MEMORABILIA

Combien de temps Les Républicains peuvent-ils se permettre de rester un parti sans tête, ni direction ?

Si les LR demeurent le premier parti du pays en nombre d’élus, leur incapacité, voire leur refus délibéré, de clarifier leur ligne comme leurs choix de locomotives finissent par en faire un vrai problème démocratique car il n’est jamais sain qu’un parti majeur ne soit plus qu’un cartel électoral dévitalisé.J

Jean-Sébastien Ferjou et Gilles Richard. ATLANTICO 5 mai 2021

Atlantico : Quelle est aujourd’hui la ligne défendue par Les Républicains ? Pourquoi ne parviennent-ils pas à la définir ?

Gilles Richard : Il est difficile de définir la ligne des Républicains. Le parti est encore tributaire de la stratégie sarkozyste de 2004-2007. L’UMP était dirigée au départ par Alain Juppé qui était sur une base néo libérale européiste. Quand Nicolas Sarkozy prend le parti en main en 2004, il est lui-même sur cette même ligne mais il décide d’appliquer une stratégie qui doit lui permettre de faire revenir les électeurs du Front national. Il mène alors une campagne à la fois néolibérale européiste et en même temps de type nationaliste et identitaire. Ça marche, le parti gonfle à plus de 300 000 adhérents et il remporte l’élection présidentielle. Cependant assez vite et une fois que la crise arrive, cette stratégie s’avère intenable car il est impossible sur le long terme d’être à la fois néolibéral européiste et nationaliste identitaire. Le parti LR est pris en tenaille entre ses cadres qui sont néolibéraux européistes et toute une partie de sa base qui est davantage sensible aux discours identitaires et plus proche des idées du Rassemblement National. Y compris d’ailleurs certains élus locaux qui ont voté pour des sénateurs RN dans le Var et les Bouches-du-Rhône. On voit en 2012 que Marine Le Pen récupère tout une partie des électeurs LR. Résultat, Sarkozy n’est pas réélu. 2017 est un aboutissement de cela. Une partie des cadres juppéistes sont passés du côté de Macron qui fait le pari de créer ce grand parti néo-libéral dont avait rêvé Giscard d’Estaing, en associant des socialiste strauss-kahniens et des juppéistes. Depuis Les Républians sont coincés. C’est pour ça qu’ils ont choisi pour président quelqu’un d’incolore, inodore et sans saveur, faute de pouvoir trancher. Christian Jacob gère les affaires courantes comme il peut mais ne voit pas d’espoir à l’horizon. Nicolas Sarkozy ne reviendra sans doute pas parce qu’il s’est engagé dans le milieu des affaires et est miné par ses procès

Les Républicains ont-ils tiré les leçons des précédentes élections ?

Jean-Sébastien Ferjou : La direction du parti n’a jamais été aussi faible, ni à côté de la plaque… Se contenter de gérer -vaguement- les affaires courantes quand on est sur le Titanic, c’est suicidaire. Ou criminel. Il me semble que le parti sous la houlette de Christian Jacob fonctionne surtout comme une machine à préserver la possibilité d’un retour/recours de Nicolas Sarkozy en cas de crise politique grave… En attendant, Les Républicains fonctionnent comme une machine à proposer un chiraquisme mou à un électorat sarko-fillonniste libéral (au sens travailler plus pour gagner plus), conservateur (au sens halte aux délires woke) à fibre populaire. Les Républicains sont plus qu’un cartel électoral dévitalisé. Et qui ne sait pas s’il veut continuer à croire en son champion Sarkozy ou s’en débarrasser une fois pour toutes pour passer à autre chose. Le meilleur moyen de rater la cible est toujours de ne pas avoir d’objectif.

À LIRE AUSSILR-LREM : Mais pourquoi la droite peine-t-elle autant à savoir ce qu’elle veut ?

Gilles Richard : François Fillon a mené une stratégie du type sarkozyste. C’est un néo-libéral convaincu – son programme le montrait – et un européiste également. En même temps, il a joué lui aussi la carte identitaire, mais, à la différence avec Sarkozy, en jouant prioritairement sur la fibre catholique conservatrice qui lui correspondait mieux. Mais tout comme Sarkozy, sa stratégie était difficilement tenable et il a été lâché par les juppéistes. Les affaires ont certes cristallisé son électorat en position défensive. Mais ça n’a pas duré longtemps car dès les élections européennes de 2019, les LR sont tombés à moins de 10% avec un candidat sur une ligne similaire à celle de Fillon.

Jean-Sébastien Ferjou : Les Républicains n’ont jamais voulu se mettre d’accord sur ce qu’ils estimaient être les causes de la défaite de Sarkozy. A-t-il perdu à cause de la ligne Buisson ou fait un meilleur score que celui promis par les sondages des 18 mois précédents 2012 grâce à la ligne Buisson ? Ils n’ont jamais voulu non plus se mettre d’accord sur les causes de la défaite de Fillon. A-t-il perdu à cause de ses vicissitudes personnelles ou fait un score quasi inespéré pour une personnalité aussi abîmée grâce à sa ligne politique libérale-conservatrice ?

Faute de vitalité idéologique, LR se repose-t-il sur son emprise électorale en régions ?

Gilles Richard : Comme pour tous les partis qui ont été grands, l’enracinement local reste considérable. De ce point de vue, LR et le PS sont dans la même situation. Emmanuel Macron a fait exploser ces deux partis qui rêvaient d’un système bipartisan à l’américaine. Le premier secrétaire du PS souhaite soutenir un candidat qui n’est pas socialiste et Les Républicains ne sont même pas capables de se trouver un candidat consensuel. Au niveau local, on a des grands notables comme Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse qui sont plus ou moins sur une ligne macroniste. Mais LREM reste un parti fragile. Emmanuel Macron n’a pas su créer un parti solide et structuré. On a donc des gens comme Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse qui ont un pied dedans, un pied dehors.

Macron fait le pari, comme l’a montré le ralliement de Muselier à LREM, de soutenir la réélection de ces grands élus LR locaux pour se donner un enracinement local. Idéologiquement, ces élus sont macronistes mais sur le plan des structures partisanes ils n’ont ni envie ni intérêt de rejoindre un parti flou et mou.

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