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Margaritis Schinas: «Nous ne pourrons pas protéger le mode de vie européen sans protection des frontières de l’UE»

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Le commissaire grec Margaritis Schinas est vice-président de la Commission européenne, chargé des migrations et de la promotion du mode de vie européen.

Par Anne Rovan LEFIGARO. 20 mai 2021

«Avec la réouverture des frontières, la pression migratoire va monter» nous déclare Margaritis Schinas.JOHANNA GERON/AFP

LE FIGARO. – Des milliers de migrants ont rejoint Ceuta ces derniers jours. Quelle est votre réaction?

Margaritis SCHINAS. – Je suis solidaire de l’Espagne. Ceuta est une frontière européenne. Ces arrivées concernent toute l’UE. Aussi bien Madrid, Athènes ou Rome que Budapest, Varsovie ou Bruxelles.

Les discussions autour du pacte pour l’asile et la migration s’éternisent. Y a-t-il une impuissance de l’Europe sur ces questions?

Pendant la pandémie, beaucoup d’États membres se sont habitués à des flux réduits. Ils ont considéré qu’il n’y avait pas d’urgence. Avec la réouverture des frontières, la pression migratoire va monter. Nous sommes face à des échéances électorales importantes, en Allemagne et en France. Si nous tardons sur le pacte, les forces europhobes concluront que l’Europe n’est pas capable d’apporter des solutions. Mon message aux États membres est le suivant: le moment, c’est maintenant!

Est-il possible de venir à bout des blocages?

J’en suis convaincu. En 2015, lors de la crise migratoire, nous avions demandé aux États membres d’être solidaires des pays en première ligne. Mais nous n’étions pas alors en mesure d’apporter des éléments de responsabilité. C’est le cas cette fois. Le pacte repose sur un important volet destiné à protéger les frontières extérieures de l’UE et à limiter les arrivées. L’agence Frontex dispose d’un budget de 6 milliards d’euros – contre deux milliards précédemment -, elle va s’équiper en bateaux et en hélicoptères et emploiera à l’horizon 2027 quelque 10.000 gardes-côtes, en uniforme et armés. Nous allons muscler nos partenariats avec les pays de transit et les pays d’origine. L’UE doit aider ces pays à offrir une vie meilleure à leurs populations afin qu’elles restent sur place au lieu de se mettre en danger en faisant appel à des passeurs. Ces partenariats doivent aussi amener ces pays à coopérer davantage dans les domaines des retours et des réadmissions.

Nouer de tels partenariats, n’est-ce pas exposer l’UE à des chantages à la migration, comme l’ont fait la Turquie ou le Maroc?

Ces pays doivent comprendre que nous n’accepterons pas ces instrumentalisations. À moyen terme, ils mesureront l’intérêt qu’ils ont à collaborer avec l’Europe. Nous pouvons mobiliser beaucoup de moyens: investissements, préférence commerciale, visas, bourses Erasmus, etc.

« L’agence Frontex va s’équiper en bateaux et en hélicoptères, et emploiera à l’horizon 2027 quelque 10.000 gardes-côtes, en uniforme et armés »Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne, chargé de la promotion du mode de vie européen

Quid de la troisième tranche financière qui pourrait être octroyée à la Turquie?

La Turquie accueille 3 millions de réfugiés syriens. Près de 6 milliards d’euros ont d’ores et déjà été débloqués pour permettre aux communautés d’accueil et aux organisations internationales opérant en Turquie de prendre en charge ces réfugiés. Qu’on le veuille ou non, il faut admettre qu’à l’avenir une partie de cet argent pourrait aussi aller à l’État turc. Car ce sont des agents turcs qui assurent l’ordre public dans les camps et surveillent les côtes. Le déplacement de Charles Michel et d’Ursula von der Leyen à Ankara a ouvert la voie à la possible poursuite de l’agenda positif recherché par ce pays. Le sujet sera à l’ordre du jour du Conseil européen de juin. Les Vingt-Sept regarderont si la situation a continué de se stabiliser en Méditerranée orientale.

Frontex et certains États membres – dont votre pays, la Grèce – sont accusés par des ONG de pratiquer des refoulements illégaux de migrants. Est-ce le cas?

Chaque personne souhaitant demander l’asile à l’UE doit être en mesure de le faire. Mais les États membres et Frontex ont aussi l’obligation de lutter contre les passeurs, les menaces hybrides, l’instrumentalisation de la misère humaine. Ce n’est pas soit l’un, soit l’autre. Il faut assumer ces deux principes. L’enquête réalisée par le Conseil d’administration de Frontex n’a pas permis de prouver qu’il y avait eu des refoulements illégaux. Si Frontex est tellement attaquée, c’est parce que certains pensent que les frontières ne sont pas si importantes. Pour nous, elles sont primordiales. Il faut maintenant donner à cette agence toute notre confiance pour lui permettre de remplir sa mission cruciale.

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Comment le pacte s’articule-t-il avec la réforme de Schengen?

Le pacte permet de contrôler les mouvements venant de l’extérieur, la réforme de Schengen les mouvements à l’intérieur de l’UE. Nous présenterons nos propositions en juin et en septembre. Les États membres pourront ajuster la libre circulation dans des situations exceptionnelles sans avoir recours aux fermetures automatiques de frontières comme celles observées en mars 2020, au début de la pandémie.

Comprenez-vous l’exaspération de nombreux citoyens lorsque affluent de manière incontrôlée des demandeurs d’asile?

Oui. Cette exaspération est le fruit d’une absence de politique migratoire en Europe durant des années. La responsabilité des États membres est d’examiner les demandes d’asile, de garder sur leur sol ceux qui peuvent prétendre à cette protection et de renvoyer dans leur pays les personnes qui n’en remplissent pas les conditions. Pour autant, il faut faire en sorte que les demandeurs d’asile puissent bénéficier de ce que l’Europe a à offrir: santé publique, hébergement, éducation et formation. En retour, ces populations doivent assumer le mode de vie européen, c’est-à-dire respecter le jeu démocratique, les minorités, la place de la femme dans la famille et dans la société… En tant que vice-président de la Commission en charge de la promotion du mode de vie européen, je dois m’assurer que l’Europe défend sa culture et qu’elle sait se défendre lorsque ses valeurs sont attaquées. Nous ne pourrons pas protéger le mode de vie européen sans protection des frontières de l’UE.

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Un envoyé spécial sur les religions vient d’être nommé par la Commission, mais la liberté de conviction est-elle bien respectée en Europe?

Il s’agit en effet d’une mission à vocation extérieure. Les chrétiens sont menacés en Irak, les musulmans en Inde et en Chine, les juifs un peu partout. L’Europe doit faire passer des messages dans le monde. Hélas, des entraves à la liberté de conviction apparaissent aussi en Europe où se multiplient les propos antisémites, les mouvements anti-islam, les discriminations contre les non croyants.

Nous présenterons en novembre un plan contre l’antisémitisme et pour la promotion du monde juif en Europe. Je suis très fier de conduire ce travail.

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