MEMORABILIA

Tombeau de Napoléon : un attentat historique et esthétique orchestré à cheval !

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HISTOIRE

OPINION. Le plasticien Pascal Convert a eu l’idée hasardeuse d’installer une reproduction en plastique du squelette du cheval préféré de l’Empereur au-dessus de son tombeau. Un projet qui, selon notre abonné, tient davantage du vandalisme institutionnel que de l’« humanisation » invoquée par l’artiste.

Auteur

Raphaël LAHLOU Historien et géographe. Publié le 29 avril 2021

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« Pauvres cendres de conséquence », nous prévenait déjà Brassens en son temps. Il anticipait le nôtre et ses médiocrités, ses idées laides… Et en voie d’application directe, par prétentions esthétiques et « humanistes » !

Alors qu’on suspend partout en France les expositions du bicentenaire napoléonien et saint-hélénien de 2021, on trouve cependant le moyen de vouloir « plastifier » indignement le tombeau des Invalides, celui de Napoléon, et à la veille du 5 mai. En l’ornant en projet et par « là-dessus », au culot en somme, d’un squelette en plastique de cheval mort. On conjugue allègrement, en se foutant du monde, injure, inculture crasse, hypocrisie humaniste proclamée et mauvais goût. Ce qui fait beaucoup. Beaucoup trop !

Je suis aujourd’hui d’une humeur de mauvais cheval. Je préfère prévenir. Après bien des laideurs d’expositions passées en divers lieux dont Versailles, d’artistes proclamés sinon véritables, après bien des horreurs esthétiques imposées dans des lieux de prestige et d’Histoire fondamentaux, l’on pensait avoir atteint depuis quelques années, quelques mois, les sommets du crétinisme ambiant en France. Restait à prétendre « humaniser » Napoléon, jusqu’au-dessus de son tombeau aux Invalides.

Par quel moyen ? Par une « installation » d’artiste, comme on dit. Par un infect, laid, inepte, stupide et dégradant squelette en plastique de pauvre cadavre équin fort peu équestre (je ne dis pas « en plastic », précisons bien les choses !), placé ou jetable-là, « en hommage » et par souci « de réhumanisation » de la dépouille impériale (et quel jargon, en prime !), donc, en ce lieu.

Décidément, les sinistres personnages qui ont cru bon de placer là ce cheval approximatif et qui se gargarisent d’humanisme sont bêtes à pleurer (pas à hennir : on doit respecter les vrais chevaux, comme il convient de respecter Napoléon, dans sa grandeur vivante, et dans sa mort aujourd’hui insultée officiellement).

Si vraiment, c’est l’hommage officiel et artistique de la France étatique et culturelle à Napoléon, deux siècles après sa mort, on peut regretter au final qu’il n’y ait pas des héritiers aujourd’hui pour orchestrer une forme de vandalisme révolutionnaire, qui serait, pour une fois, de salut et de salubrité politique, historique, humaniste et public pour aboutir à un valable, conséquent, virulent, nécessaire et immédiat « Décrochez-moi ça » !

Il faut croire que les vandales se contentent, aujourd’hui, dans un fouillis d’idées fâcheuses et un mauvais goût pas même pompier de gouverner, ou de prétendre le faire, en imposant une vision ridicule de « l’humanisation » et de leur sens morbide et malsain de célébration de l’Histoire et de la mémoire d’un grand homme.

Agir ainsi envers Napoléon, dans son tombeau et dans ce lieu symbolique, c’est décidément l’insulter, insulter son époque, insulter les hommes de son temps (ennemis ou adversaires compris), plus que ne l’aura jamais fait l’ensemble coalisé de l’Europe, même en y ajoutant contre Napoléon la totalité de la légende noire dressée dès son vivant puis dans sa mort pour continuer à lui faire obstacle et opposition.

Il aura fallu attendre 2021 pour voir cela, ce cadavre d’idée, lequel est aussi insultant pour l’humanité indéniable et bien définie de Napoléon que pour la grâce naturelle et si évidente des vrais chevaux. Deux victimes déjà, donc, ces jours-ci, dans cet attentat planifié et « plastifié » aux Invalides : l’Empereur et les chevaux. Mais aussi, tout bonnement l’Histoire de la France, réduite par les hommes-cercueils du jour (déjà prévus par Balzac dans l’ordre politicien français) à un tombereau d’immondices, à une logique de charnier. Nous sommes loin, très loin, hélas, de Géricault ou de Delacroix, qui eussent été de rigueur… Et plus vivants et respectueux et respectables que les « idées » esthétiques et humanistes du jour, mal pondues et plastifiées dans une basse-cour ministérielle ou dans une fausse bohème d’artistes. Certes pas dans le quartier de la Nouvelle-Athènes.

Au fait… Bravo qui, pour cette idée crasseuse et sadique, pour cette logique chargée d’immondices et rendant le bobo triste en question digne des « rats de Montfaucon » salués par Théophile Gautier ? Quel ministère, quel responsable étatique, à prétention esthétique, mais à réalité sans doute pas clandestine, hélas, mais bien et cruellement, crûment et bassement, sordidement éthylique ? Qui a eu ce monument de snobisme abject en guise d’idée ?

Assez de laideur, de sottise d’État et d’irrespect furieux, assez ! Et préservons le respect dû à Napoléon, aux gracieux chevaux, et à l’Histoire de la pauvre, pauvre France, préservons le tout des idées dues aux caciques mal inspirés et au goût de chiotte et au « moralisme » synchrone et correspondant. Fermons le ban. Ou tirons la chasse !

La France officielle et en marche d’aujourd’hui est, avec ce qu’elle fait à Napoléon, la digne héritière de M. Hollande qui faisait faire à Verdun à des enfants une course joviale et prétendument respectueuse sur les tombes ! On continue donc sans hésitation la danse macabre. C’est funèbre, funeste et trop triste à constater. Comme à exprimer. Voilà tout ! Hélas… On achève en France aussi bien les héros que les chevaux ! C’est écœurant. Rideau ! L’Histoire de France se termine. Sans romantisme. Ni grandeur. Mais pas sans aigreur ni tristesse. Les gouvernants français qui ignorent tout de l’histoire et de la culture de ce pays, nos gouvernants approximatifs et à cervelle de plastique, de 2021, ont l’âme commune, basse et petite.

Ils ne sont pas dignes, par exemple, de Richard III retouché par Shakespeare. Ils renoncent à l’Empire pour un cheval en toc. Comme leurs idées. Et l’application toquée de celles-ci. Nous sommes cernés par de piteux et indignes jockeys. Prenons leur mesure, morale et historique : ils sont moins discrets, moins élégants et moins francs qu’un cheval authentique et vivant, c’est entendu. Mais ils auraient pu faire plus discrets, en choisissant de placer au-dessus du tombeau…mettons : un Schtroumpf. Fabriqué à Waterloo, pour l’exemple, n’est-ce pas ? Et le tout aurait été inauguré par un Schtroumpfissime, pas forcément en plastique ni à cheval, mais tout autant approximatif. Je suis mûr pour un ministère. Celui du mauvais goût et des affaires sordides.

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