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Le fléau des faux tests anti-Covid «faits maison»

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Encore un bel exemple de civisme. Et bien entendu, tous ces irresponsables ont un chacun un excellent prétexte pour frauder. La santé politique et morale d’un pays, ça se mesure aussi à çà. Les voyous ne sont pas seulement dans les rues…Artofus.

ENQUÊTE – Pas besoin d’être un expert pour faire des faux tests PCR. Si des trafics très lucratifs ont été découverts, les tests «faits maison» sont plus difficiles à détecter.

Par Jeanne Sénéchal. LE FIGARO. 6 mai 2021

Jules devait se rendre à un rendez-vous professionnel, un lundi à Barcelone, qu’il ne pouvait pas manquer. Or, un test PCR de 72 heures lui était demandé afin de pouvoir voyager : «J’ai appelé cinq centres, aucun ne pouvait me donner le résultat de mon test le week-end». Estimant être de «bonne volonté», il s’était alors retrouvé «dos au mur» : «Je n’avais pas le choix, j’ai fait un faux». Comme Jules, ils sont nombreux à utiliser des contrefaçons : manque de temps, soucis d’argent, ou encore mauvaise volonté, ils sont six à avoir témoigné auprès du Figaro pour expliquer pourquoi et comment ils ont fait.

«J’ai été éduqué dans le respect des règles», confie Jules, 27 ans. Et pourtant, ce dimanche-là, il s’est retrouvé à utiliser un faux test PCR pour prendre l’avion, et donc potentiellement augmenter le risque de transmission du virus dans un autre pays : «Je sors à peine et je travaille de chez moi, je ne pense pas que j’étais un danger pour les autres», se justifie-t-il. «Quand je me suis rendu compte que je n’allais pas trouver de tests à temps, j’ai décidé de contacter une amie qui faisait les siens elle-même».

Une méthode «pas si compliquée»

Après ses explications, Jules se met au travail : il prend un ancien test qu’il avait effectué auparavant, l’ouvre dans Word, change la date, le nom, le prénom, et le numéro de dossier, puis l’imprime. Pour favoriser les chances de ne pas se faire repérer, surtout en cas de doutes de l’autorité qui contrôlera son test, il crée également une fausse adresse mail avec le nom d’un laboratoire, et s’envoie un faux mail avec le test en PDF dessus : «si on me demandait plus d’informations, j’aurais été capable de montrer une autre preuve», soulève-t-il. Finalement, Jules a pu arriver sans encombre à Barcelone : «Je n’ai pas fait les choses à moitié, mais ce n’était pas si compliqué», nous a-t-il confié.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là pour Jules. Lui, qui s’était juré que ce serait son seul écart avec la loi, a finalement recommencé à chaque fois qu’il voyageait, soit quatre fois. «En Espagne le test coûte 200 euros. Donc autant faire des faux tests à chaque fois et ne pas perdre de temps. Et franchement, ils n’ont qu’à mieux contrôler. Je ne comprends toujours pas pourquoi une base de données permettant de les vérifier n’existe pas».

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Faute de moyens, faute de temps

Jules n’est pas le seul à se retrouver dans cette situation. Clara, Arthur et Martin ont eu aussi eu recours à des faux tests pour voyager. Pour Martin et Clara, c’était notamment une question de «timing» : «J’avais fait un faux test à l’aller, mais au retour je n’ai trouvé aucun laboratoire d’ouvert, car c’était le week-end de Pâques», retrace la jeune femme de 30 ans. «Je n’ai pas du tout aimé faire ça mais je n’avais pas le choix», affirme-t-elle. Martin, qui allait à Lisbonne, n’a quant à lui «pas eu le temps de le faire».

Arthur est un cas à part : alors qu’il partait pour une semaine de vacances avec des amis sur une île espagnole, le jeune homme de 29 ans s’était rendu dans un laboratoire parisien pour faire son test, qui était ressorti négatif. Une fois arrivé à l’aéroport, il s’était aperçu que ce dernier n’est valable que pour le décollage, et non au moment de l’atterrissage : «Je ne savais pas si la limite des 72 heures était pour l’horaire de décollage ou pour l’atterrissage. J’ai donc demandé à un ami de me faire un faux test PCR rapidement, que j’ai utilisé en arrivant sur l’île», nous relate-t-il. Au retour, Arthur a tout de même fait un test et a payé 150 euros. Puis il l’a donné à ses amis, pour qu’ils puissent le falsifier et voyager.

Deux filles sont venues avec des faux tests PCR et on s’en est aperçu. Je peux vous assurer, que maintenant, elles ne sont plus invitées !Serge, étudiant en école de cinéma

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Faux tests pour une réunion amicale

Outre les voyages, ils sont aussi nombreux à continuer à organiser des tests pour se retrouver entre amis. Mais pour être convié, il faut montrer patte blanche. C’est notamment le cas de François et de Marie, qui sont allés à des soirées où le test PCR était exigé. «Quand on est une vingtaine, c’est normal de demander à tout le monde de se faire tester», affirme François. Pareil pour Marie, qui a récemment fait une fête avec une quinzaine d’amis : «Ça rassure vraiment d’être testée, on peut se faire la bise et des câlins, ce qui est plus festif quand on fête un anniversaire ! On sait tout de même que le risque 0 n’existe pas. Pour ma part, je n’ai pas vu mes parents la semaine qui a suivi.»

Mais là encore, certains ne jouent pas le jeu. C’est ce qu’il s’est passé il y a quelques semaines, lors d’un goûter/soirée d’anniversaire où était convié Serge, un étudiant en école de cinéma. «Deux filles sont venues avec des faux tests PCR et on s’en est aperçu. Je peux vous assurer, que maintenant, elles ne sont plus invitées», nous raconte-t-il. «Elles nous avaient envoyé un selfie devant un centre de test. Ensuite, elles nous ont envoyé le texto du centre confirmant des résultats négatifs. Mais le nom du laboratoire du texto était différent de celui de la photo… Elles n’avaient pas pensé à le changer», nous détaille-t-il. Pour François et Marie, cette situation est difficilement concevable : «Ça va quand même loin», lance-t-il. «Si vous n’avez pas envie de vous faire tester, vous n’êtes pas obligés de venir ! Mais ne mettez pas la vie de nos proches en danger», s’exclame-t-il, alors que lui-même a vu plusieurs soirées reportées à cause de cas de Covid détectés de cette manière.

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Difficulté pour les détecter

Pour les compagnies aériennes et les autorités, la vérification de ces tests est un réel casse-tête. «Deux raisons peuvent nous amener à découvrir un faux : des similitudes ou un fond grossier», nous confie un policier. «On s’en aperçoit le plus souvent lorsque des personnes voyagent ensemble, comme une famille et des amis. Ces derniers utilisent généralement le même test et ne pensent pas forcément à changer le numéro de dossier ou l’heure du test», continue-t-il. Mais effectivement, «si les personnes font ça comme il faut, c’est difficile pour nous de les détecter», nous fait-il savoir.

La solution envisagée ? Le pass sanitaire. Encore faut-il qu’il soit voté.«Ça devrait arriver d’ici fin mai ou début juin», précise auprès du FigaroAntoine Boscher, conseiller communication du ministre Cédric O, chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques. «Avec ce pass, l’objectif premier est de faciliter le transport des personnes. Lorsqu’un douanier contrôlera le QR code sur le smartphone, une image verte ou rouge s’affichera, ça sera plus simple que de devoir déchiffrer toutes les langues». Mais effectivement, le QR codepermettra aussi d’authentifier ces tests : «Dès que la loi sera votée, il ne sera plus possible de falsifier un test», affirme-t-il, nous racontant lui aussi avoir connaissance de cette pratique dans son cercle d’amis.

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Mais pour le moment, les faux tests continueront à affluer, et de nombreux gouvernements remettent la responsabilité sur les compagnies aériennes, comme l’avait fait le secrétaire d’État Clément Beaune début février. D’après un article du Wall Street Journal , en date du 13 avril, plusieurs compagnies se sont vu sanctionner, dont la Deutsche Lufthansa AG, qui a été condamnée à une amende allant jusqu’à 25.000 euros par l’Allemagne.

Au vu de ces témoignages, un point commun ressort : une fois qu’un faux test a été effectué, tous ont succombé à la facilité. Mais attention, s’ils se font attraper pour «faux et usage de faux», ces faussaires risquent jusqu’à trois ans de prison et de 45.000 euros d’amende.

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