MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «La politique de l’autruche, refuge des fuyards»

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CHRONIQUE – Les pouvoirs publics refusent de voir l’ennemi en face, de le nommer, et donc de le combattre. La crainte de stigmatiser une minorité, purement idéologique, l’emporte sur le réalisme.

Par Ivan Rioufol LE FIGARO. 13 mai 2021

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Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

Qu’ont-ils dans les yeux? Ne voient-ils rien de l’effondrement qui vient?

Les dirigeants, contrariés dans leur fuite, accusent «l’extrême droite» d’affoler en vain ; ils n’ont plus que cette réplique.

D’extrême droite seraient les militaires d’active qui, ce week-end, sont venus soutenir leurs aînés en appuyant leurs alertes: ceux-ci avaient été traités de «factieux» par le pouvoir après avoir dit, mi-avril, que le roi était nu.

D’extrême droite seront qualifiés, par des autruches, les nombreux indignés qui participeront à la «marche citoyenne» organisée mercredi par les forces de l’ordre après le énième meurtre d’un policier, Éric Masson, tué par un «jeune» à Avignon. Le ministère de l’Intérieur a fait savoir, quant à lui, qu’il avait déjoué un «projet d’attentat néonazi»contre une loge maçonnique, en arrêtant trois personnes. Chez l’une d’elles auraient été découverts un exemplaire de Mein Kampf et un portrait de Hitler. Le nazisme, voilà l’ennemi, suggère le discours officiel.À découvrir

«Le FN est un véritable danger pour la démocratie» , renchérit le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti. Délaissant les urgences de sa charge, il veut combattre Marine Le Pen jusque dans le Pas-de-Calais, à l’occasion des régionales.

Samedi, à Loos-en-Gohelle, l’ancien avocat a multiplié devant les caméras les assauts contre «Marine Le Peste… euh, Marine Le Pen, qui est un ennemi que j’exècre.» Toutefois une étude (Kantar Public pour Le Monde), publiée lundi, révèle que 42 % des sondés (contre 49 %) estiment que le RN «ne représente plus de risque pour la démocratie».

La diabolisation de l’adversaire est la marque de ceux qui se montrent incapables de penser les mutations de la société, de la Justice en l’occurrence. Pour eux, les pestiférés sont ceux qui témoignent de ce qu’ils vivent. Cette bêtise discrédite la politique. Ne pas nommer les choses ne les fait pas disparaître. Le déni est une autre manière de mentir.

Un pouvoir qui redoute l’expression d’une vérité est un pouvoir construit sur des dissimulations. Ce sont les régimes totalitaires qui font taire les lanceurs d’alerte, à coups de procès truqués et d’insultes.

La macronie suit cette pente quand elle voit partout des complots de «fachos». Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, reproche aux militaires d’active de s’abriter derrière l’anonymat pour déplorer la «visible déchéance» de la France. Mais le procès en couardise fait à des soldats dont certains ont connu le feu (Afghanistan, Mali, Centrafrique, etc.) est insultant. Ces militaires rappellent aux dirigeants pantouflards qu’ils ont «offert leur peau pour détruire l’islamisme auquel vous faites des concessions sur notre sol». Ils cachent leur identité, oui, comme les résistants durant la Collaboration. Justifiée est leur méfiance d’un État qui se trompe volontairement d’ennemis.

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Le dénégationnisme officiel est un renoncement à affronter l’adversaire, pour lui préférer les ombres et les atermoiements.

Mardi, sur Europe 1, Laurent Nuñez, coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, a assuré à propos de la perspective d’une guerre civile: «C’est une menace qui n’existe pas ; il n’y a pas un camp contre un autre.» 

Le présumé stratège fait là une analyse idéologique. Sa démarche cautionne un «vivre ensemble» qui n’existe pas. Déjà, en 2015, Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, avait soutenu: «Je ne parlerai jamais “d’ennemi de l’intérieur”», préférant voir un simple «criminel» dans le terroriste. Or cette persistance de l’État à sous-évaluer la dynamique du djihad en France, que dénoncent les militaires, est un danger pour la nation. Le refus de combattre rapproche la perspective d’une soumission.

Indifférence et lâchetés

Une des causes de la faillite des élites est à rechercher dans cette confidence que rapporte Jacques Attali (1), questionnant François Mitterrand sur les qualités nécessaires d’un homme d’État: «J’aurais voulu vous répondre le courage, mais c’est l’indifférence.» Mitterrand parlait là, devant son conseiller, de l’indifférence aux morsures des critiques.

Il n’empêche: c’est bien à cette commodité qu’ont recours nombre de dirigeants, de tous bords. La crise de confiance vient de ce repli. C’est parce que Mitterrand, trois ou quatre ans après son élection du 10 mai 1981, «cessa assez vite de s’intéresser à toute idée de programme», précise Attali, que la France se mit à vivoter et dépérir. «Nous avons été gouvernés par des rois fainéants depuis 1988», a aussi soutenu, sur CNews, celui qui partage pourtant une même paresse intellectuelle quand il assure: «La théorie du grand remplacement n’existe pas.» 

Mais où est la théorie? Il suffit d’aller dans des quartiers ou des villes de banlieues pour constater le remplacement en cours d’un peuple par un autre, d’une civilisation par une autre, d’une religion par une autre.

Il est vrai que, depuis trente ans, il est interdit de montrer les cités du doigt. Les trouillards l’ordonnent: ils préfèrent éviter les conflits en détournant les regards. À ce concours de lâcheté, tout le monde collabore.

Les tonitruantes féministes, promptes à dénoncer les «féminicides» et les machistes, sont restées discrètes face au calvaire de Chahinez Daoud, 31 ans, mère de trois enfants. Parce que la jeune femme, voilée et recluse, voulait «vivre comme une Française», elle a été brûlée vive par son ancien mari, Mounir, le 4 mai à Mérignac.

Mais n’est-ce pas le Coran qui, dans la sourate IV, verset 34, édicte: «Les hommes ont autorité sur les femmes (…) Quant à celles dont vous craignez la désobéissance, frappez-les (…)»? Les militantes ne traquent que le patriarcat blanc.

La même crainte d’avoir à stigmatiser une minorité avait poussé Jacques Chirac à faire du 10 mai, en 2005, la journée des mémoires de la seule traite négrière française et occidentale, en passant sous silence les traites esclavagistes arabo-musulmanes et africaines.

Christiane Taubira avait justifié ce trou de mémoire (L’Express, 2006) afin que «les jeunes Arabes» (mais elle aurait pu ajouter les jeunes Noirs) «ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes». La France dépérit de se dévaloriser.

L’armée infiltrée

Et ceci: l’alerte, mardi, du capitaine de gendarmerie Alexandre Juving-Brunet. Sur le site Place d’armes, il assure: «Notre armée est infiltrée»par des islamistes. Pour lui, les autorités «font semblant de ne pas voir».

(1) Il y aura d’autres jolis mois de mai, Fayard.

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