MEMORABILIA

L’éditorial du Figaro: «Urgence pénale»

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Par Yves Thréard. LE FIGARO. 10 mai 2021

Émotion, indignation et colère ont suivi le meurtre d’Éric Masson, le policier d’Avignon. Quatre jours plus tard, quatre individus, dont le tueur présumé, ont été arrêtés dans leur fuite. Sous pression, Jean Castex promet la plus grande fermeté.

La réponse pénale, grondent les forces de l’ordre, n’est plus à la hauteur: insuffisante, défaillante, mal appliquée. En première ligne, gendarmes et policiers parlent en connaissance de cause. Jour et nuit, ils sont les cibles à abattre de malfrats, souvent très jeunes, au casier judiciaire déjà bien rempli, sans foi ni loi ; de petites frappes qui, en s’attaquant aux représentants de l’autorité, veulent briser la société.

La justice est sur la sellette. Elle est rendue au nom du peuple français, mais c’est comme si ce peuple, pourtant victime de la délinquance, était interdit de parole. La moindre critique vaut certificat de «fascisme», accusation d’incompétence, suspicion d’ingérence.

Les magistrats, qui, eux, sont autorisés à se syndiquer, contrairement aux militaires, font barrage. Le labyrinthe pénal est bien gardé, mais l’on ne peut qu’en constater les détestables conséquences. À chaque fait divers, ou presque, à chaque attentat islamiste, le profil et le passé de son ou ses auteurs ne surprennent plus. C’est la même histoire qui se répète…

L’urgence commande de regarder la réalité en face. Chaque année, des dizaines de milliers de condamnations ne sont pas exécutées et l’écrasante majorité des petites peines de prison sont aménagées. Des sanctions alternatives sont décidées pour éviter, faute de places, l’embouteillage carcéral et non pour tenter de remettre, faute de moyens, les intéressés dans le droit chemin.

Enfin, l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs, maintes fois réformée, est complètement dépassée par la violence des adolescents d’aujourd’hui.

Emmanuel Macron veut que «la police aille partout» pour en finir avec les territoires perdus de la République. Louable mot d’ordre, mais à quoi bon si, après, justice n’est pas faite?

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