MEMORABILIA

FOG – Le manuel de survie de Michel Onfray

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ÉDITO. Dans son dernier essai, « L’Art d’être français », l’intellectuel philosophe à coups de marteau et déconstruit toutes nos fausses idoles. Un régal.

FOG - Le manuel de survie de Michel Onfray
FOG – Le manuel de survie de Michel Onfray

DE Franz-Olivier Giesbert. Publié le 22/05/2021 LE POINT

Bonne nouvelle : Michel Onfray, le philosophe français le plus lu et le plus traduit dans le monde, est toujours en colère. Quelle belle chose qu’une saine et salubre colère quand elle s’en prend aux idées fausses, à la haine, à la bêtise ! Puisse-t-elle réveiller les morts-vivants que nous sommes, parfois, empégués dans le fatalisme ou l’indifférence ! N’y a-t-il pas sans cesse, ces jours-ci, des raisons de fulminer ?

Un festival de « fake news », voilà ainsi ce qu’est la couverture médiatique du nouveau conflit israélo-palestinien. Que l’État juif ait commis des erreurs, soit. Mais pourquoi tant de journalistes présentent-ils le Hamas, à l’offensive depuis la bande de Gaza, comme une organisation aussi innocente que l’agneau qui vient de naître, alors que c’est une machine de guerre islamiste, terroriste et corrompue jusqu’à la moelle, dont les chefs mènent grand train, notamment au Qatar ?

C’est ce type d’imposture idéologique que pourfend Onfray dans L’Art d’être français*qui vient de paraître et s’adresse aux jeunes de 7 à 77 ans, ou au-delà. Un régal. Dans le sillage de Nietzsche, l’ogre de Chambois (Orne) philosophe à coups de marteau et déconstruit sans pitié toutes les fausses idoles devant lesquelles la société française est priée de s’agenouiller : l’islamo-gauchisme, l’infantilisation, l’antifascisme, la déresponsabilisation, le néoféminisme, etc.

Au pays de Rabelais et Montaigne, tout a rapidement basculé : le second degré voltairien n’est plus possible ; le marivaudage est interdit ; on est désormais coupable de ce que l’on est, pas de ce que l’on fait ; la raison cartésienne est devenue l’« instrument » de domination des mâles blancs ; l’heure est à la contrition nationale, au reniement des racines chrétiennes de la France, tandis que meurent à petit feu les vertus d’antan : la politesse, la bienveillance, le souci d’autrui. 

Que nous est-il arrivé ? À en croire Michel Onfray, le judéo-christianisme a fait son temps et notre civilisation touche à sa fin. La glissade, apparue avec le « décadentisme », mouvement littéraire né autour de 1883, s’est accélérée à l’aube du XXIe siècle avec l’émergence d’une dévorante haine de soi que symbolise cette maladie sénile d’une France néocollabo qu’est l’islamo-gauchisme. Lequel est de gauche, direz-vous. Oui, comme l’était la Chambre du Front populaire qui a voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain à une large majorité des députés, dont beaucoup de socialistes (90 contre 36), emmenés par Paul Faure, chef de la gauche du parti ! 

Sartre fut, entre autres vilenies, le grand-père de l’islamo-gauchisme. La démonstration d’Onfray est sans appel : celui-ci, qui régna en maître après Dieu sur l’intelligentsia française de la Libération jusqu’à sa mort, en 1980, a fait « feu de tout bois pour que flambe l’Occident judéo-chrétien » et que « se calcine la France gaulliste qu’il assimile au fascisme ». En 1961, dans sa préface aux Damnés de la terre, de Frantz Fanon, il a même invité l’opprimé à « abattre un Européen », ça fera toujours un oppresseur de moins. 

Sartre y laisse libre cours à sa passion de la violence et jette les bases des folies décoloniales à venir. « L’Européen, écrit-il encore, n’a pu se faire homme qu’en fabriquant des esclaves et des monstres. » Prophétique, il jouit et jubile à l’idée du Grand Remplacement qu’il pressent, alors que nous « faisons chemin vers l’indigénat », en attendant d’être chevauchés par le « colonialisme déchu »

Assa Traoré, qui descendrait d’une famille esclavagiste malienne, n’héritera jamais des fautes de ses ancêtres s’il y en eut, alors que le premier Blanc venu, lui, sera coupable de toutes les traites négrières, quoi qu’aient fait ses aïeux, sous prétexte qu’elles avaient été perpétrées par les Blancs. Tel est le monde absurde dans lequel nous entrons. Tandis que sonne le glas, selon Onfray, de la civilisation judéo-chrétienne, L’Art d’être français est un manuel de survie et de résistance au politiquement correct, « catéchisme de cette nouvelle religion fascistoïde », portée par des tristes sires qui se disent progressistes. 

Dans La Nef des fous, son journal de l’année 2020, sorti il y a peu, Michel Onfray défouraille, étripe et dézingue encore à tour de bras. Même si on n’est pas d’accord sur tout – comme dans L’Art d’être français –, il lui sera beaucoup pardonné à cause de sa vigueur, de sa générosité et de sa passion de la transmission, qui se déploient à merveille dans le gros volume intitulé Vies philosophiques, où sont évoquées les figures de Nietzsche, de Charlotte Corday, de Thoreau et, surtout, de Camus, qui est son maître. Camus qui disait : « Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou. »§

* Cet essai et les deux suivants ont été publiés chez Bouquins.

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