MEMORABILIA

« Le monde d’après sera dominé par la Big Tech et le biopouvoir » Philippe de Villiers.

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GRAND ENTRETIEN – Dans son nouvel essai, déjà un gros succès d’édition, le fondateur du Puy du Fou prophétise un «monde d’après» dominé par la Big Tech et le biopouvoir. Et si les nouvelles habitudes technologiques que nous avons été forcés d’adopter pendant le confinement devenaient la norme?

« Le Covid-19 aura déclenché une transformation de l’humanité»

Par Alexandre Devecchio. Publié le 14/05/2021 LE FIGARO

Les grands acteurs de la globalisation ont, selon Philippe de Villiers, profité de la «fenêtre d’opportunité» de la pandémie pour changer la société. JEAN- LUC BERTINI POUR LE FIGARO MAGAZINE

LE FIGARO. – Dans Le Jour d’après, vous expliquez que la crise du Covid est une occasion toute trouvée pour créer un monde sans frontières dans lequel les individus seraient tous déracinés, formatés et contrôlés. N’exagérez-vous pas?r

Philippe de VILLIERS. – Hélas! non. Ce que j’ai découvert et qui m’a poussé à prendre la plume est terrifiant: je suis tombé sur un livre choc, intitulé Covid-19: la grande réinitialisation. Le président du Forum de Davos y annonce, le 2 juin 2020, la feuille de route. Il ose écrire que «la pandémie représente une fenêtre d’opportunité», pour une «nouvelle normalité», c’est-à-dire la fusion progressive des identités physique, biologique et numérique.

En d’autres termes, le patron de la plate-forme culminante du «village global» où, chaque année, le capitalisme sans entrailles vient faire son bilan sanguin, invite les géants du web à profiter de l’aubaine pour la digitalisation des esprits, et la mise en algorithmes du for intime.

Une partie de ces évolutions n’était-elle pas en germe avant la pandémie? Celle-ci n’est-elle pas simplement le catalyseur de mutations en cours?

-Vous avez raison. Mais ce qui est inédit et troublant, c’est que les nouveaux maîtres du capitalisme de surveillance semblent avoir prévu l’enchaînement de nos malheurs, comme des profiteurs d’épave exultent à l’idée d’un prochain naufrage. En effet, j’ai découvert une séance filmée d’un exercice de simulation d’une pandémie de Covid, organisé par des puissances privées – Big Data, Big Finance, Big Pharma. Or, cet exercice d’anticipation a eu lieu – tenez-vous bien – le 18 octobre 2019, c’est-à-dire plusieurs mois avant qu’on entende parler de la Covid. Conclusion: ce que nous avons vécu a déjà été joué. Et ce ne sont pas les États qui étaient à la manœuvre, mais Bill Gates, Johnson et Johnson et Davos, c’est-à-dire des grands brasseurs d’affaires privées.

À LIRE AUSSI :Nous avons lu le nouveau livre événement de Philippe de Villiers

-Quelle est la leçon de cette histoire? Elle est simple. Avec la création de l’OMC en 1995, les grands acteurs de la globalisation avaient voulu un monde sans frontières, les uns par intérêt, pour ouvrir un marché planétaire de masse ; les autres par idéologie, pour remplacer les murs par des ponts et favoriser la fraternité cosmique. Ils connaissaient le risque inhérent à ce monde sans cloisons: une planète hautement pathogène et contagieuse. Ils le savaient et s’y préparaient. Ils attendaient la «fenêtre d’opportunité» pour changer la société, pour changer de société. L’affaire a plutôt réussi. La Big Tech s’est enrichie, et le biopouvoir s’est installé durablement avec l’hygiénisme d’État.

Mais les restrictions de libertés que vous dénoncez sont temporaires…

-À ceci près que les nouvelles habitudes technologiques que nous avons été forcés d’adopter pendant le confinement vont devenir la norme. Ainsi l’entendent nos dirigeants. C’est même tout leur projet. La fête du cloud ne fait que commencer. Ils proclament déjà qu’il faut «accélérer la marche implacable vers l’automatisation». L’entreprise va muter, le consommateur aussi… La plupart des choses sont devenues des e-choses. Nous entrons dans le Webistan. On nous invite à «pérenniser le télétravail», à rester chez soi, à numériser pour décarboner, on nous prépare au prochain virus, le CO2. Dans la société du «distanciel», on nous laissera bientôt le choix entre caresser le siamois qui miaule et promener la souris qui clique.

Le numérique, allié à la robotisation et à l’intelligence artificielle, ne cache plus son projet d’écrapoutir les derniers fleurons de l’économie à l’ancienne: la classe moyenne est appelée à disparaître. D’où l’idée d’un revenu universel pour garder les gens chez eux et acheter la tranquillité publique.

Le confinement de masse – qui consiste à enfermer les bien portants – fut une erreur funestePhilippe de Villiers

Nous sommes tout de même en plein déconfinement et dans les autres pays, la campagne vaccinale semble porter ses fruits. Vous n’y croyez pas?

-Non, je n’y crois pas vraiment. On nous explique que, même vacciné, il faut garder le masque… Quand ils vont retirer la perfusion, ça va être terrible… Ils ratent tout ce qu’ils touchent, et ils font tout à l’envers. Le confinement de masse – qui consiste à enfermer les bien portants – fut une erreur funeste ; la translation du pouvoir vers le biopouvoir a imposé l’abdication de la vie au service de la prophylaxie. La biopolitique a tué la politique. Knock a euthanasié Aristote: l’animal social est devenu un asymptomatique désocialisé.

Ils ont refusé de fermer les barrières de l’extérieur et on a eu les gestes barrières à l’intérieur, avec la frontière domestique. Les Français ont senti que notre pays était déclassé: l’industrie manquante, la recherche défaillante, l’hôpital dégradé. Le Dr Véran – le «ministre de la Vérité» d’Orwell – semble détecter, chaque semaine, de nouveaux variants: demain, il va nous annoncer un variant patagon, un variant poldave… Tout est prétexte à maintenir la société distanciée, leur nouvel idéal métapolitique.

Que vous inspirent les débats sur le passeport numérique? N’est-ce pas le moyen le plus sûr de reprendre bientôt une vie normale?

C’est la grande idée de la Big Tech: pouvoir nous scanner et pratiquer l’intrusion dans la vie intime. Ainsi se prépare le Grand Soir biotechnologique, l’avènement de «l’homme global». On devine, en transparence, une connivence entre les deux surveillances: la surveillance marchande, la surveillance civique.

-Le smartphone est la prothèse d’entrée pour le produit neuf que nous sommes appelés à devenir: la crise de la Covid aura été l’événement déclencheur d’une transformation de l’humanité, pour aller vers le citoyen numérique. Le passeport vert est la première étape: à terme, les serfs de la glèbe numérique seront contrôlés, tracés, traqués, puis implantés. «Le cerveau sera le champ de bataille du futur», disent-ils: l’idée de lire les ondes cérébrales, de géolocaliser les fourmis errantes. Je cite, dans mon livre, un article du Monde, en date du 19 décembre 2019, qui rend hommage à Bill Gates pour son expérience du «carnet de vaccination injecté sous la peau», au Kenya et au Malawi. L’idée sous-jacente, c’est le contrôle total, la société disciplinaire.

Notre société a perdu le fil, elle met l’homme en danger. Les apprentis sorciers ont bien exploité la Covid: ils en ont profité pour faire passer en douce la PMA, l’avortement à neuf mois (pour «détresse psychosociale», NDLR), c’est-à-dire l’infanticide, sans oublier les chimères homme-animal dont le projet a été voté à l’Assemblée nationale. Le Déshumanistan est en marche.

La France est au bord de l’abîme. Nos élites nous préparent à la Grande Soumission, face à l’autre virus. Nous sommes en voie de colonisationPhilippe de Villiers

Pourquoi liez-vous «Great Reset» et «cancel culture»? N’y a-t-il pas là deux systèmes de pensée très différents?

Entre le Great Reset et la cancel culture, la coïncidence n’est pas seulement chronologique.

Entre les deux assauts éradicateurs, il y a une relation idéologique et militante: on nettoie de toute trace de lien avec «l’ancien monde» l’individu, son identité, son langage, sa mémoire et ses pensées.

Avec le reset, on fait la pause, on réinitialise, on repart à zéro. Avec la cancel culture, on annule, on «déplate-forme», on bannit. C’est la même idée de l’homme générique et de la table rase.

Mais ma découverte n’est pas là: je suis tombé sur les «transformation maps» de Davos, qui se présentent comme des roues de la fortune et prétendent déceler les «moteurs du changement». La roue des enjeux français comporte une rubrique intitulée «Cohésion».

Or, les mots utilisés à Davos pour le monde économique et social – «inclusion», «équité», «LGBT» – sont ceux-là mêmes qui ont été inaugurés à l’université d’Evergreen où est née la cancel culture qui traque la «blanchité»: le Forum de Davos préconise ainsi la transformation des entreprises à base de chartes éthiques au service des minorités et du climat.

Le reset, c’est l’assignation à résidence numérique. Et la cancel culture, c’est l’assignation à résidence chromatique. L’une prépare le contrôle, l’autre la vindicte. Pour détruire les anciens équilibres.

La fracture apparue entre les «essentiels» et les «non-essentiels» va-t-elle s’aggraver et désormais structurer la vie politique?

-Ah oui! Je le pressens. Ce qui est «essentiel» pour nos gouvernants, le vrai sanctuaire, c’est la French Tech et la start-up diversitaire, financiarisée et globalisée, ils appellent cela la «nouvelle économie».

Notre «essentiel» à nous – les indépendants et les enracinés – est donc pour eux accessoire. Ils se méfiaient des achats de proximité et des conversations civiques au café ainsi que des réunions de famille à Noël. Ils rechignent à rouvrir les lieux de convivialité. Ils ne croient plus trop que les peuples ont quelque chose en commun de supérieur aux solitudes agglomérées. Ils ne croient plus aux nations, ils croient aux atomes nus.

Au moment où il faudrait refabriquer des petits Français de désir, ils ne savent que laisser grandir les crétins digitaux comme des plantes d’hébétude qui promènent leurs étourdissements dans l’air du temps.

À court terme, que peut-il se passer? Comment voyez-vous la présidentielle? Macron peut-il rebondir?

La France est au bord de l’abîme. Nos élites nous préparent à la Grande Soumission, face à l’autre virus. Nous sommes en voie de colonisation. Et on ne fait pas la bonne analyse: on parle de «bandes», de «violences», d’«insécurité» et même de «terrorisme». Non, les vrais mots sont les suivants: la «guérilla» et le «djihad», c’est-à-dire le passage du Dar el-Harb au Dar al-Islam. L’ennemi ne veut pas se séparer de nous, il veut nous conquérir.

L’enjeu de la présidentielle est simple: rétablir une politique de civilisation, imposer la francisation.

Sinon, ce sera la fin de l’aventure. Emmanuel Macron sera peut-être au premier tour. Pas au second.

Le «Young Global Leader» de Davos prétend «déconstruire notre histoire». Nous ne pouvons le reconduire.

Il nous a trop déçus.


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