MEMORABILIA

Pr Gilles Pialoux : La gestion d’une pandémie n’est pas une partie de dés

Scroll down to content

Un relâchement des restrictions se dessine alors que l’épidémie de covid-19 est encore très active. Une véritable prise de risque pour notre pays, déplore le Pr Pialoux.

"Jamais depuis le début de la crise COVID des mesures de relâchement n'avaient été prises ou annoncées à un tel niveau de circulation du virus", constate le professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris.

« Jamais depuis le début de la crise COVID des mesures de relâchement n’avaient été prises ou annoncées à un tel niveau de circulation du virus », constate le professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon à Paris.

********************

-La réouverture des écoles, puis l’annonce par le Président de la République d’un plan de déconfinement à la mi-mai ont sonné douloureusement aux oreilles des soignants. Certes le taux d’incidence national diminue, et il faut bien à un moment lever les contraintes. Mais au lendemain des annonces, dans les différentes cellules de crises Covid, nulle allusion au dit « plan ». Le temps est à l’immédiateté de la pression et à l’incertitude des jours à venir, dans un contexte de saturation des services, et de haut plateau des contaminations. Jamais, depuis le début de la pandémie, des mesures de relâchement n’avaient été prises ou annoncées à un tel degré de circulation du virus. Très peu de pays se le sont autorisé. Sur le terrain, les mots des cadres médicaux et infirmiers ont une tout autre tonalité que l’optimisme affiché par l’exécutif : « Notre organisation ne tient que par les transferts », « Les équipes sont sur les genoux », « Jusqu’à quand devrons-nous déprogrammer ? »… En quoi les choix politiques actuels constituent-ils une prise de risque, un « pari » pour la France ? Réponse en six points. 

1)L’amélioration constatée reste fragile

Plusieurs modélisations dont celles de Vittoria Colizza (Inserm) font état de la possibilité, parmi d’autres plus optimistes, du maintien de l’occupation des services de réanimation sur un plateau à un haut niveau, d’une lente décrue, puis d’une résurgence. A cela plusieurs raisons. L’anticipation des Français (plus de déplacements et de regroupements, moins de mesures barrières, moins de télétravail, moins de dépistages…) dès l’annonce des prochaines réouvertures, comme cela a été le cas lors de la première et de la seconde vague. Le tracer-isoler abandonné du fait d’un nombre de contaminations trop important. La poussée de nouveaux variants plus transmissibles, voire plus morbides. L’insuffisance de couverture vaccinale qui pénalise l’Europe… 

LIRE AUSSI >> Pr Gilles Pialoux : Covid-19, le divorce entre politiques et scientifiques ?

2) La vaccination ne suffira pas à elle seule à nous sortir de la crise 

Sous la pression du variant anglais, il faudrait que 90% de la population adulte soit immunisée pour imaginer relâcher certaines restrictions. Objectif impensable au pays du vaccino-scepticisme, d’autant que l’engouement vaccinal actuel, freiné par les critiques contre les vaccins adénovirus, pourrait bien lui aussi connaître un plateau.  

3) Le gouvernement n’a pas encore saisi l’occasion de promouvoir une prévention combinée 

Le vaccin ne viendra pas remplacer le masque ni la distanciation physique de sitôt. Les autotests ne seront pas une parade pour les non-vaccinés. Le contrôle aux frontières ne cessera pas dès lors que la moitié de la population sera vaccinée. Le passeport sanitaire ne remplacera pas les gestes barrières. Alors que la crise s’annonce durable, il faudrait soutenir des approches combinées : vaccin + dépistage + tracer/isoler + mesures barrières + traitements + autotests + étude des eaux usées… Il devra en être ainsi, malheureusement, jusqu’à la maîtrise de la circulation virale. 

LIRE AUSSI >> Pr Gilles Pialoux : Les morts, les grands oubliés du covid

4) L’école reste le point faible dans la gestion de la pandémie 

Là où l’Autriche impose l’école en alternance et 1 million d’autotests pour 9 millions d’habitants, la France prévoit de 300 000 à 600 000 de ces tests, qui plus est facultatifs. Les dernières semaines de mai seront cruciales pour évaluer l’impact de la réouverture des établissements avec le protocole actuel. 

5) Des incertitudes demeurent autour du déploiement des autotests 

Le conseil scientifique (avis du 19 avril) y voit le moyen de sécuriser les personnes les plus fragiles face au virus, et de sortir les asymptomatiques des chaînes de transmission. Mais beaucoup de questions restent ouvertes quant à l’appropriation de ces autotests « en vie réelle ». A commencer par le niveau d’approvisionnement, d’acceptabilité, ainsi que le « tracing » pour les cas positifs. 

6) La menace sécuritaire n’est pas prise en compte 

Alors que les hôpitaux sont saturés, que se passerait-il dans l’hypothèse d’attaques similaires à celles de novembre 2015 ? Espérons que cette confrontation de menaces sanitaires et sécuritaires ne se rencontrera que dans le débat électoral.  

***********************

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :