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«Bidenmania»: pourquoi les médias s’extasient devant Joe Biden

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FIGAROVOX/ANALYSE – Le président américain bénéficie d’un traitement médiatique dithyrambique en Europe comme aux États-Unis.

Quitte à tomber dans la caricature.

Par Ronan Planchon. LE FIGARO, 12 mai 2021

Joe Biden à la Maison-Blanche, le 10 mai 2021.
Joe Biden à la Maison-Blanche, le 10 mai 2021. KEVIN LAMARQUE / REUTERS

Au centre du plateau, Yann Barthès a le visage grave. Dans le public, en contrechamp: le silence, des gestes de réconfort et des pleurs. 9 novembre 2016, Donald Trump vient de remporter l’Ohio et s’apprête à diriger les États-Unis. Au-delà de la victoire du camp républicain, le présentateur et les chroniqueurs de l’émission Quotidien comprennent que la page du «Yes we can», du président cool qui chante du Beyonce et danse un slow avec sa femme dont raffolaient les chroniqueurs de l’émission, vient de se refermer avec fracas. Un seul Barack Obama vous manque et tout est déjà dépeuplé.

Après quatre années de trumpisme, le scénario semblait écrit d’avance. L’Amérique, empêtrée dans une triple crise majeure (sanitaire, socio-économique, démocratique), tiendrait en la personne de Joe Biden son messie. Dans la presse, les éloges pleuvent comme les milliards des plans fédéraux à treize chiffres du nouveau président des États-Unis

«Le président radicalement calme» (L’Opinion), «Le Popeye de la relance budgétaire», et pas question de s’arrêter en si bon chemin, ça ne fait que commencer. «Miracle à la Maison-Blanche», ose le quotidien suisse Le Temps, quand sur le plateau de France 5 ou dans la presse écrite, on n’hésite pas à accoler le nom de Joseph Robinette Biden Jr au terme «révolution» («Le septuagénaire révolutionnaire» – Le Monde), depuis son projet d’investissements massifs dans les infrastructures assorti de hausses d’impôts, le «Build Back Better». Et peu importe si le personnage en question n’a pas vraiment le profil d’un révolutionnaire en puissance, avec un demi-siècle de carrière politique au premier plan derrière lui (36 ans en tant que sénateur, 8 comme vice-président).

Miracle à la Maison-BlancheLe quotidien suisse Le Temps

Le «nouveau Franklin Roosevelt» se tiendrait là, sous nos yeux, d’après certains éditorialistes, qui associent volontiers Joe Biden au président américain entré dans l’Histoire grâce à son interventionnisme économique et l’instauration du «New Deal», une politique de relance, d’investissement et de protection sociale sans précédent dont le but était de sortir de la crise de 1929.

Comparaison dont la racine se trouve dans la stratégie de communication du nouveau locataire de la Maison-Blanche qui a installé un portrait géant de son illustre devancier dans le bureau ovale, et dans le second plan de relance 2300 milliards de dollars destiné à moderniser les infrastructures du pays.

Morceaux choisis: «Joe Biden dans la ligne économique de Franklin Roosevelt»(Slate), «Joe Biden, Le nouveau Roosevelt – comment Biden enterre l’ultralibéralisme» (L’Obs), «Joe Biden est-il le Franklin Roosevelt du XXIe siècle ?», se demande Ouest-France. Et tout le monde y va de son parallèle entre les deux chefs d’État: LibérationLes Échos, BFM TV…

Rien de surprenant. Comme en football où un jeune joueur français adroit avec ses pieds se voit automatiquement surnommer le «nouveau Zidane» par la presse sportive, n’importe quel président un tant soit peu «progressiste» qui prétend vouloir rompre avec un certain nombre de dogmes a droit à sa comparaison avec le 32e président américain. Les 100 premiers jours de Barack Obama à la Maison-Blanche ? «Dans les traces de Franklin D. Roosevelt», d’après le média canadien La Presse. Et Emmanuel Macron élu président en 2017 ? La réincarnation de Roosevelt, évidemment, dixit le New York Times.

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Cour de récréation médiatique

Cette Bidemania ne sort pas de nulle part.

L’élection de 2016 a accéléré la polarisation des médias américains en deux camps distincts (démocrates/républicains). À l’image de Fox News qui a choisi d’adopter une ligne partisane destinée à fidéliser un public conservateur, les grands groupes à la ligne éditoriale proche du parti démocrate comme CNN, MSNBC ou le New York Times ont pratiquement abandonné l’idée de reconquérir la frange farouchement pro-Trump de la population pour se rapprocher de celui dans lequel se reconnaît la majeure partie de leur lectorat, quitte à perdre tout esprit critique.

Ainsi, on est passé de l’indignation permanente contre le président «bling-bling» dont la caricature virait parfois au grotesque au récit d’un homme présenté comme étant à la pointe du combat pour le progrès social afin de donner aux Démocrates le sentiment de vivre l’aube d’une ère nouvelle.

Et les médias fonctionnent tels des élèves dans la cour de récréation. Un écolier arrive à l’école avec des élastiques multicolores au poignet ? La semaine suivante, la moitié de l’école portera les bracelets en question.

Le New York Times dépeint Joe Biden en «icône du cool» ? France Inter reprend l’éditorial pratiquement mot sur mot sur ses ondes dans la foulée. L’un compare le nouveau président de la première puissance mondiale à Roosevelt ? L’autre se sent pousser des ailes et reprend la formule.

À LIRE AUSSI :Une du New York Times sur l’Unef: quand un monument de la presse internationale devient l’organe de propagande de la gauche identitaire

Joe Biden profite aussi de l’effet de contraste avec son prédécesseur. Avec lui, nombre de journalistes retrouvent quelqu’un qui leur ressemble: un social-libéral, consensuel, qui semble se soucier davantage de la pandémie, s’intéresse à la lutte contre le réchauffement climatique, n’agite pas le spectre d’un complot après une défaite et ne passe pas une partie de ses journées à insulter ses opposants sur les réseaux sociaux, d’où les portraits flatteurs à son égard et les comparaisons à l’emporte-pièce.

Car Joseph Robinette Biden a beau distribuer les chèques, rien ne dit qu’il s’inscrira dans la lignée de Franklin Delano Roosevelt. Les élections de mi-mandat de 2022 pourraient venir chambouler ce changement de philosophie économique.

Puis, espérons pour lui qu’il ne soit pas victime d’une malédiction similaire à celle des footballeurs vus comme les héritiers de Zinédine Zidane. Lesquels se retrouvent généralement quelques années plus tard dans un club de seconde zone, et retombent dans les limbes de l’oubli.

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