MEMORABILIA

FOG – Macron sera-t-il battu ?

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ÉDITO. Macron comme ses adversaires devraient aborder courageusement les défis qui se posent à la France plutôt que d’ourdir des manœuvres politiciennes.

FOG - Macron sera-t-il battu ?
FOG – Macron sera-t-il battu ?

de Franz-Olivier Giesbert. Publié le 15/05/2021 LE POINT

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Sommes-nous en  1870 , en 1940 ou en 1958 ? Ces temps-ci, sous Emmanuel Macron, il règne en France le même climat délétère que dans L’Étrange Défaite, le livre de Marc Bloch sur le grand effondrement français au début de la Seconde Guerre mondiale. À ceci près : cette fois, les élites décadentes ne sont pas des vieillards décrépits mais des jouvenceaux, parfois à peine pubères, aussi coupés du peuple que leurs ancêtres.

Macron n’est qu’un chaînon. Loin de nous l’idée absurde de faire du président le seul et unique responsable de l’actuel  affaissement français . Après que toutes les bonnes fées de la politique se furent penchées sur son berceau, il s’est retrouvé, Gros-Jean comme devant, à gérer toute une série d’avanies, de calamités. Une excuse dont il ne pourra pas se prévaloir pendant la campagne présidentielle, sur le point de commencer. Les peuples ont tôt fait de se détourner des dirigeants qui ont la scoumoune.

S’il ne se ressaisit pas vite, Macron court un risque plus que sérieux d’être battu en 2022 : pour l’heure, rien ne semble en mesure d’arrêter l’inexorable montée de la marée Marine Le Pen, que gonflent à jet continu les mauvaises nouvelles (féminicides, meurtres de policiers, émeutes à Fréjus, etc.). Au-dessus de ce maelström, le pouvoir cahote comme un bateau ivre.

Faire taire les chaînes d’info : voilà ce que proposent sans rire les bons esprits de la bien-pensance, qui n’hésiteront sans doute pas à demander bientôt l’interdiction de la presse, sous prétexte qu’il faut, comme aurait dit Tartuffe, cacher cette actualité qu’on ne saurait voir. Preuve qu’après avoir mis à mal les piliers de la République, comme la justice et l’école, la désagrégation de la société, à l’œuvre depuis des décennies, s’attaque maintenant aux cerveaux !

LR : parti dont tous les chefs (ou presque) sont… en dehors. Pas banal. Après Valérie Pécresse et  Xavier Bertrand ,  Christian Estrosi , qui vient à son tour de démissionner des Républicains, exprime un sentiment général quand il déclare à Nice-Matin que « les partis politiques font vomir les électeurs ». Le spectacle de la politicaillerie leur donne envie de rendre tripes et boyaux, surtout quand les amateurs s’en mêlent, comme en Paca ou dans les Hauts-de-France, deux places fortes du Rassemblement national.

Macron est hanté à juste titre par la perspective d’arriver troisième au premier tour de la présidentielle, derrière Marine Le Pen et le candidat de LR. D’où son obsession de casser la droite et de faire battre Bertrand dans les Hauts-de-France, une mission assignée à  Éric Dupond-Moretti , transformé malgré lui en allié objectif du RN. Voilà bien une façon macronienne de faire gribouille : si la manœuvre réussissait, elle ouvrirait un boulevard à  Valérie Pécresse, autre présidentiable de la droite , quasi assurée d’être réélue à la tête de la région Île-de-France. Et la victoire lepéniste serait imputée, en boomerang, à Jupitérion.

Un président n’a-t-il pas mieux à faire qu’à préparer les prochaines régionales alors que, en homme d’État, il devrait se préoccuper des prochaines générations, quand tout va à vau-l’eau et que la maison commence à brûler, sur fond d’inversion des valeurs, des repères ? Certes, ce diagnostic-catastrophe a souvent été posé depuis le XIXe siècle et, cent cinquante ans plus tard, la France tient toujours debout, si l’on peut dire. Mais qui peut nier qu’elle va mal ?

Il est urgent que Macron et ses futurs adversaires s’élèvent un peu et abordent enfin les défis qui se posent à la France, au lieu de commenter sans arrêt l’actualité du jour en s’égosillant comme des poulets à l’instant fatal : « On ne cédera pas ! » Sans doute seraient-ils tous bien inspirés d’étudier la proposition hardie de  Michel Barnier, autre présidentiable de la droite , modéré s’il en est : un moratoire sur l’immigration de trois à cinq ans. Le temps de se poser et de repenser la France.

De nos jours, la lecture est considérée comme une perte de temps,y compris par nos dirigeants, qui, comme le président, pensent qu’il n’y a pas de culture française. Les éclaireraient pourtant une foultitude de livres passionnants. Parmi eux, Le Rêve de l’assimilation (1), essai historique magistral : le très jeune Raphaël Doan, un nom à retenir, défend l’assimilation à la française, qui est très attaquée – par Macron notamment – et qui, selon lui, s’impose. Dans son très revigorant On a cassé la République (2), l’historien Pierre Vermeren nous invite à refonder, entre autres, notre roman national et l’école, qu’a déjà fait bouger Jean-Michel Blanquer, merci à lui. À cela, il faut ajouter d’autres enjeux encore : l’immigration, la réindustrialisation ou le désendettement.

Alors qu’elle était à terre, la France s’est redressée, en 1875, en 1946 et en 1959. Encore avait-elle su s’emparer des vrais problèmes. Chiche ?

1. Éditions Passés/Composés. 2. Tallandier.

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