MEMORABILIA

Emmanuel Macron : la trahison de Narcisse

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FRONT POPULAIRE. 4 mai 2021

OPINION. Méprisant, intéressé et présomptueux… Notre abonné dresse le portrait d’un président déraciné, éloigné des considérations du peuple et du pays qu’il gouverne.

Emmanuel Macron : la trahison de Narcisse

Auteur

Charles-Christian BOUVIER

-Il est jeune, brillant, intrépide et conquérant. Il aime la finance, mais elle est obscure, sa lumière tamisée et sa gloire discrète. Alors, il s’en sépare, mais ne divorce pas. À la banque, qui lui fait de l’ombre et se méfie de lui, il préfère le tourbillon des images, le spectacle de la politique et les ors de la république. La voie royale.

Politiquement, il est socialiste, mais il n’est pas socialiste. Il est l’homme d’un seul parti, le sien, et d’une seule pensée, la pensée unique. Il respecte l’état de droit et s’appuie sur la loi jusqu’à ce qu’elle cède ; il est républicain parce que tous les hommes sont ego en droit, mais il est plus “ego” que tous les autres. Comme les grands politiques, il n’a pas d’amis ; il dit “nous”, comme le Roy Soleil, mais il pense “Je”. Il s’est juré de réussir, mot vide et vide de sens. Non pas d’accomplir une œuvre, de respecter sa parole et ses engagements, mais d’être gagnant et de gagner. Réussir, c’est jouir du pouvoir, au sens épicurien, être connu, célèbre et reconnu.

Il appartient à la noblesse d’État, qui est l’horizon indépassable de sa pensée. Il a fréquenté les grandes écoles et méprise l’école de la vie, qui est infréquentable. Son diplôme le met à l’abri de l’anormalité et prouve l’infériorité naturelle des gens ordinaires. Il règne donc sans partage, comme les mandarins de la Chine ancienne régentaient les esprits au prétexte illusoire d’un titre formaliste ou d’un savoir scolastique. Élu de droit divin par la magie des urnes, il est roi par effraction. Il est le rapport de forces, l’organe de la puissance et la puissance elle-même ; il se couronne au Louvre, convoque le tsar à Versailles et l’oncle Sam dans le ciel de Paris, hauts lieux d’une gloire passée qui est désormais la sienne. Il est « le plus grand Français du monde », selon la formule de Coluche, l’homme le plus extraordinaire qu’il ait rencontré.

Comme les rois avaient deux corps, il a deux visages, tient un double langage, mène un double jeu ; il est le maître des mots et le maître du sens, la phraséologie lui tient lieu de pensée ; il n’éclaire pas, il éblouit. Ses auditeurs sont incapables, comme lui, de répéter ce qu’il a dit, mais il importe peu, car l’essentiel est de convaincre, s’il ne s’agit de vaincre. Impartial, il ne souffre pas la contestation ; il affirme tout et son contraire, s’égare et se contredit, trompe et se trompe “en même temps” sans jamais se tromper ; il manipule, ment, se parjure et trahit, mais il assume sans jamais assumer ; il n’a pas honte, car la honte est de perdre et la trahison un art de gouverner, une jouissance nouvelle.

Il chérit son image, qui lui donne vie et suffit à faire sens. L’important n’est pas de diriger, mais de gagner, d’occuper le devant de la scène, d’être haï ou admiré, ce qui revient au même. Comme les rois, il règne, mais ne gouverne pas, il décide seul en toute impunité ; il est politiquement irresponsable, comme un mineur prolongé par la jeunesse éternelle. Tout puissant, il envoie la troupe, réprime la foule sans défense, frappe sans discernement ; il verse le sang, mutile, éborgne et tue des innocents ; il assigne à résidence et interdit de vivre, il stérilise la pensée, bafoue la dignité, musèle les libertés ; il dénigre ceux qui réussissent et ceux qui lui résistent, il méprise les chômeurs, les pauvres et ceux qui ne sont rien, incapables génétiquement de traverser la rue pour trouver du travail. C’est légal parce qu’il le veut, parce qu’il est l’égal des dieux et le plus grand d’entre eux. Il est Jupiter, le maître de l’Olympe.

Il y a eu la jacquerie des Gilets jaunes promptement oubliée, dernier soubresaut d’un passé dépassé, combat d’arrière-garde d’une France paresseuse, vautrée dans ses droits acquis, ses petits privilèges et ses congés payés ; il y a la pandémie et les milliers de morts, l’assassinat concerté de l’emploi, la misère qui tue, la violence qui égorge et la disparition de l’État. Mais le prince n’en a cure. Ce sont des épiphénomènes, des non-événements, le prix de la liberté et la rançon de sa gloire. Protégé du réel dans son palais d’argent, il déconstruit l’histoire, répudie le passé et privatise l’avenir ; il abolit la république, qui défendait les faibles et protégeait des rois. Sa victoire est sans péril, son triomphe est sans gloire, mais il gagne. On se prosterne dans les médias, on le flatte à Bruxelles et à Courbevoie.

Mais la révolte gronde, le vernis se craquelle et le masque se brise. L’homme de fer portait un masque de verre, le stratège était un amateur et il en est fier. On le croyait fort, il est faible, capricieux et dominant, suffisant et insuffisant. Il était tout et son contraire, il est le contraire de tout. Sa force est dans notre faiblesse et il le sait ; son pouvoir est dans les mots, qui ne veulent rien dire, il a confisqué le langage pour travestir sa pensée. Il est venu à la lumière pour échapper à lui-même, fuir et se déguiser, masquer le côté sombre de sa personnalité, refouler ses manques et ses frustrations. Sous des dehors compassés, il méprise les faibles s’il ne les hait, coupables d’être, par un jeu de miroirs, le reflet de lui-même et de ses failles, comme s’il avait besoin de se venger, de haïr pour gagner. L’humanité, l’Europe et le monde ne sont pas de son monde, ils sont des faire-valoir, des instruments au service de lui-même, de ses fantasmes et de sa vanité. Le prince est la cause unique, l’objet et la fin de son programme politique.

À Bruxelles, on n’aime guère la France parce qu’elle est d’abord une culture, une région de l’esprit avant d’être une région de l’Europe ; elle est indépendante, elle est singulière et cultive sa différence. Mais la France est aujourd’hui menacée. Depuis 1983, la république décline, s’incline et agonise, épuisée par tant de combats imaginaires. Comme le dieu Arès, le président de tous les Français a vaincu les Français, comme on vainc un ennemi, et il savoure sa victoire. Personne, du reste, n’eût imaginé que Narcisse allait défendre un pays qui n’est pas le sien, son pays, celui de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Si l’espoir demeure, il ne viendra d’institutions corrompues ou sclérosées, d’une force alliée débarquant en rêve pour libérer le monde. En vérité, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. À moins d’être les complices de notre déchéance, nous devons nous armer de courage, prendre la Bastille et renverser le roi.

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