MEMORABILIA

Guillaume Tabard: Régionales, « le pari macroniste de l’illisibilité du scrutin»

 Réservé aux abonnés

CONTRE-POINT – Pour les régionales, Emmanuel Macron a décidé de brouiller les cartes pour s’éviter une défaite avant les présidentielles.

Par Guillaume Tabard LE FIGARO. 21 mai 2021

À défaut de pouvoir «enjamber» les régionales, Emmanuel Macron a choisi de les perturber, afin de garder les mains les plus libres possibles dans la perspective de la présidentielle.

Politiquement vôtreNewsletter

Le mercredi

Un éclairage exclusif par Guillaume Tabard sur les grands faits et les petites histoires politiques.S’INSCRIRE

Le chef de l’État sait qu’il échappera au vote sanction. Avant, c’était simple: le parti au pouvoir perdait les régionales. Mitterrand en a fait les frais en 1986 et 1992, Jacques Chirac en 2004, Nicolas Sarkozy en 2010 et François Hollande en 2015. Rien de tel cette fois. Faute de sortant macroniste, l’éventuel mécontentement contre l’actuel président de la République ne peut pas s’exprimer par la «punition» d’un des siens.

À LIRE AUSSI :Emmanuel Macron peut-il encore gagner en 2022?

À l’inverse, Macron sait aussi qu’il ne peut pas bénéficier d’un vote d’adhésion. En quatre ans – et c’est le grand échec politique du mandat -, LREM n’a pas su s’enraciner localement, ni faire émerger une nouvelle génération d’élus, ni même rallier clairement ou totalement des «barons» d’autres partis. Ses têtes de liste manquent de notoriété ou de poids régional, au point qu’il a fallu appeler en renfort quelques ministres vedettes (Dupond-Moretti, Darmanin, Schiappa). Les scores annoncés pour les listes de la majorité interdisent à celles-ci d’attirer les voix de ceux qui voudraient exprimer leur soutien à l’occupant de l’Élysée.

Tout scrutin a, en principe, des gagnants et des perdants ? Macron veut faire en sorte que personne, au soir des 20 et 27 juin ne soit vraiment vainqueur, ni vraiment vaincu

Ni vote sanction, ni vote utile, le bulletin LREM est en quelque sorte «neutre», pour reprendre le qualificatif attribué à la «marque Macron»par l’essayiste Raphaël Llorca. Cette neutralité faisait les affaires de la droite et de la gauche «classiques» disposant respectivement de sept et cinq régions métropolitaines. Comme aux municipales de 2020, les partis de «l’ancien monde» misaient sur la reconduction de leurs sortants pour prouver, à un an de la présidentielle, qu’ils n’étaient pas morts.

Stratégie d’évitement pour le président, démonstration de résistance des anciennes majorités: chacun aurait pu y trouver son compte. Sauf que le tempérament macronien s’accommode de tout sauf du statu quo. La tactique du coup pour rien n’est pas dans son ADN. Et faute de pouvoir marquer lui-même, il veut empêcher ses adversaires de gagner des points. Pour cela, il lui faut casser la logique habituelle d’une élection.

À LIRE AUSSI :Régionales: les dessous du pacte Macron-Muselier en Paca

Tout scrutin a, en principe, des gagnants et des perdants? Macron veut faire en sorte que personne, au soir des 20 et 27 juin ne soit vraiment vainqueur, ni vraiment vaincu.

C’est le sens de l’opération menée en Paca. On jette un pavé dans la mare. Chacun est éclaboussé, tant les ficelles de la manœuvre sont apparues au grand jour, mais peu importe: ce qu’il fallait avant tout, c’était semer la discorde chez l’ennemi et empêcher LR de s’approprier la réélection d’un des siens.

Face au RN, offre d’alliance défensive en Paca, choix d’une concurrence offensive dans les Hauts-de-France: incohérence? Peu importe: ce qu’il faut éviter, c’est d’être identifié à une tactique unique. Entente proposée – mais refusée – à la présidente PS de Bourgogne-Franche-Comté, mais perspective d’union avec LR contre le président PS du mitoyen Centre-Val de Loire. Logiques contraires?

Peu importe: ce qui compte est d’empêcher une lecture nationale du résultat des régionales. Brouiller les enjeux, prendre sa perte, démonétiser les victoires «ennemies», puis passer à la bataille suivante, la présidentielle, c’est le calcul d’Emmanuel Macron. Mais il est des calculs qui à force de briller par leur complexité ont un effet boomerang qui échappe à leur concepteur.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :