MEMORABILIA

“African Pattern”, le mystérieux fonds de dotation d’Audrey Pulvar

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Lancée en 2019 par l’ancienne journaliste, l’obscure association African Pattern ne donnait plus aucun signe de vie six mois plus tard. Ce qui n’a pas empêché la tête de liste socialiste aux régionales de toucher plus de 20 000 euros de rémunération cette année-là. 

Par  Sébastien Lignier Publié le 29 avril 2021 VALEURS ACTUELLES

La journaliste et adjointe à la mairie de Paris Audrey Pulvar lors de la fête de l’Humanité en 2017. Photo ©MICHEL STOUPAK /NURPHOTO VIA AFPPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

« Il se fait déjà tard… Pour aboutir, quoi de mieux que partir d’où tout commença ? African Pattern is for U. For Us. Universal ». Christiane Taubira ne tarissait pas d’éloge sur l’initiative d’Audrey Pulvar. Lancée en février 2019 par l’ex-journaliste devenue adjointe à la maire de Paris, l’ONG African Pattern se présente alors comme un fond de dotation et un « think-and-do-tank » sur ses réseaux sociaux fraîchement créés. Avec un groupe de penseurs et de scientifiques africains, African Pattern déclare alors vouloir « contribuer à la conception et à la promotion d’un modèle de développement économique durable et écologique, à partir d’expériences sociales et solidaires déjà menées en Afrique de l’Ouest, en soutenant des initiatives vertueuses liées à la préservation de la biodiversité et à la lutte contre le réchauffement climatique ». Tout un programme. Sur Twitter, l’ONG annonce aussi qu’un site et une communication complète seront mis en place rapidement.

Un an plus tard, le site Internet d’African Pattern est toujours en construction. Bien loin de la campagne professionnelle annoncée, la page du fond de dotation est désormais illustrée par des photos issues de banques d’images gratuites. Autrefois omniprésent sur les réseaux sociaux, African Pattern n’a plus donné de nouvelles depuis juillet 2019. Audrey Pulvar, elle, continuera pourtant à se présenter comme sa « fondatrice et présidente » jusqu’en juillet 2020, date à laquelle elle devient officiellement adjointe d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris, chargée de l’alimentation durable, de l’agriculture et des circuits courts.

Une tête d’affiche omniprésente

Qu’a t-il bien pu arriver à cette association, qui affichait pourtant de grandes ambitions et des dizaines de soutiens ? Avec Christiane Taubira, on retrouvait également dans son « conseil scientifique » des chercheurs et penseurs africains comme Achille Mbembe, Abdourhamane Seck ou Sophie Swaton. African Pattern ajoutait une phrase de félicitation ou d’encouragement à la suite de chaque soutien. « Il faut bien sûr soutenir ce projet de faire Humanité ensemble sur une terre que nous auront appris à habiter », est-il écrit après l’annonce du soutien de Souleymane Bachir Diagne, philosophe sénégalais. Problème : aucune mention de cette phrase ni d’un quelconque soutien à African Pattern n’est visible parmi les membres de ce conseil scientifique.

Mais alors à quoi sert cette association aux allures de coquille vide ? En 2019, Audrey Pulvar a organisé huit voyages au cours desquels elle a évoqué l’action d’African Pattern, notamment au Burkina Faso où l’ex-journaliste était accompagné par les caméras de la chaîne publique aujourd’hui disparue France O. Ajoutez à cela quelques conférences sur le thème de l’écologie et vous obtenez l’historique complet de l’ONG. Et chaque fois, l’ancienne journaliste est partout. Elle est de tous les déplacements et de toutes les interviews. Tribune dans l’Obs, entretien sur France Inter et dans Libération… Pulvar a passé la première partie de l’année 2019 à faire la promotion de son association dans des médias de gauche amis.

Toujours seule. Car les organisations qui l’invitent ne mentionnent jamais African Pattern. La tête de liste PS en Ile-de-France aux élections régionales n’hésite pas non plus à utiliser les réseaux sociaux d’African Pattern pour parler en son nom. Selon le site société.com, qui recense les informations légales et juridiques de milliers d’entreprises françaises, African Pattern ne compte aucun salarié. En plus d’en être la fondatrice et dirigeante, Audrey Pulvar serait-elle également la community manager de son fond de dotation ?

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Cette omniprésence et le mystère qui entoure ce fond de dotation interrogent. African Pattern n’a jamais justifié la provenance des 15 000 euros nécessaires légalement à la création d’un fond de dotation. Rien n’explique non plus l’organigramme de l’ONG. Même si la loi accorde une grande liberté à un fond d’organisation pour organiser sa gouvernance, il existe deux principales obligations : le créateur du fond doit composer un conseil d’administration de trois membres minimum et un commissaire aux comptes doit être nommé pour une durée de six mois pour tout fond excédant 10 000 euros de capital. Aucun document légal ne permet d’attester de l’existence de ces deux éléments pourtant essentiels à la création d’African Pattern.

23 513 euros de rémunération en 2019

Et les zones d’ombres s’accumulent. Selon une déclaration transmise à la préfecture de Paris, le 9 octobre 2019, soit trois mois après la dernière trace d’activité de l’ONG, African Pattern serait localisée au 21 rue du Faubourg Saint-Antoine dans le 12e arrondissement de Paris. Même s’il existe bien deux entreprises travaillant dans le domaine de la transition écologique – « Biodiversita » et « Transitions » – il n’existe aucune trace d’African Pattern ou d’un quelconque lien de cette dernière avec les deux associations présentes sur place. A la création du fond de dotation, l’adresse enregistrée par la préfecture se trouve alors dans le VIe arrondissement, quartier de résidence d’Audrey Pulvar. Simple coïncidence ?

A défaut d’évoquer les réelles activités de l’ONG, sa dirigeante est en revanche rémunérée pour son travail. Dans sa déclaration d’intérêts de 2019, Audrey Pulvar déclarait 103 200 euros de revenus, dont 23 513 euros en tant que directrice d’African Pattern. Soit une moyenne de 3 359 euros par mois sur la période d’activité du fonds. Une somme conséquente pour une activité qu’il l’est beaucoup moins. A la création d’African Pattern, Audrey Pulvar insistait sur l’ambition de son projet et se donnait un an pour créer une équipe de spécialistes et lancer des premiers financements. « J’aimerais vraiment que ça marche », disait-elle à Paris Match au lancement du projet. Pari perdu.

Contactée à de multiples reprises par Valeurs actuelles pour éclaircir les nombreuses zones d’ombre de son association, Audrey Pulvar n’a pas souhaité répondre à nos questions.

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