de l’OAS, de Pierre Sergent à Roger Holeindre. » Peut-être croient-ils que semblable simulacre permettra une re-diabolisation in extremis ?

Quand Agnès Panier-Runacher se prend pour de Gaulle

Du côté de la majorité gouvernementale, la stratégie de communication est semblable. Le ministre des Armées Florence Parly a déploré que « ces généraux […] appellent à une sorte d’insurrection », parlant « d’une insulte à la figure de milliers de militaires ». Elle est pourtant tombée elle-même dans le piège de ses propos. Expliquant dans un premier temps que ces généraux « ne représentent qu’eux-mêmes » du fait qu’ils sont en retraite, elle a ensuite expliqué que ces militaires « ont évidemment le droit d’avoir des opinions, mais il existe un devoir de réserve ».

Or, du fait qu’ils sont en retraite, ces militaires sont déliés de leur devoir de réserve et peuvent, comme tout citoyen, exprimer une opinion.

Florence Parly a annoncé que des sanctions seraient prises contre tout militaire en activité ayant soutenu l’initiative, et des sources au ministère nous disent que des recherches sont vigoureusement menées pour les identifier.

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Le ministre délégué chargé de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher a fait encore plus fort, osant se prendre pour le général de Gaulle en condamnant « cette tribune d’un quarteron de généraux en charentaises qui appellent au soulèvement ». Avant d’ajouter : « C’est une insulte pour l’armée et les valeurs qu’elle porte. Les masques tombent et le vernis craque : Marine Le Pen c’est l’extrême droite et c’est très exactement le même schéma qu’il y a 60 ans. »

Aurélien Taché a lui joué la vieille partition libérale de la tenaille identitaire, et de la (supposée) semblable dangerosité des extrêmes : « Une vingtaine de généraux et des milliers de militaires signent une tribune où ils défient l’État et reçoivent l’assentiment de Marine Le Pen…terrorisme djihadiste d’une part, ultranationalisme de l’autre, la démocratie française est bel et bien menacée. »

Cette séquence est à l’image de ce qu’est devenue la vie politique, un gigantesque théâtre d’ombres où chacun joue le rôle qui est attendu de lui, sans plus se soucier de dire le vrai. « Nous savons qu’ils mentent, ils savent aussi qu’ils mentent, ils savent que nous savons qu’ils mentent, nous savons aussi qu’ils savent que nous savons qu’ils mentent et pourtant ils persistent à mentir » disait Alexandre Soljenitsyne.

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