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Renaud Girard: «Biden, une diplomatie pour la classe moyenne»

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CHRONIQUE – Par Renaud Girard. LE FIGARO. 3 mai n2021

Renaud Girard. Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

Dans la lignée de Ronald Reagan, Donald Trump avait choisi comme slogan fétiche «Make America Great Again!» («Rendons sa grandeur à l’Amérique!»). La devise du nouveau président américain, Joe Biden, serait plutôt, en substance, «Make the American Middle Class Happy Again!» («Rendons son bonheur à la classe moyenne américaine»).À découvrir

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Déployer une diplomatie qui satisfasse la classe moyenne américaine est un objectif avoué de l’Administration Biden. Jake Sullivan, le nouveau conseiller à la sécurité nationale, l’a clairement dit.

La perte, au profit de Trump, d’une proportion significative de leur électorat traditionnel des classes moyennes laborieuses a représenté un traumatisme pour les dirigeants centristes du Parti démocrate. Le président Biden veut désormais récupérer entièrement cet électorat d’ici les élections législatives de mi-mandat de novembre 2022.

C’est une diplomatie qui a, au moins, le mérite d’être claire. Elle est moins tonitruante que celle prônée par l’Administration précédente, dont l’apogée fut l’injonction à la Chine d’arrêter de voler la technologie occidentale, lancée à Davos en janvier 2018. Mais, en dehors de ce coup d’arrêt stratégique durable, quels effets concrets sur la scène mondiale a provoqués la diplomatie de Trump? La dénucléarisation de la Corée du Nord n’a pas avancé d’un iota ; l’Iran n’a pas renoncé à son emprise sur l’axe chiite (Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth) ; le plan de Jared Kushner n’a pas résolu le conflit israélo-palestinien ; les escarmouches russo-ukrainiennes n’ont pas cessé dans le Donbass ; Pékin n’a pas abandonné, en mer de Chine du Sud, la militarisation de récifs considérés comme des terrae nullius en droit international ; les Russes et les Chinois n’ont pas mis un terme à leurs attaques cyber contre les infrastructures et les entreprises occidentales ; Maduro règne toujours à Caracas.

Pour atteindre son objectif de défense de la classe moyenne américaine, Biden va poursuivre la politique protectionniste de son prédécesseur. Comme Trump, le président démocrate veut rapatrier les emplois industriels sur le sol des États-Unis. Comme Trump, Biden cherche à contrer l’hégémonisme commercial chinois en Asie et en Europe. Sur la 5G, la partition technologique du monde va se poursuivre. Contre la Chine, l’Amérique dispose déjà du soutien inconditionnel du Japon, acté par le sommet Biden-Suga du vendredi 16 avril 2021. Huawei n’aura pas accès aux marchés des différents alliés de l’Amérique.

Biden sait qu’après quelques jours d’images télévisées de la chute de Kaboul, pénibles pour l’ego américain, les ennuis à long terme seront pour les Européens

Soucieux de combattre pied à pied l’emprise chinoise sur le continent asiatique, Biden veut transformer le G7 (forum économique des démocraties développées, créé par Giscard en novembre 1975, comprenant la France, l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les États-Unis, le Canada et le Japon). Il veut y ajouter l’Inde, l’Australie et la Corée du Sud, pour former un G10, capable de tenir la dragée haute aux Chinois. Trump rêvait d’un G11 qui aurait inclus la Russie ; avec Biden, il n’en est plus question. Le président est résolument pro-Ukraine et il entend critiquer publiquement Poutine pour son mépris des droits de l’homme.

Au prochain sommet de l’Otan, qui aura lieu le 14 juin 2021 à Bruxelles, Joe Biden ne fera pas que demander à ses alliés européens d’augmenter leurs efforts de défense ; il exigera aussi d’eux un alignement sur la politique antichinoise de Washington. Mais il renoncera à toute idée néoconservatrice de guerre préventive humanitaire. En cela, il s’inscrira dans la stricte continuation de Trump.

L’Amérique risque d’essuyer de cinglantes critiques de la part de ses alliés occidentaux, à commencer par les Britanniques, pour son abandon militaire prématuré de l’Afghanistan. Il paraît en effet certain que les talibans parviendront à s’emparer du pouvoir à brève échéance. Après avoir dépensé près de 1500 milliards de dollars en Afghanistan pendant vingt ans, après y avoir envoyé des contingents militaires non négligeables, les pays de l’Otan n’envisagent pas de gaieté de cœur le retour à un pays qui servira de sanctuaire aux djihadistes du monde entier, tout en restant le centre numéro un de la production d’héroïne. Mais Biden sait qu’après quelques jours d’images télévisées de la chute de Kaboul, pénibles pour l’ego américain, les ennuis à long terme seront pour les Européens. En effet, les réfugiés fuyant la répression talibane chercheront en priorité à rejoindre l’Europe occidentale, par la route déjà éprouvée Iran-Turquie-Balkans.

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Beaucoup de protectionnisme, un peu de droits-de-l’hommisme, et pas d’aventurisme militaire, voilà une politique étrangère qui devrait satisfaire la classe moyenne américaine.

Mais sera-ce une grande diplomatie? Dans l’histoire, ce fut rarement le cas de celles qui n’obéirent qu’à des considérations de politique intérieure.

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