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A LIRE: 23 médecins et chercheurs appellent à un déconfinement fondé sur « des critères sanitaires »…

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8 mai 2021, LE JOURNAL DU DIMANCHE

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TRIBUNE – Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique, et 22 médecins et chercheurs demandent « la mise en place d’un nouveau protocole national, qui fixe des seuils précis, déclenchant des mesures automatiques, décidées et débattues à l’avance ».

Un centre de vaccination près de Nantes.Un centre de vaccination près de Nantes. (Reuters)Partager sur :

La tribune :  « Avec 20.000 nouveaux cas par jour en moyenne et près de 5.000 patients hospitalisés en soins critiques, le troisième déconfinement annoncé par le président de la République semble davantage guidé par des desseins politiques que par un objectif sanitaire.

La ligne de l’exécutif, ‘assumée’ par Emmanuel Macron, est de ‘vivre avec’ le Covid-19, tout en reconnaissant qu’il est ‘impossible’ d’affirmer ‘qu’on ne sera plus jamais débordé par ce virus’.

Cette annonce survient au lendemain de la publication du modèle de l’Institut Pasteur concluant qu’une ‘remontée importante des hospitalisations pourrait être observée en cas de levée trop rapide des mesures de freinage […] même sous des hypothèses optimistes concernant le rythme de vaccination’.

D’après l’Institut Pasteur, seul un scénario optimiste permettrait d’éviter un rebond épidémique durant l’été

D’après l’Institut Pasteur, seul un scénario optimiste permettrait d’éviter un rebond épidémique durant l’été. Ce scénario allie un rythme de vaccination de 350.000 à 500.000 injections par jour, une surcontagiosité du variant anglais limitée, de l’ordre de 40%, et un taux de reproduction (R) maximal de 1,3. Il est optimiste dans la mesure où les études internationales évaluent habituellement la surcontagiosité du variant britannique entre 50 et 70%, avec un taux de reproduction de 1,4 à 1,7. Par ailleurs, il ne prend en compte ni la réouverture des écoles, ni la disparition de la limite des 10 kilomètres, ni l’émergence des variants sud-africain, brésilien ou indien.

Le conseil scientifique, de son côté, affirmait le 21  avril que ‘la situation sanitaire reste malheureusement préoccupante, notamment en raison de l’apparition de variants’ et que ‘la troisième vague de l’épidémie se situe depuis plusieurs mois à un niveau élevé’. On ne peut que s’interroger sur son absence lors de l’annonce présidentielle et sur la liberté dont dispose ce conseil dans l’exercice de sa mission.

Nous assistons à l’officialisation du passage d’une gestion active à une gestion passive de l’épidémie

Plutôt que de formuler un objectif à atteindre, comme le seuil des 5.000 nouveaux cas par jour – seuil en deçà duquel il est jugé possible de contrôler l’épidémie grâce au triptyque tester-tracer-isoler -, les annonces présidentielles officialisent un ‘frein d’urgence’ ou ‘de reconfinement’ fixé à 400  nouveaux cas pour 100.000 habitants, contre 250 auparavant, et associé à des critères aussi flous que l »augmentation brutale du taux d’incidence’ ou la ‘menace de saturation des services’. Nous assistons à l’officialisation du passage d’une gestion active à une gestion passive de l’épidémie. Il s’agit là d’un pari audacieux, avec un seuil particulièrement élevé et ne répondant pas à des objectifs de contrôle. On rappelle que l’Allemagne place la barre du déconfinement à 100 cas, le Portugal à 120.

Par ce choix, notre pays reste sourd à l’alerte donnée par l’OMS, qui vient de mettre en garde l’Europe contre un assouplissement des restrictions, précisant que ‘la situation en Inde peut se produire n’importe où’.

Ce choix nous isole sur la scène internationale. Certains de nos partenaires refusent désormais d’admettre nos ressortissants sur leur territoire. D’autres n’hésitent pas à supprimer leurs liaisons aériennes avec Paris.

Les mesures annoncées par le chef de l’Etat éloignent encore un peu plus la France de la stratégie de suppression du virus adoptée avec succès par un nombre croissant d’Etats dans le monde. Comme l’a rappelé récemment The Lancet, ces Etats sont ceux qui s’en sortent le mieux, à la fois sur le plan sanitaire et sur le plan économique.

La France expose son système de santé à une situation durablement tendue, au prix de nombreux décès directs et indirects

Les exemples du Royaume-Uni, du Portugal et d’Israël démontrent pourtant que la lutte contre le Covid-19 passe par une méthode ‘hybride’, qui allie la vaccination comme moyen de prévention à l’emploi de dispositifs de protection et de contrôle tels que l’aération, les purificateurs d’air, les détecteurs de CO2, les autotests et les tests itératifs.

Faute de l’avoir compris, la France expose son système de santé à une situation durablement tendue, au prix de nombreux décès directs et indirects, sans compter les personnes souffrant de ‘Covid long’, dont la prise en charge pourrait représenter un défi majeur de santé publique au cours des années à venir.

Comment allier impératifs sanitaires, économiques et scientifiques?

Après un an de privations, la France aspire à reprendre une vie satisfaisante. Mais cela ne peut se faire que sur des bases scientifiques.

Nous appelons donc à la mise en place d’un nouveau protocole national, qui fixe des seuils précis, déclenchant des mesures automatiques, décidées et débattues à l’avance, afin de pouvoir garantir le tester-tracer-isoler et un fonctionnement efficace du système de soins. Un isolement effectif des malades fait partie de cette stratégie, tout comme la quarantaine imposée aux frontières.

Pour lutter efficacement contre le virus, il ne faut plus être dans le déni ni dans la pensée magique, ni invisibiliser la maladie et ses conséquences

Ce nouveau protocole doit s’accompagner d’une communication ambitieuse, qui informe en profondeur la population sur le fait que les contaminations se produisent, pour l’essentiel, dans l’air que nous respirons.

Les entreprises et les établissements recevant du public comme les écoles, les théâtres, les musées, les cinémas ou les restaurants dépendent pour rouvrir durablement de cette ‘approche globale’ de la lutte contre le Covid-19.

Comme le recommande désormais le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), en particulier au sujet des écoles, ‘les fenêtres doivent rester ouvertes pendant les cours ou enseignements’ et ‘l’idéal est d’ouvrir deux fenêtres, si possible, pour favoriser la circulation de l’air’.

Le HCSP préconise, ensuite, une ‘mesure de la concentration en dioxyde de carbone dans l’air’. Il fixe un seuil de sécurité : ‘une concentration en CO2 supérieure à un seuil de 800 ppm doit conduire […] à ne pas occuper la salle et à agir’. L’identification des ‘zones à risque’ est une priorité. Des filtres Hepa [haute efficacité pour les particules aériennes] et des autotests systématiques complètent ce dispositif, qui permet un bon contrôle du risque de contamination aérienne.

Pour lutter efficacement contre le virus, il ne faut plus être dans le déni ni dans la pensée magique, ni invisibiliser la maladie et ses conséquences.

Seule une attitude proactive alliant vaccination et protocole gradué permettra de vaincre le Covid-19.

C’est le défi de notre temps. Relevons-le, ensemble. »

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Les signataires : 

Du Côté de la Science

Ecoles et Familles Oubliées

Association Après J20

Isabelle Boulanger, Professeur de français (Ecole et Familles Oubliées)

Pr Thierry Baubet – psychiatre – chef de service psychiatrie addictologie – Hôpital Avicenne – Bobigny (Du Côté de la Science)

Eric Billy – chercheur en immuno-oncologie – Strasbourg (Du Côté de la Science)

Dr Matthieu Calafiore – médecin généraliste – maître de conférence des universités – directeur du département de médecine générale de la faculté de Lille (Du Côté de la Science)

Emeline Chavernac (Association Apresj20)

Dr Franck Clarot, Radiologue, Médecin légiste, Vice-Président de la FNMR (Du Côté de la Science)

Marion Damuni, Chargée de gestion (Ecole et Familles Oubliées)

Gisèle Daste, Pédagogue (Ecole et Familles Oubliées)

Dr Corinne Depagne – pneumologue – Lyon (Du Côté de la Science)

Dr Jonathan Favre – ancien chef de clinique de médecine générale à Lille (Stop-Postillons, Du Côté de la Science)

Pr Guillaume Gorincour – radiologue – vice-président du Conseil départemental de l’Ordre national des médecins (Du Côté de la Science)

Stéphane Korsia-Meffre – vétérinaire & rédacteur médical – Auxerre (Du Côté de la Science)

Dr Christian Lehmann – médecin généraliste – écrivain (Du Côté de la Science)

Dr Jérôme Marty – médecin généraliste – Président de l’UFML (Du Côté de la Science)

Philippe Moreau Chevrolet (Sciences Po Paris)

Dr François-Xavier Moronval – médecin urgentiste (Du Côté de la Science)

Dr Bruno Rocher – psychiatre addictologue – médecin responsable de l’espace Barbara – CHU Nantes (Du Côté de la Science)

Dr Michaël Rochoy – ancien chef de clinique de médecine générale à Lille (Stop-Postillons, Du Côté de la Science)

Dr Hélène Rossinot – médecin spécialiste de santé publique – écrivain – Nancy (Du Côté de la Science)

Barbara Serrano – consultante indépendante et Maîtresse de conférences associée à l’Université de Versailles Saint-Quentin (Du Côté de la Science)

Elisa Zeno, Ingenieur de Recherche (Ecole et Familles Oubliées)

Dr Florian Zores – Cardiologue – Strasbourg (Du Côté de la Science)

Pr Mahmoud Zureik – professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’Université de Versailles Saint-Quentin (Du Côté de la Science)

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