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44 milliards d’euros de bénéfices pour Amazon en 2020… mais pas d’impôt sur les sociétés

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Malgré ses 44 milliards d’euros de bénéfices réalisés en 2020, Amazon ne paiera pas d’impôt sur les sociétés. Domiciliée au Luxembourg, elle a déclaré une perte comptable de 1,2 milliard d’euros. L’entreprise s’est spécialisée dans l’optimisation fiscale, mais l’OCDE travaille à contrer ces montages.

FRONT POPULAIRE

La rédaction. Publié le 10 mai 2021

-Grâce à l’optimisation fiscale, Amazon EU SARL, filiale européenne de l’entreprise de Jeff Bezos, n’a déclaré aucun impôt sur les bénéfices réalisés l’année dernière. Pourtant, l’entreprise inscrite comptablement au commerce et aux sociétés du Luxembourg a enregistré pas moins de 44 milliards d’euros de bénéfices en 2020, d’après une enquête du Guardian. Pire, elle a déclaré une perte d’environ 1,2 milliard d’euros. Ce qui lui permet de bénéficier légalement d’un… crédit d’impôt de 56 millions d’euros, généreusement attribué par le Luxembourg. La loi y est ainsi faite : l’impôt sur les sociétés ne s’y calcule que sur le seul bénéfice net.

Les paradis fiscaux, alliés infatigables des GAFAM

Pour justifier l’incroyable, Amazon EU SARL explique sans frémir avoir obtenu un bénéfice négatif du fait de ses nombreux investissements. Environ 78 milliards d’euros auraient été investis en Europe depuis 2010. L’opacité des comptes publiés par l’entreprise ne permet pas de constater la véracité de ce point. Mais il est clair qu’Amazon profite allégrement de l’optimisation fiscale, comme bon nombre de multinationales qui transfèrent leurs revenus au Luxembourg ou bien encore en Irlande – pays qui, rappelons-le, présentent des taux d’impôt sur les sociétés parmi les plus généreux de l’Europe, respectivement 17 % et 12,5 %. À titre de comparaison, en France, il aurait été de 28 % pour Amazon, au vu de ses béénfices de 2020.

Amazon est régulièrement attaqué sur son goût prononcé pour l’optimisation fiscale ou bien encore pour les conséquences délétères de son activité sur les petits commerces. Fin novembre, les appels à l’annulation du « Black Friday », ainsi que des appels au boycott, avaient fleuri en France. Une preuve de plus d’un début de ras-le-bol, ainsi que d’une certaine prise de conscience dans la population.

Pourtant, le directeur général d’Amazon France, Frédéric Duval, se défend de toutes ces accusations. En 2019, la contribution fiscale de son entreprise avait été de l’ordre de 250 millions d’euros pour l’exercice 2018. Un chiffre fourre-tout comprenant aussi bien l’impôt sur les sociétés que les impôts locaux ou que les cotisations patronales. Mais si la filiale française avait alors déclaré un chiffre d’affaires d’environ 4,5 milliards d’euros, Amazon EU SARL se refusait alors à dévoiler le bénéfice net par pays. L’opacité fiscale, encore et toujours.

Pour Amazon, bientôt la fin du chantage ?

Pourtant Jeff Bezos joue la carte de la vertu. Alors que le président américain Joe Biden a déclaré vouloir relever l’impôt sur les sociétés à 28 % aux USA, l’entrepreneur lui a accordé son soutien.

En Europe, on s’agace. La France a voté la taxe Gafa en juillet 2019. Pour contourner le montage sur les bénéfices, les députés ont voté la taxation de 3 % sur le chiffre d’affaires des géants du numérique. À l’époque, la mesure avait été assez moyennement appréciée par l’administration Trump et par Frédéric Duval (directeur général d’Amazon France) qui déclarait au micro de France Culture en novembre 2020 : “la taxe GAFA peut mettre la France dans une position moins compétitive que les autres pays européens”. Traduction : il y aurait un risque qu’Amazon France aille voir ailleurs.

La solution internationale pourrait alors venir de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Son projet de réforme, qu’elle porte sans succès depuis 4 ans, pourrait aboutir prochainement. Les États-Unis bloquaient jusqu’à présent les négociations, mais Joe Biden approuve désormais l’idée. L’idée : aboutir à un taux de minimum mondial d’imposition des sociétés d’ici juin 2021. Pas de miracle toutefois, le taux n’oscillerait qu’entre 12,5 % et 17 %. Mais un mécanisme devrait toutefois permettre le paiement de l’impôt sur les sociétés sur le lieu de résidence de l’entreprise, et non plus son établissement fiscal. Il était temps.

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